« Abie » est parti pour toujours

Proche-Orient Il était un précurseur israélien de la paix

De notre correspondant à Tel-Aviv

Plusieurs milliers de personnes sont attendues aujourd’hui à l’enterrement d’Abraham Jacob Nathan (alias « Abie »), le père fondateur du mouvement israélien pour la paix, mort mercredi soir dans la plus grande misère. Pilote de la RAF durant la Seconde Guerre mondiale puis restaurateur « branché » à Tel-Aviv, cet adepte de Bouddha s’est fait connaître en 1965 en présentant aux élections législatives une liste qui prônait le dialogue avec les Etats arabes voisins.

Deux ans avant la guerre des Six Jours, Israël faisait alors figure de citadelle assiégée par des pays arabes brûlant de « rejeter les Juifs à la mer ». Nathan passait donc pour un excentrique et sa liste n’a recueilli que quelques centaines de suffrages. Pourtant, l’homme avait de la suite dans les idées. En 1966, fidèle à sa promesse électorale, il s’est en effet envolé clandestinement pour l’Egypte afin de tenter de convaincre son président Gamal Abdel Nasser de conclure la paix avec l’Etat hébreu. Arrivé à Port-Saïd dans un Piper Club hors d’âge, il a aussitôt été renvoyé vers Israël où la justice l’a condamné à 40 jours de prison pour « contacts avec l’ennemi ».

Promu « héros de la paix » par les grands médias internationaux, le restaurateur a utilisé sa réputation pour dénoncer la colonisation des territoires occupés depuis la guerre des Six Jours (juin 1967) puis pour rencontrer Yasser Arafat à une époque où le contact avec le « maître terroriste » était interdit aux ressortissants de l’Etat hébreu.

« C’était un personnage flamboyant, raconte son ex-complice Uri Avnery. Lorsque les premières implantations ont été créées en Cisjordanie, il a voulu attirer l’attention de la communauté internationale en entamant une grève de la faim qui l’a mené jusqu’aux portes de la mort. Malheureusement, le monde s’en fichait et les autorités israéliennes en ont profité pour l’hospitaliser de force. »

Notamment soutenu par John Lennon, Nathan a ensuite lancé la « Voix de la paix », une radio pirate émettant en arabe, en hébreu et en anglais à partir d’un bateau voguant en eaux internationales. La station disposait d’un bel auditoire mais elle coûtait cher. Contraint d’interrompre l’aventure en 1993, l’ex-restaurateur est alors parti rouler sa bosse en Afrique où il a brûlé ses dernières économies en créant des camps pour réfugiés. Aigri et malade, il est revenu en Israël peu après le début de la deuxième intifada. Dans l’indifférence générale.

DUMONT,SERGE
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