Le dalaï-lama en catimini

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France Le chef religieux est arrivé pour un « séjour religieux »

La façon dont le dalaï-lama est reçu fait débat: dans un bureau du Sénat ou en la seule présence de Carla Bruni.

De notre correspondante à Paris

La visite est hautement symbolique, mais elle prend un tour presque clandestin. Le dalaï-lama est arrivé lundi en France pour une visite de douze jours, dont le temps fort est un rendez-vous manqué : le chef temporel et spirituel tibétain ne rencontrera pas le président français – afin d’épargner les susceptibilités de Pékin pendant les Jeux olympiques. Leur rencontre a donc été « reportée » mais aura lieu « avant la fin de l’année ».

Le dalaï-lama est arrivé en toute discrétion, à 6 heures du matin à Roissy, où l’ont accueilli les membres de sa communauté religieuse. Son agenda compte un seul rendez-vous politique : il sera reçu mercredi au Sénat, à huis clos, dans le bureau d’un parlementaire, où il doit rencontrer les députés et sénateurs membres du groupe Tibet. « Le Sénat et l’Assemblée ont reçu en grande pompe Madame Betancourt, et on fait passer le dalaï-lama par la cave ! », s’indigne le député UMP Lionel Luca, président du groupe d’études sur le Tibet à l’Assemblée nationale.

De son côté, Sarkozy envoie son arme de communication, son épouse Carla, qui accompagnera le chef spirituel tibétain le 22 août, lors de l’inauguration d’un temple dans l’Hérault. Le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, pourrait faire une apparition à leurs côtés. Sur cet épisode de la visite, c’est le secrétaire national à l’Egalité du PS, Faouzi Lamdaoui, qui monte au créneau : « Cette mise en scène autour de l’épouse du président, qui ne jouit d’aucune légitimité démocratique, choquante, participe au grand imbroglio de Nicolas Sarkozy sur la question chinoise. » Julien Dray, porte-parole des socialistes, parle de « session de rattrapage avec une confusion des genres discutable. »

Au cours des douze derniers mois, le dalaï-lama a été reçu par le président américain George Bush, par la chancelière allemande Angela Merkel et par le Premier ministre britannique Gordon Brown. Un palmarès qui accentue le contraste avec l’attitude des autorités françaises.

Même si l’Elysée a pris la précaution d’un communiqué, expliquant que le président comprenait « les raisons qui conduisent le dalaï-lama, compte tenu des circonstances présentes, à ne pas solliciter un entretien durant son séjour au mois d’août en France. »

Pourtant, lorsque l’ambassadeur de Chine à Paris avait déclaré qu’une rencontre entre le dalaï-lama et Nicolas Sarkozy aurait des « conséquences graves » sur les relations franco-chinoises, le président avait répondu : « Ce n’est pas à la Chine de fixer mon agenda et mes rendez-vous. »

Ses atermoiements sur sa présence à l’ouverture des JO, et le parcours chahuté de la flamme olympique à Paris ont eu raison de sa liberté de choix quant à cet « agenda. »

Le porte-parole de l’UMP, Frédéric Lefebvre, a répliqué face aux critiques : « Ce sont des gens qui cherchent à faire parler d’eux pour des raisons diverses, vous avez à la fois les gauchistes sur le retour, je pense à Ménard (le secrétaire général de Reporters dans frontières) ou Cohn-Bendit (le député vert européen) qui ont pris le Tibet en otage, qui se foutent complètement de l’avenir du Tibet mais font parler d’eux dans les médias. »

La visite du dalaï-lama sera donc religieuse, dans un pays où le bouddhisme est considéré comme la quatrième religion, avec 600.000 pratiquants, dont les trois quarts d’origine asiatique – et plus d’un million de sympathisants.

Mardi, le chef spirituel tibétain doit d’ailleurs apporter sa bénédiction à la nouvelle pagode de la congrégation bouddhique vietnamienne à Evry, en région parisienne, qui doit devenir la plus grande d’Europe.

Au cours de cette dixième visite en France depuis 1982, le dalaï-lama visitera des congrégations en Normandie et en Bretagne.

Avant de dispenser son enseignement durant dix jours à Nantes, devant des milliers de personnes.

En Belgique, le dalaï-lama a dû dernièrement renoncer à deux visites qui coïncidaient, d’abord, avec une visite d’Albert II à Pékin et, ensuite, avec une mission économique du prince Philippe en Chine.

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