L’économie européenne sent venir la récession

la zone euro a enregistré une croissance négative au deuxième trimestre 2008. C’est une première. Elle suscite de grandes inquiétudes.

La situation économique de la zone euro ? A l’image d’un slogan publicitaire célèbre, « ça a le goût de la récession, la couleur de la récession, mais ce n’est pas la récession ».

Pas encore en tout cas. Car d’un strict point de vue théorique, une économie doit se replier durant deux trimestres consécutifs pour que les voyants se mettent résolument au rouge.

Là, on n’en est qu’à un seul trimestre, le deuxième de 2008 : les statistiques ont enregistré une croissance négative de 0,2 %.

Un chiffre peu impressionnant à première vue, mais depuis la création de la zone euro en 1999, c’est la première fois que les données sont négatives. Les spécialistes attendent avec impatience les résultats du troisième trimestre. Et certains avec angoisse.

Une première : la zone euro flirte avec la récession
Conjoncture Une croissance négative de 0,2 %

L’économie européenne s’est contractée au deuxième trimestre. La Belgique résiste. Mais jusqu’à quand ?

Les risques sont plutôt négatifs si on consulte les indicateurs de confiance, mais il ne faut pas tomber dans le pessimisme… il est exagéré de parler de récession ». Amelia Torres, porte-parole de la Commission européenne, veut tempérer la nouvelle. Mais ce qu’on avait craint se confirme : la machine économique européenne s’est brutalement arrêtée.

Au deuxième trimestre, le produit intérieur brut (PIB) de la zone euro s’est en effet affiché en baisse, de 0,2 % par rapport au trimestre précédent, selon les chiffres encore provisoires publiés par l’Office européen des statistiques, Eurostat, jeudi.

En comparaison avec le même trimestre de l’année précédente, la zone euro enregistre encore une croissance positive, de 1,5 %.

Mais le contraste avec les performances du premier trimestre, où l’Europe semblait faire un pied de nez à la crise, est éclatant.

Au premier trimestre, la croissance de la zone en rythme annuel était encore de 2,1 %, et elle progressait de 0,7 % par rapport au quatrième trimestre 2007.

Entre le premier et le deuxième trimestre, le coup d’arrêt est donc particulièrement sensible.

L’Europe avait, il est vrai, connu un premier trimestre très robuste, soutenu encore un peu par la consommation des ménages, les exportations allemandes et surtout par le secteur de la construction, qui avait bénéficié de conditions climatiques particulièrement favorables, un peu partout en Europe et plus spécialement en Allemagne.

Mais après ce bon départ, la hausse des prix de l’énergie, et plus généralement des matières premières, a entamé le portefeuille et le moral des ménages.

L’inflation, en juillet, a ainsi encore atteint les 4 %, comme le mois précédent, atteignant un sommet qui n’avait plus été atteint depuis 16 ans.

Et du coup, face à la vie chère, les Européens ont commencé à restreindre leur consommation. Les ventes au détail, par exemple, ont baissé de 0,6 % dans la zone euro entre le mois de mai et le mois de juin.

Du côté des entreprises, le tableau n’est pas rose non plus : la hausse des frais généraux érode les marges et freine le désir d’investir. Et la crise du crédit, qui a pour conséquence de renchérir les prêts bancaires, n’arrange évidemment pas la situation.

Ainsi, alors que le PIB allemand avait bondi de 1,3 % au premier trimestre, il chute de 0,5 % au deuxième, en raison de la baisse de la consommation des ménages et d’un recul des investissements, particulièrement dans la construction. L’Italie et la France affichent une baisse de 0,3 %.

Dans ce climat frisquet, la Belgique, elle, ne paraît pas encore trop enrhumée.

Le PIB belge présente encore une progression de 0,3 % par rapport au premier trimestre, et de 2 % par rapport au deuxième trimestre 2007. Mais on doute que le pays résiste si ses principaux partenaires commerciaux sombrent.

Dans l’ensemble, donc, pas de quoi se réjouir : « Il s’agit de la plus mauvaise performance trimestrielle de la zone euro depuis le lancement de la monnaie unique en 99 », commente Martin Van Vliet, d’ING, qui ajoute que la mauvaise performance accroît la crainte de l’apparition d’une récession en Europe. Aurelio Maccario, économiste chez Unicredit, estime plus prudemment que « le tampon qui sépare l’économie d’une vraie récession a été largement épuisé ». Mais même le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, ne paraît guère optimiste pour ces prochains mois, et déclarait la semaine dernière s’attendre à une croissance « particulièrement faible » au 3e trimestre.

S’achemine-t-on, alors, vers la récession ? On a déjà fait la moitié du chemin : le phénomène se définit par deux trimestres consécutifs de baisse de l’économie. Si cela devait être le cas, ce serait une triste première pour la zone euro.

ROZEN,MARC,THOMAS,PIERRE-HENRI,AFP
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