Dieu, un auteur Universal

Chant Les moines de la Sainte-Croix créent le buzz et écrasent Madonna

Ni beats ni instruments. Juste du latin chanté par des moines autrichiens. Et la septième place au top 50.

Le tube de l’été ne se danse pas. Il se médite. Le tube de l’été ne s’assortit d’aucune tenue fluo mais d’une robe de bure. Le tube de l’été ne finit pas en « a » comme « macarena » ou « lambada » mais bien en « um » comme dans « In paradisum ».

L’album que les moines autrichiens de l’abbaye cistercienne de Stift Heiligenkreuz ont enregistré, en avril dernier, au cœur de la forêt viennoise, est le buzz musical de l’année. De Londres à Pretoria, il culmine au top des charts. En Belgique, où il est entré en juin, il figure aujourd’hui en septième place de l’Ultratop, devant Madonna, Renan Luce, Julien Doré, Sharleen Spiteri ou Bashung.

« Surpris ? Non, je suis habitué au succès, maintenant. » Derrière ses verres à montures transparentes, le Père Karl a les yeux d’un bleu céleste. « En mai, quand tout a commencé, oui, j’ai été très surpris. J’étais à Londres pour la sortie du CD et on m’a pris en photo avec un disque d’or “au cas où”. On attendait ce disque d’or pour Noël. Cinq ou six semaines plus tard, on y était. »

28 février 2008. Le professeur Karl Wallner, 45 ans, alias Pater Karl, responsable du site Internet, du travail avec les médias et des publications du monastère, reçoit un mail : Universal Classics and Jazz International recherche les plus belles voix religieuses d’aujourd’hui. Le moine répond le lendemain, dernier jour de l’offre, avec un lien vers le site du monastère. Au même moment, une vidéo de ses petits copains chantant sur YouTube se met à tourner comme une folle sur la Toile (près de 125.000 visites aujourd’hui). Universal craque. Et les moines (se) signent.

La voix des anges

Le chant sacré, quelque part, ça a toujours marché. Souvenez-vous des cantiques mixés d’Enigma et des moines bénédictins du monastère de Silos, en Espagne. En 1999, leurs chants grégoriens enregistrés live dans le cloître se vendent à six millions d’exemplaires dans le monde. « Le grégorien, décode Brigitte Ghyselen, responsable du classique chez EMI, touche très fort les gens. Parce qu’il n’a pas de rythme, pas de cadence. Les mots sont ornementés, décorés avec des notes. Au XXIe siècle, c’est une musique qui ne ressemble à nulle autre et nous rapproche de notre respiration. Ça peut en reposer certains, en stresser d’autres ».

Les moines chantent à l’unisson, n’usant que de la gamme naturelle. Pas un seul dièse, juste un bémol (seul le si bémol est toléré). L’oreille moderne est tellement habituée à la gamme tempérée, aux accords et à l’harmonisation des voix et des instruments que la simplicité du grégorien la surprend totalement.

Après le succès des moines de Silos, tous ont tenté leur chance : des sœurs, des lamas, des adventistes du 7e jour, des kimbanguistes (chrétiens fondamentalistes d’origine congolaise)…

Les plus récents : les Vox Angeli, des « néo-Petits Chanteurs à la croix de Bois », qui reprennent… du Voulzy et du Calogero. Plus surprenante, la B.O. de « Halo : Combat Evolved », un jeu vidéo un chouïa barbare… qui compense avec des chants d’église.

Le Père Karl, lui, n’a pas pu chanter sur le CD. Trop de voix. « On m’a dit : on a besoin d’une harmonie, pas d’un Pavarotti ! »

Le CD, il ne l’a entendu qu’une seule fois, dans sa Skoda (où il s’écoute aussi parfois un petit Michael Jackson). Difficile, dans un monastère vieux de 875 ans, de pousser le volume. Et puis à quoi bon, quand on a droit, trois heures par jour, dès l’aube, au concert live au tout premier rang ?

Music for paradise, The Cistercian monks of Stift Heiligenkreuz, chez Universal.

HUON,JULIE
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