Kim Gevaert, le sprint le plus émouvant

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Mémorial Van Damme Le dernier 100 mètres

Ovationnée par 45.000 personnes, l’égérie de l’athlétisme belge n’a pas raté sa sortie. Elle s’en va comblée.

Tournée générale ! Après les larmes, la fête. La 32e édition du Mémorial Van Damme fut celle de l’émotion. Et de Kim Gevaert en particulier. Après quinze années dédiées à son sport, la reine de l’athlétisme belge (30 ans) a tiré sa révérence en beauté. De manière rêvée, en remportant le dernier 100 m d’une carrière auréolée de onze médailles, devant ce public à qui elle a offert tant de frissons. Les 45.000 spectateurs du stade Roi Baudouin les lui ont rendus, une dernière fois, lors d’un tour d’honneur à bord d’une MG. Ce public qui vibre au rythme de ses exploits depuis 6 ans au plus haut niveau a eu raison de la retenue de la belle Kim, dont le visage ruissela alors de bonheur, point d’orgue d’une soirée que seul le temps d’automne a refroidi.

Pourtant, comme un signe du ciel, la pluie, battante quelques minutes auparavant, se tut sur le coup de 19 h 35. Le soleil des projecteurs se devait d’illuminer son entrée. La onzième sur cette piste foulée la première fois à 20 ans et dont elle est devenue l’icône à force de l’enflammer. Mais à cet instant, le stade se retient. Par pudeur et discrétion. Respect, aussi. Kim Gevaert l’avait confié : elle redoutait avant tout d’être submergée par ses propres émotions… « Je voulais absolument les contenir et j’y suis parvenue, tout en savourant ce moment si spécial », dira-t-elle après coup.

Sur le coup, le public acclamant le vainqueur du 3000 m steeple qui précède le 100 m, le sien, Kim se rend discrètement à sa position de départ, de peur que les feux se braquent déjà sur elle. Elle s’installe au couloir cinq, central, comme une reine sur son trône. Le regard rivé sur cette distance, une poignée de secondes, qui la sépare de sa seconde vie à laquelle elle aspire.

Mais avant d’envisager l’avenir, il faut profiter. Ne pas craquer. Alors Kim se frappe les cuisses. Dans l’attente de cette acclamation qu’elle pressent… Un murmure, qui envahit le stade. Elle sait que, bientôt, la clameur montera.

Alors elle s’assied, s’enfouit la tête dans les épaules. Pas le temps de la présenter : le public hurle son bonheur ! Kim, elle, cache le sien. Elle couvre sa bouche de la main, un signe récurrent, témoin de son humilité. Mais elle a déjà gagné : les larmes n’ont pas percé. « J’étais impressionnée, mais ce soutien m’a emplie d’énergie. »

Le silence remplace alors le bruit… Kim est parfaitement lancée ! Elle mène son 100 m de bout en bout, grâce à une deuxième accélération dictée par son absolue volonté. « Je me serais sentie coupable de décevoir autant d’attentes. » Onze secondes et 25 centièmes… C’est fait : la sprinteuse belge devance la Bahaméenne Ferguson (11.32) et l’Américaine Barber (11.37). Elle n’a pas battu son record, mais Kim Gevaert se retire comme elle l’a rêvé, sur une victoire dans ce stade qui chante à sa gloire depuis 2002. « Je suis heureuse. C’est une belle manière de m’en aller. Comme une récompense, la plus belle. Je ne réalise pas trop ce qui m’arrive tant j’ai voulu me protéger. Mais je me retire comme une athlète comblée. Tout ne fut pas parfait au fil de ma carrière, mais j’ai eu tellement de chance. Je m’en vais sans frustration ni anxiété. Je ne crains pas de m’ennuyer. Je n’ai pas non plus le sentiment d’être vieille, plutôt prête à une nouvelle vie. »

On la lui souhaite aussi faste que sa carrière d’athlète !

DRUART,STEPHANE
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