Le chantre de Palestine

Poésie / Darwich est mort

« Mahmoud Darwich incarnait le meilleur de la Palestine. Nous avons perdu une partie de notre être. »

Mahmoud Darwich fut un poète et une conscience, celle de la Palestine. Toute son œuvre est hantée par un seul mot, la Palestine, et ce qu’il recouvre : la solitude, l’oppression, le désarroi de l’exil et le désespoir mais aussi le processus créatif que cela engendre. « Il a débuté comme un poète de la résistance puis est devenu un poète de la conscience, réagit la députée palestinienne Hanane Achraoui. Il incarnait le meilleur des Palestiniens. Même lorsqu’il est devenu une icône, il n’a jamais perdu son sens de l’humanité. Nous avons perdu une partie de notre être. » Mahmoud Darwich est mort dans un hôpital de Houston, aux Etats-Unis, suite à une intervention chirurgicale à cœur ouvert. Il avait 67 ans.

Il était né à Birwa, en Galilée alors britannique en 1941. En 1948, la création d’Israël force sa famille à s’exiler au Liban. La famille revient clandestinement au village natal en 1950, pour le découvrir rasé et remplacé par une colonie juive. Etudes (en arabe et en hébreu) dans les écoles israéliennes. Installation à Haïfa. A 19 ans, il publie son premier recueil de poésie, Oiseaux sans ailes. A 20 ans, il rejoint le Parti communiste d’Israël. Début des années 70, il choisit l’exil. Moscou, Le Caire, Beyrouth. Rejoint l’OLP, l’Organisation de libération de la Palestine. Tunis, Paris. En 1993, quitte l’OLP pour protester contre les accords d’Oslo, qui, dit-il, « n’apporteront pas une paix juste pour les Palestiniens ».

« Le monde nous laisse seuls »

En 1995, s’installe à Ramallah, en Cisjordanie. En 2007, à Haïfa, il ironise amèrement sur la prise de contrôle de la bande de Gaza par le Hamas : « Gaza a gagné son indépendance de la Cisjordanie. Un seul peuple a désormais deux Etats, deux prisons qui ne se saluent pas. Nous sommes des victimes habillés en bourreaux. »

Le Soir l’avait interviewé à l’occasion de la sortie en français d’Etat de siège, en 2004. « Je mène à Ramallah, disait-il à Pascale Haubruge, les Palestiniens mènent, une vie qui n’est pas la vie, en dessous de la vie… et un peu mieux que la mort. Chaque ville, chaque village est complètement isolé. Dans la situation où nous sommes, où tout un peuple souffre d’oppression, les questions personnelles ne se posent pas, la voix de l’être humain se confond avec la voix collective. Ce n’est que quand le groupe retrouvera sa liberté que chacun pourra avoir ses buts, ses propres tristesses et le loisir de critiquer son groupe. »

Quand ? « Demain, j’espère. Je ne peux pas croire qu’il n’y ait pas une fin à tout ça. Mais, dans les faits, nous comptons nos morts et nos blessés, c’est tout. Le processus de paix est de la blague. Le monde nous laisse seuls. L’horizon est bouché. »

Paradoxalement ou ironiquement, il trouvait quelque chose de commun entre lui et l’occupant : « Nous vivons sur la même terre étroite, encombrée d’histoire et de prophètes. La recherche de ma liberté ne peut aboutir que si lui parvient à sa liberté, exactement comme dans la relation du geôlier et du prisonnier : la liberté de l’un est liée à celle de l’autre. Le problème, c’est que le geôlier n’a pas conscience d’avoir perdu sa liberté. Il a besoin qu’on lui rappelle qu’il ne pourra être libre que quand son prisonnier le sera, besoin qu’on lui rappelle que la clé de sa maison se trouve dans les menottes qui lient les mains du prisonnier. »

Site en français. http://mahmoud-darwich.chez-alice.fr/accueil.html

En anglais. www.mahmouddarwish.com/english/index.htm

L’entendre. /www.dailymotion.com/LaPierreEtLaPlume/1

Biblio

1970. Les poèmes palestiniens, Cerf.

1988. Rien qu’une autre année, Minuit.

1994. Une mémoire pour l’oubli, Actes Sud.

1998. Le lit de l’étrangère, Actes Sud.

2000. La terre nous est étroite, Gallimard.

2003. Murales, Actes Sud.

2004. Etat de siège, Sindbad/Actes Sud.

2006. Ne t’excuse pas, Sindbad/Actes Sud.

VANTROYEN,JEAN-CLAUDE
Cette entrée a été publiée dans Culture, avec comme mot(s)-clef(s) , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.