Tia Hellebaut fait un saut majestueux dans l’Histoire

Jeux olympiques L’Anversoise médaillée d’or au saut en hauteur avec 2,05 m

La sauteuse en hauteur belge a créé la surprise en battant la Croate Blanka Vlasic, immense favorite.

PÉKIN

DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL

Vous ne vous rendez pas compte de la pression que j’avais. Depuis mon titre de championne du monde à Osaka, l’an dernier, on ne me parlait que de Pékin, pratiquement tous les jours… »

Blanka Vlasic triture son téléphone portable, essaie de fuir les regards qui se posent sur elle. Elle finit par s’adosser à un mur et laisse couler ses larmes. Trente-quatre concours consécutifs victorieux n’ont servi à – presque – rien pour la sauteuse en hauteur croate. Le plus important, celui qui aurait pu, qui aurait dû faire grimper son total à 35 et lui faire gagner l’or olympique, lui a échappé. La faute à une adversaire impitoyable, véritable « bête de compétition » qui, ce samedi 23 août 2008, a causé l’une des plus grosses sensations de ces Jeux de Pékin.

Quelques mètres plus loin, Tia Hellebaut, médaille d’or autour du cou, s’arrête, l’espace de quelques instants, de répondre à ces micros qui se tendent en découvrant la scène. Un court moment d’émotion. Comme si elle était gênée de ce crime de lèse-majesté qu’elle vient de commettre. Elle a réussi l’impensable en cette veille de clôture en sortant un petit chef-d’œuvre de maîtrise technique et tactique.

Vlasic, pensait-on, était imbattable et le début du concours avait semblé le confirmer. En six bonds, toujours à son premier essai, elle s’était facilement hissée à 2,01 m avec un soupçon d’arrogance pour mener largement aux points. Quelques-unes de ses principales adversaires avaient déjà rendu les armes comme l’Allemande Ariane Friedrich et l’Espagnole Ruth Beitia, calées à 1,96 m, ou l’Américaine Chaunte Howard et l’Ukrainienne Vita Palamar, qui n’avaient pu aller plus haut que 1,99 m. Elles n’étaient, en fait, plus que trois à cet instant, à pouvoir la menacer : les Russes Anna Chicherova et Elena Slesarenko, la championne olympique en titre, et Tia Hellebaut, qui venait d’améliorer sa meilleure performance 2008. La vraie bagarre pouvait commencer.

A 2,03 m, Slesarenko calait définitivement, tandis que Vlasic, puis Chicherova passaient à leur premier essai et Hellebaut, virtuellement médaillée de bronze à cet instant, à son deuxième essai, comme lors des deux hauteurs précédentes.

Et c’est là, comme à Göteborg, en 2006, qu’eut lieu le tournant. de la soirée. Un raté de Vlasic, un autre de Chicherova, puis, dans un stade sous le choc, haletant devant cet insupportable suspense, Hellebaut qui s’élance, majestueuse, pour retomber sur le tapis, sans même effleurer la barre, dans la folle allégresse du camp belge. Elle avait saisi la dernière occasion qui se présentait encore à elle en franchissant d’entrée 2,05 m, nouveau record de Belgique à la clé. Ni Chicherova ni, surtout, Vlasic n’allaient s’en remettre.

Cette dernière passait bien la même barre, mais elle échouait ensuite à 2,07 m, hauteur où Hellebaut, forte de son avance au nombre d’essais et en proie à des (vraies ?) crampes au mollet, l’avait intelligemment laissé s’épuiser. Physiquement et nerveusement… C’est ainsi qu’à 30 ans, la grande Anversoise est devenue la troisième championne olympique belge en athlétisme après Gaston Reiff, sur 5.000 m en 1948, et Gaston Roelants, sur 3.000 m steeple en 1964, la 37e tous sports confondus depuis la rénovation des Jeux d’été en 1896. La troisième femme, aussi, après Ulla Werbrouck, en judo, en 1996, et Justine Henin, en tennis, il y a quatre ans. Sacrée compagnie dont elle n’a pas à rougir.

En deux ans, celle dont on a longtemps cru qu’elle resterait éternellement une « honnête spécialiste » des épreuves multiples, s’est complètement métamorphosée sous les ordres de son mentor Wim Vandeven pour s’offrir l’un des plus beaux palmarès du sport belge.

Depuis août 2006, elle a conquis successivement un titre européen à la hauteur, un autre en salle et un titre mondial indoor sur pentathlon. La voici aujourd’hui au sommet de l’Olympe.

De là-haut, la vue doit être belle.

VANDE WEYER,PHILIPPE
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