A bas les cons !

Presse « Siné Hebdo » souffle un vent de rébellion contre les idées sages

Le monde perd les pédales. Soutenu par Guy Bedos et Michel Onfray, Siné investit son âme et risque tout dans un nouvel hebdo satirique anti-matraque et pro-murs à abattre.

Siné aura 80 ans le 31 décembre. Fondateur anarchiste de Siné Massacre et de L’Enragé, infatigable trublion de Charlie Hebdo, il a donné toute sa vie à la lutte contre le gendarme, le curé, le militaire et le politicien borné. Antisarkozyste affiché, il a été débarqué de Charlie Hebdo cet été (lire en page 34). Siné aurait pu se retirer sous sa tente pour jouir des testicules en or de ses droits d’auteurs. Il a préféré rebondir et tout investir dans la création de son propre journal sans dieu ni maître. L’humoriste Guy Bedos et le philosophe Michel Onfray l’accompagnent dans le financement de sa rébellion contre les cons.

Nous avons lu le numéro zéro. C’est une bombe de bon sens planétaire, un éclat de rire de générosité humaine, une claque de lucidité politique. Allergique à l’ego, Siné ne joue pas les éditorialistes en chef. Le vieux libertaire laisse la plume acide ou les crayons sulfureux aux copains d’abord, ces malotrus bourrés au talent graphique et littéraire embarqués à ses côtés. L’équipage de Siné Hebdo partage une même volonté de ruer dans les brancards de la société sarkozyste et d’un monde usé, poussé par ce fol espoir d’éviter l’abîme du lendemain à l’Humanité.

Le journal se découpe en tranches de Mauvaises Humeurs, de Douce France, de Bougez-vous le cul et de Petites Gâteries, sans publicités ni sponsors. Guy Bedos y revendique l’antisarkozysme primaire « parce qu’il est primaire ». L’écrivain underground Jackie Berroyer, un ancien d’Hara-Kiri que l’on voyait plus souvent aux enterrements qu’aux baptêmes, refait surface dans Siné Hebdo pour nous rappeler avec élégance de nous « méfier des cons instruits ». Le militant historique des droits de l’homme, Maurice Rajsfus, expert en répression policière et en censure militaire, signe avec « La matraque n’a pas d’âge », une méditation essentielle sur nos droits et libertés à l’aube du XXIe siècle. Philippe Geluck laisse son Chat sur le quai des Belges et se rachète une méconduite, tournant le dos à l’humour canapé de Michel Drucker.

« Faites-moi confiance. Ça va saigner ! », écrivait Siné sur son blog au mois d’août. Le premier numéro de Siné Hebdo est à la hauteur de l’ambition du père fondateur : « Un canard qui ne respecte rien, n’a aucun tabou, qui chie tranquillement dans la colle et les bégonias sans se soucier des foudres et des inimitiés de tous les emmerdeurs ! »

« Siné est un personnage mythologique de la presse française, confie le Belge Noël Godin, entarteur littéraire du Siné Hebdo. On enseigne son trait dans toutes les écoles de graphisme. C’est un pamphlétaire très aimé, très populaire et en même temps totalement audacieux depuis toujours et à jamais. Il est de la veine des Pierre Desproges, d’une nature indispensable et exaltée mais d’une vraie cohérence politique. On ambitionne les 130.000 exemplaires pour ce premier numéro et nous avons des réserves suffisantes pour tenir au moins jusqu’à l’année prochaine. Catherine Sinet, sa compagne et rédactrice en chef du journal, m’a dit qu’il a rajeuni de trente ans avec ce projet. Tout se trame dans sa villa de Noisy-le-Sec. Il y possède des caves remarquables où cela n’arrête plus de débouchonner et il ne dort plus que cinq heures par nuit. »

La première livraison de Siné Hebdo se referme sur une pleine page griffue de Jacques Tardi. Le maître de la bande dessinée antimilitariste règle un compte magistral avec la violence aveugle des armes à feu. Mais il serait injuste de ne pas citer d’autres coups de crayon et de réflexion comme ceux de Caroli, le fondateur du magazine Psikopat, auteur d’un dessin inouï contre la haine raciale. Ou le duo infernal de Benoît Délépine et Diego Aranega, le créateur du héros Focu, qui allume en strips les spécialistes en ressources humaines impuissants à assurer la reconversion de Siné !

Plus d’infos sur www.gloupgloup.be

« Siné est un être antiraciste »

Presse Comment « Charlie Hebdo » s’est débarrassé de son caricaturiste

Siné a refusé de faire son mea culpa, il a donc été mis à la porte duCharlie Hebdo. À l’origine de la rupture, une chronique controversée dans le numéro du 2 juillet 2008. Dans son article, le caricaturiste ironisait sur une éventuelle conversion au judaïsme de Jean Sarkozy, le fils de Nicolas Sarkozy, avant son mariage avec la fille du fondateur des magasins Darty.

La chronique controversée

Il écrivait ceci : « Jean Sarkozy, digne fils de son paternel et déjà conseiller général de l’UMP, est sorti presque sous les applaudissements de son procès en correctionnelle pour délit de fuite en scooter. Le Parquet (encore lui !) a même demandé la relaxe ! Il faut dire que le plaignant est arabe ! Ce n’est pas tout : il vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d’épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit ! »

Selon le Nouvel Observateur, Philippe Val, directeur du Charlie Hebdo, n’aurait pas été au courant du contenu de la chronique de Siné et se serait rendu compte de l’impact de ces propos quand il a appris que la mère de Jean Sarkozy s’était plainte de l’article auprès des journalistes. S’est ensuivi un long débat interne au journal, au terme duquel Siné a été prié de faire ses excuses, ou de plier bagage, ce qu’il a fait.

L’objet du conflit était le caractère antisémite ou non des propos de Siné. Selon Val, cet article pouvait être interprété « comme faisant le lien entre la réussite sociale et le judaïsme », ce qu’il trouvait « ni acceptable, ni défendable devant un tribunal ». Siné pour sa part s’est défendu sur son blog, affirmant qu’il avait trouvé le comportement de Jean Sarkozy hypocrite, qu’il en aurait fait de même quelle que soit la religion mise en cause, et surtout qu’il était convaincu que Val trouvait dans cette affaire l’argument qu’il cherchait depuis longtemps pour l’évincer. Il va même jusqu’à ajouter : « Si Val me cherche des poux dans la tête, peut-être est-ce pour remercier le Président de la République de lui avoir manifesté son soutien au cours du procès des caricatures de Mahomet ? »

On le voit, les attaques fusent, mais d’après Cavanna, l’un des fondateurs du Charlie Hebdo, « l’affaire se réduit à (…) une plaisanterie, certes dangereuse mais occasionnelle, de Siné, une erreur d’appréciation de Val. (…) Pas de quoi fouetter un chat. » Pour Noël Godin, proche de Siné et membre de la nouvelle rédaction de Siné Hebdo, « cette histoire ressemble à un procès politique stalinien. Siné est un être extrêmement antiraciste qui est incapable de s’encanailler avec des idéaux douteux. »

L’affaire a suscité bon nombre de réactions de part et d’autre. En témoigne la pétition en ligne en faveur de Siné qui a recueilli à ce jour plus de 17. 000 signatures.

COUVREUR,DANIEL,STAGIAIRE
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