Les F-16 belges à Kandahar

Afghanistan Les quatre chasseurs sont arrivés dans le sud du pays

Le ministre Pieter de Crem n’a pas eu de chance : un incident technique l’a empêché d’accueillir les pilotes.

KANDAHAR

De notre envoyé spécial

Avec une précision de métronome, la première rotation de quatre chasseurs F-16 belges affectés au Sud de l’Afghanistan est arrivée ce mardi à 16 h 16 à Kandahar, malgré une légère complication au niveau de l’Arabie Saoudite : l’avion américain qui devait les ravitailler en vol n’a pas reçu de feu vert diplomatique pour survoler le royaume saoudien, ce qui a obligé les Belges à opter pour un double ravitaillement, avant et après la traversée de la péninsule arabique.

Pourquoi avoir fait décoller lundi huit avions vers la Crête, pour que seulement quatre arrivent à bon port à Kandahar ? « Il s’agit d’une procédure normale, pour éviter l’attrition d’un des avions en cours de route », devait nous préciser le chef des pilotes, le lieutenant-colonel Polome, 37 ans, de Sart-Dames-Avelines. Mais s’il n’y a « que » quatre appareils aujourd’hui dans le Sud afghan, il y a bien huit pilotes, qui commenceront dès ce vendredi leurs premières missions d’entraînement et devraient être opérationnels à partir de mercredi prochain. Dans leur planning, les troupes néerlandaises prévoient en tout cas un partage avec les Belges des missions d’intervention rapide (« Quick reaction alert ») pour le 15 septembre au plus tard.

Un petit incident a pourtant troublé la réception d’accueil des quatre chasseurs belges à Kandahar : si les F-16, désarmés comme il se doit, étaient parfaitement alignés sur la rampe de parking des Français (à côté des Mirage et Super Etendard) bien avant la tombée du jour, et si les petits fours attendaient les VIP en bout de piste aux confins du désert, le ministre belge de la Défense Pieter de Crem, lui… était absent.

Parti de Kaboul en gros-porteur C-130, le ministre a joué de malchance : l’avion a percuté au décollage quatre oiseaux, dont deux ont endommagé le système de détection de missiles sol-air. Le C-130 était dès lors dans l’impossibilité de déclencher les leurres (« flares ») qui servent à détourner d’éventuelles attaques par missiles à guidage infrarouge. Puisque ce type d’arme est aux mains des insurgés afghans, il était hors de question d’atterrir à Kandahar. Mais ce n’est qu’après avoir longuement survolé cette ville que l’avion belge a constaté ce dégât, fait demi-tour vers Kaboul et confié le ministre à un autre C-130 belge. D’où trois bonnes heures de perdues.

C’est donc au jour tombant, avec un retard de bien plus d’une heure et demie sur les F-16, que le nouveau détachement belge de Kandahar a pu recevoir le ministre de la Défense et, en un temps record, non seulement lui faire l’honneur des infrastructures d’accueil des avions belges, mais lui montrer les tentes et conteneurs, structures de commandement et communication cryptée que le 4e Génie d’Amay a fait sortir de terre durant ce mois d’août.

Rappelons que si les travaux ont bien avancé en ce qui concerne les bâtiments opérationnels, les lieux de vie, eux, ne devraient être finalisés que dans les semaines qui viennent.

Pour mémoire, les « rampants » s’y succéderont par rotations de quatre mois, les pilotes par rotations de sept semaines.

L’armée de terre, volontaire elle aussi…

Dans son édition de ce mercredi, nos confrères du Standaard font écho de la volonté de la Composante Terre de se déployer elle aussi en Afghanistan et d’y glaner ainsi une expérience en opération, voire en contact direct avec l’ennemi.

C’est plus qu’un projet, puisque soixante à septante hommes seront déployés dans le Nord afghan dès mars 2009 pour deux ans, et qu’ils ne devraient pas, nous confirme le chef de la Composante Terre, rester éternellement hors de toute zone de combat. (A. L.)

De Crem : « Un engagement considérable »

ENTRETIEN

Pieter De Crem, êtes-vous à l’aise avec ce nouvel engagement en Afghanistan ?

Se trouver dans une région qui n’est pas sécurisée, cela ne met pas quelqu’un « à l’aise ». Cela nous force à être très vigilant, à avoir un équipement extraordinaire, à garder un bon moral. Mais notre travail ici est très important, fort apprécié au sein de la Fias (Force internationale d’assistance à la sécurité).

Est-ce que vous projetez en outre une participation à la sécurisation des élections 2009, comme nous l’avons fait en 2005 ?

Jusqu’ici aucune demande n’a été formulée en ce sens. Notre engagement en Afghanistan est désormais considérable. Je pense que ce que nous faisons ici, nous devons le faire de manière performante, et mon intention est d’abord de mener cela à bien. Je n’exclus rien, mais rien n’a été demandé jusqu’ici.

Quand on parle des pertes civiles en Afghanistan, qu’est-ce que vous en pensez ?

On fait un travail extraordinaire, et ce n’est pas une guerre, pas une « guerre froide », pas une guerre idéologique : c’est une opération de la communauté internationale, visant à stabiliser l’Afghanistan et le Pakistan, l’Iran, etc. On essaie vraiment de limiter les dégâts matériels et corporels. Nous allons insister pour que les opérations soient bien calibrées et qu’on évite les victimes civiles.

Votre collègue Charles Michel parle d’une meilleure coordination entre Défense et Coopération. Que peut-on attendre ?

C’est ma vision : tous les efforts de la défense, de la Coopération, des Affaires étrangères doivent être conçus en synergie. Pour l’Afghanistan, il est très important de construire un pont avec la Coopération pour pouvoir transmettre le relais à des projets de développement. J’aurais l’occasion de revoir mon collègue de la Coopération : il n’est pas exclu que nous nous rendions ici ensemble, pour voir où nous pouvons nous fortifier, lancer des projets communs.

LALLEMAND,ALAIN
LE PORTFOLIO : Les Belges en Afghanistan
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