Une faillite de plus pour le Val

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Luxe Dépôt de bilan pour les cristalleries du Val Saint Lambert

Nouveau déboire pour le Val Saint Lambert qui n’a pas réussi à trouver un partenaire à temps.

Une fois de plus dans sa longue histoire, la cristallerie du Val Saint Lambert est au bord du gouffre. Sylvie Henquin, la femme d’affaires qui avait sauvé de la faillite ce fleuron de l’artisanat mosan à la fin 2002, doit à son tour déclarer forfait. Elle a déposé le bilan ce vendredi auprès du tribunal de commerce de Liège. 63 emplois sont menacés à Seraing.

Ce dépôt de bilan concerne uniquement la cristallerie (la production), précise Sylvie Henquin. La maison mère, la SA Val Saint Lambert international, cotée en bourse sur le marché libre, n’est pas dans les conditions de la faillite. Cette société gère les magasins de Seraing et de Bruxelles et est propriétaire de la marque. A noter que la société derrière le magasin parisien pourrait aussi tomber à court terme en faillite. Introduite à 5,68 euros fin 2005, l’action Val Saint Lambert ne valait plus que 3 euros jeudi.

Sylvie Henquin met en cause l’augmentation des coûts de l’énergie et des matières premières. Malgré une amélioration du carnet de commandes dans un contexte économique peu favorable au secteur du luxe, la cristallerie n’était plus en mesure de faire face à ces hausses et était à cours de liquidités. En 2007, l’entreprise avait enregistré une perte de 33.650 euros pour un chiffre d’affaires de 605.000 euros et son endettement dépassait les 800.000 euros.

Elle aurait pu passer ce cap difficile si les recherches menées depuis septembre 2007 pour trouver un partenaire stratégique auquel s’adosser avaient été fructueuses. Ce ne fut pas le cas. Des contacts ont été établis avec plusieurs parties intéressées et des discussions ont été sur le point d’aboutir avec l’une d’elles mais elles ont échoué mercredi.

Reprise plus aisée

« Faute d’avoir pu convaincre un investisseur et puisque les demandes auprès des pouvoirs publics n’ont pas porté leurs fruits, l’inévitable s’imposait, bien que beaucoup de projets avec des grandes maisons de luxe soient en cours », a commenté Sylvie Henquin. Elle a aussi précisé que la reprise après faillite sera plus aisée. « Les repreneurs éventuels pourront maintenant acquérir la société sans les dettes. Ce sera plus intéressant pour eux et j’espère que l’activité se poursuivra ».

Depuis 2003, Sylvie Henquin s’était employée à dépoussiérer le catalogue du Val Saint Lambert, en le positionnant davantage dans le secteur du luxe. La gamme de produits existants avait été drastiquement réduite (de 634 à 250) et de nombreuses nouveautés avaient été ajoutées. Elle avait aussi diversifié l’entreprise en ajoutant aux secteurs historiques (l’art de la table et la décoration), la bijouterie et les accessoires. Grâce à l’argent levé en bourse, elle voulait ouvrir des boutiques haut de gamme à New York, Dubaï et Tokyo. Tous ces rêves se sont aujourd’hui envolés.

« J’ai sans doute été présomptueuse »

REPORTAGE

I’m so glad to visit here. All things in here are very beautiful. » Spontané, ce cri du cœur rédigé par un visiteur asiatique vient de rejoindre une palanquée de commentaires couchés dans le livre d’or du magasin de cristal. Mais, alors qu’un orage pisse dru sur ce quadrilatère de bâtiments restaurés qui abrite les cristalleries du Val Saint-Lambert (Seraing), le moral du personnel vient de subir un nouveau coup de foudre.

Assaillie de coups de fil, la tenancière de la boutique, où sommeillent tant de joyaux issus d’un savoir pluriséculaire, ne sait plus où donner de la tête : « Rappelez lundi, on en saura plus sur la faillite après la décision du tribunal ». Tailleur sombre, visage marqué, la directrice Sylvie Henquin vient à sa rescousse. Moral en berne, celle qui a voulu rendre sa splendeur aux fameuses cristalleries ne cache pas sa déception : « J’ai fait aveu de faillite aujourd’hui. Le besoin de liquidités était important. Je pensais qu’un investisseur allait me suivre mais cela n’a pas été positif. Il y a un an que je tenais la maison à bout de bras. Je ne pouvais pas aller plus loin. »

Guerlain et Cartier

Émue, cette Française au parcours étonnant – psychologue, elle a même dirigé des équipes de recherche en sciences sociales – avait repris les rênes de cette entreprise serésienne en 2002. Comme un défi, comme une gageure : « Je voulais rendre au prestigieux passé des cristalleries ses lettres de noblesse. J’ai sans doute été trop présomptueuse, concède-t-elle dans l’atelier où souffle le ronronnement des fours. L’image de marque a été reconstruite au niveau international. J’avais obtenu des contrats avec de grandes maisons de luxe comme Guerlain. Ou Cartier, qui offre une bouteille de champagne et deux coupes en cristal à ses nouveaux clients. De nouvelles collections ont été lancées. Des brevets étaient prêts à être déposés. Tout investisseur éventuel pourra disposer de cet héritage et d’un carnet de commandes pour quatre mois. »

Décidée à rester propriétaire de la marque (le nom et les boutiques de Seraing, Bruxelles) dont elle détient 70 % (le solde étant en bourse), Sylvie Henquin avait croisé les doigts pour que la situation périlleuse de sa société puisse se débloquer : « J’aurais aimé pouvoir repartir avec un investisseur. Parmi les 40 industriels intéressés par le dossier, la plupart trouvaient que nous étions trop petits (les Belges) ou trop grands (les Russes, les Chinois…). En attendant la décision du tribunal, nous allons continuer à honorer nos commandes. »

Au fond de l’atelier, Gregory Blavier (21 ans) nous livre son analyse : « Je surveille le four sept jours sur sept durant trois semaines (le four reste continuellement en feu, NDLR) et puis j’ai une semaine de congé. Ici, on manque d’argent pour faire les travaux, payer les factures d’énergie et tout ça. Beaucoup de gens partent parce qu’on n’est pas bien payés. Comme électromécanicien, je gagne 9,73 euros brut de l’heure. »

Rétroactes

1825. Naissance.

1939. Acquise par la Société générale.

1971. L’Etat belge devient propriétaire

1975. Cession à la Région wallonne.

1987. L’homme d’affaires flamand Patrick Depuydt reprend les actifs.

1992. La Région injecte 2,5 millions d’euros et redevuient actionnaire.

1995. Mise en liquidation volontaire. Echec des différentes offres de reprise.

1996 – 1997. La Région reprend la cristallerie.

Août 2002. Le groupe portugais Magalhaes, candidat au sauvetage, renonce au rachat de Val-Saint-Lambert entraînant sa mise en faillite.

Decembre 2002. Sylvie Henquin rachète les cristalleries pour 1,1 million d’euros.

Decembre 2005. Entrée en Bourse.

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