Asif Ali Zardari, le président qui fâche

Pakistan Le Parlement doit introniser ce samedi le successeur de Pervez Musharraf

ISLAMABAD

DE NOTRE CORRESPONDANTE

C’est un salaud ! Un corrompu ! On préfère encore Musharraf ! », lancent ici de nombreux Pakistanais, quelle que soit leur appartenance politique. Asif Ali Z

ardari, le veuf de Benazir Bhutto et leader du PPP – Pakistan People’s Party, le plus grand parti démocrate du pays – est l’homme le plus controversé du moment et sa nomination à la présidence par les parlementaires, ce samedi, inquiète déjà. Rares sont les articles dans la presse locale qui le défendent. « Monsieur 10 %, prochain président ? », « Le nouveau Musharraf » sont des titres évocateurs qui reviennent chaque jour.

 D’abord, son nom est pour beaucoup synonyme de corruption. Plus connu sous le sobriquet de « Monsieur 10 % », il prélevait systématiquement de substantielles commissions sur tous les marchés publics à l’étranger quand il était ministre de l’Investissement dans le gouvernement de sa femme en 1988. Pour affaires de corruption, il a fait onze années de prison et n’a été libéré qu’en 2004. Et jamais il ne serait devenu leader du PPP si Benazir n’avait pas été assassinée en décembre dernier.

 « C’est un propriétaire foncier, pas un politicien ! Il est incapable de gouverner. Si Benazir était une politicienne au fort charisme, son mari n’est qu’un sale type ! Tout ce qu’il va faire, c’est spolier l’image du PPP », entend-on dans la bouche de ses détracteurs les plus virulents. Même l’un de ses très proches amis, Shaheen Sehbai, journaliste, en convient. « Les autres candidats à la présidentielle ne peuvent pas rivaliser avec le leader du premier parti démocrate du pays, rappelé au pouvoir par les urnes en février 2008. Mais sa crédibilité est devenue un sérieux problème. Il va devoir faire ses preuves. »

 Une « dictature bis » ?

Au sein du PPP aussi, Z

ardari ne provoque aucun enthousiasme. Au siège du parti, à Islamabad, ce sont toujours les posters à l’effigie de Benazir qui tapissent les murs. Les dirigeants que l’on y croise sont rares… et affichent des mines crispées. « Après l’assassinat de Benazir, son nom n’a jamais fait l’unanimité pour reprendre les rênes du parti. Mais il a réussi à former un gouvernement et à maintenir la cohésion du pays. Il faut lui faire confiance », avance l’un d’eux, sans conviction. Et il s’empresse d’ajouter : « Benazir aussi, quand elle est rentrée en octobre dernier, prête à partager le pouvoir avec Musharraf, a semé la discorde dans nos rangs. » Pour annoncée qu’elle soit, la victoire risque d’avoir un goût amer pour le PPP, dont certains cadres menacent déjà de quitter le gouvernement.

 Ensuite, Zardari déçoit les partisans du PPP. Primo parce qu’il n’a pas rétabli dans leurs fonctions les juges limogés et leur chef, Ifthikar Chaudry – l’ancien président de la Cour suprême –, comme il l’avait promis. Ensuite, parce qu’il va bénéficier d’un régime où tous les pouvoirs sont concentrés entre les mains du président. Si Zardari ne modifie pas la Constitution pour établir un régime parlementaire, « ce sera une dictature bis à la Musharraf avec un visage pseudo-démocratique », écrit un éditorialiste du quotidien pakistanais Daily Times. Cela plongerait le pays dans une grave crise politique qui profiterait d’abord au rival historique du PPP, la Ligue Pakistanaise Musulmane de Nawaz Sharif (PML-N), qui vient précisément de quitter la coalition au pouvoir pour divergences de vue avec Zardari. Nul hasard donc à ce que certains Pakistanais prédisent déjà : « Dans quelques mois, ce ne serait pas étonnant de voir des milliers de gens descendre dans la rue pour scander “Go Z

ardari, go”… »

GARAUDE,PAULINE
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