Retour au calme sous la Manche

Transports Eurotunnel : le trafic ferroviaire reprend ce samedi matin

Les passagers ont joué les filles de l’air ou se sont fait la malle… Et le TGV reprend la Manche dès ce samedi.

Ce n’est que vendredi vers 8 h du matin que les pompiers français et britanniques sont venus à bout de l’incendie qui s’était déclenché 16 heures plus tôt sur une des navettes de l’Eurotunnel qui assurent le transport des camions entre l’Angleterre et la France. L’incendie a affecté 14 personnes (8 légèrement blessées et 6 légèrement intoxiquées) parmi le personnel de la navette et la trentaine de chauffeurs routiers transportés sous la Manche. « Nous venions d’entrer dans le tunnel et soudain nous avons entendu une explosion, explique Andrzej Czapla, un chauffeur polonais de 56 ans. Nous nous sommes rendus à l’arrière et nous avons vu par la fenêtre les flammes, surtout nous avons ressenti de la chaleur. Avec un collègue, nous avons débloqué les portes et nous sommes sortis dans le tunnel. Il n’y avait pas de feu et pas de fumée, l’incendie était à l’intérieur de la navette. En me retournant, j’ai vu d’autres chauffeurs qui étaient en train de briser les vitres pour sortir. Ensemble, on a marché jusqu’à la première porte. Une voiture nous attendait et nous a amenés tout de suite vers la sortie. »

Causes probables de l’incendie : les freins d’un camion qui ont pris feu et incendié un camion. Le feu s’est ensuite propagé. « Dès qu’un feu est constaté, on lance la soufflerie de façon à repousser le feu à l’extrémité de la navette pour sécuriser l’avant où sont les chauffeurs, donc par définition on propage volontairement », détaille Gérard Gavory, le sous-préfet du Pas-de-Calais.

L’incendie sur la navette a évidemment provoqué l’interruption du trafic dans le tunnel. D’immenses files d’attente, de camions et de voitures, se sont formées près de Folkestone, à proximité de l’entrée du tunnel. Mais surtout, les 30.000 personnes qui utilisent l’Eurostar chaque jour de semaine entre Londres et le Continent (10 allers et retours vers Bruxelles et 20 vers Paris) ont dû chercher un autre moyen de transport. Car depuis 2004, le tunnel sous la Manche a capté environ 70 % du trafic passagers Paris-Londres et 65 % du Bruxelles-Londres, pour atteindre 8 millions de passagers en 2007.

Les avions ont fait le plein

Les quatre compagnies aériennes reliant Bruxelles et la capitale anglaise ont fait le plein, appelant des avions plus grands quand c’était possible (Brussels Airlines, British Midland) ou ajoutant des vols (VLM). Dans les deux sens, les vols ont vite été comblés. Une partie du trafic à destination anglaise s’est reportée vers des villes relativement proches (Birmingham, Bristol). Ceux qui ne trouvaient pas place dans les airs ont pu se retourner vers la mer. P&O, qui assure la liaison ferry Calais-Douvre, a retrouvé le succès d’avant le tunnel. La compagnie Transeuropa Ferries en a profité pour affréter deux navettes supplémentaires entre Ostende et Ramsgate.

Le trafic marchandises a repris la nuit dernière et le trafic passagers reprend ce samedi matin. Dans un premier temps dans une seule galerie, celle qui n’a pas été concernée par l’incendie. Les trains passeront en chapelet, dans un sens puis dans l’autre. Quant à la réparation du tunnel où a eu lieu l’incendie, dont le foyer a dépassé mille degrés, « la reconstruction consistera à purger le béton qui aura été désagrégé par l’incendie ». Selon Jacques Gounon, PDG d’Eurotunnel, « ce sont des travaux lourds qui vont durer un certain temps ». Ces perspectives n’ont pas fait perdre confiance dans l’entreprise, financièrement remise à flot depuis un an. A la Bourse de Paris, l’action Eurotunnel a clôturé en légère perte (– 0,5 %) dans un marché en légère hausse (+1,97 %).

Le tunnel belge sera aussi sous haute surveillance

Dans quelques mois, la Belgique inaugurera son plus long tunnel ferroviaire. Il abrite la ligne TGV L3 pendant 6,53 km entre Vaux-sous-Chèvremont et Soumagne, sur la ligne qui relie Liège à l’Allemagne. C’est l’ouvrage ferroviaire le plus cher de l’histoire du rail belge, notamment à cause du budget sécurité qui l’accompagne : plus de 20 millions d’euros.

Contrairement à son grand cousin qui passe sous la Manche, le tunnel sous Soumagne fait coexister les deux voies dans une seule galerie. Il n’y a donc pas de couloir « de service » parallèle. Des camions de pompier, adaptés pour monter sur les voies, ont été déployés dans les casernes proches des deux orifices du tunnel.

Une fibre optique quadrille le tunnel et permet de repérer, tous les trois mètres, la moindre élévation de température anormale. Localiser un incendie, même dans un tunnel composé d’éléments ininflammables est une priorité. Ne serait-ce que pour choisir dans quel sens activer les rejets des extracteurs de fumées. Réserve d’eau à l’abri du gel pour alimenter les pompiers (avec de l’eau régulièrement désinfectée afin qu’elle n’aggrave pas les brûlures ou blessures des accidentés éventuels), main courante permettant de s’enfuir même dans sans lumière, systèmes doublés (alimentation en eau, en électricité ou en informatique), relais GSM indépendant et autres systèmes de surveillance ont été déployés pour chaperonner les 6,5 km.

Afin de tester le tout, un exercice catastrophe simulant un accident majeur est programmé d’ici la fin de l’année.

RENETTE,ERIC,AFP
Cette entrée a été publiée dans Monde, avec comme mot(s)-clef(s) , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.