« Je ne voulais pas tuer Joe »

Adam G. a reconnu ce lundi, devant la cour d’assises de Bruxelles, avoir poignardé Joe Van Holsbeeck après lui avoir volé son MP3, le 12 avril 2006 à la gare Centrale de Bruxelles. « J’accepterai toute décision de la cour, mais je ne voulais pas le tuer. Je regrette », a-t-il déclaré dans un français hésitant, à la présidente Karin Gérard.

« Pour ma famille, c’est difficile. Mais c’est une tragédie pour la famille de la victime », a admis le jeune Polonais (19 ans). La présidente de la cour n’a cependant pas manqué de relever des incohérences et des contradictions dans les déclarations du jeune homme.

Ce lundi, on a aussi appris que Mariusz, le complice d’Adam, qui voulait être entendu par vidéo-conférence, se rendrait aux assises pour témoigner.

p.6 le compte rendu

« Je ne voulais pas le tuer »
Justice Le procès du meurtrier présumé de Joe Van Holsbeeck a débuté à Bruxelles

Adam G. admet avoir causé la mort de Joe. Mais c’était « involontaire », dit-il. Son récit reste confus et lacunaire.

Un huissier ganté extirpe de sa housse de plastique une veste rouge dépenaillée dont la doublure est maculée de sang. Elle fait partie des pièces à conviction : c’est la veste que Joe Van Holsbeeck (17 ans) portait, le 12 avril 2006, lorsqu’il a été poignardé en pleine Gare Centrale. L’une des poches du vêtement est décousue : elle a été arrachée par celui – Mariusz ? – qui a volé le MP3 que l’adolescent tentait de soustraire à sa convoitise. La mère de Joe n’a pas eu le cœur de regarder le vêtement. Adam G. non plus. Il égare son regard quelque part sur les lambris de marbre qui tapissent le prétoire.

– « Qui, selon vous, est responsable de la mort du malheureux Joe Van Holsbeeck ? », lui a demandé la présidente, Karin Gérard.

« Moi, souffle-t-il. Je ne voulais pas le tuer. Je regrette. »

L’interrogatoire de l’accusé s’achève. Il a été confus et laborieux. Adam G. parle à peine le français. Il répond : « Oui », « Non », « Je sais pas », « Je me rappelle plus ».

Il est vêtu de noir. De pied en cap. La coupe cintrée de son veston accentue encore sa stature athlétique : Adam a pratiqué le body-building – quatre heures de muscu quotidiennes ! – dès l’âge de quatorze ans. Parce qu’il craignait les Turcs, dit-il. A seize ans, il prenait des stéroïdes et des anabolisants. Sa façon à lui d’exister dans le monde d’où il vient.

Adam G. n’est jamais allé à l’école. « Un prof est venu, pendant un an, m’apprendre à la maison », dit-il. A peine un dégrossissage : Adam sait tout juste lire les lettres capitales sur les imprimés. Mais il s’est fait tatouer des phrases sur le corps. « L’attaque est la meilleure défense », dit l’une. « Ne fais pas confiance au premier venu », dit l’autre. En prison, il en a ajouté une autre, quelque part entre le pouce et l’index : « Seul entre quatre murs ». Il y a des cicatrices aussi, qui racontent des histoires de bagarres.

Adam a passé son enfance en Pologne. Ses premiers séjours à Bruxelles remontent au début des années 2000, au gré des emplois que sa mère chinait sur le marché du travail, au black. C’est vers cette époque qu’il a fait la connaissance de Mariusz et de son frère. Ils jouaient au foot, glandaient dans les parcs, zonaient dans la rue à l’affût de larcins – ce dont Adam, dit-il, ne se souvient guère. Mais dont les archives policières ont conservé la trace.

Adam G. est revenu en Belgique au printemps 2006. Il voulait, dit-il, trouver à Bruxelles un appartement où s’installer avec Anetta, sa petite amie, dont ses parents ne voulaient pas entendre parler parce qu’elle était polonaise. Et Adam est tzigane. Son frère, Dawid, n’avait pas agi autrement. Bravant les règles de sa communauté, il vivait à Bruxelles avec sa fiancée polonaise, loin de la loi tzigane, qui l’avait banni pour dix ans.

Adam G. a longtemps prétendu être arrivé à Bruxelles le 12 avril – le jour du meurtre de Joe – et avoir quitté la Belgique le soir même, à bord de l’un de ces minibus qui font quotidiennement le voyage vers la Pologne. Il a fini par admettre qu’il était arrivé la veille. Mais tout – à commencer par les déclarations de certains de ses proches – porte à croire qu’il se trouvait à Bruxelles depuis bien plus longtemps.

Adam G. a beaucoup menti aux enquêteurs. Mariusz aussi. Ils ont, l’un comme l’autre, varié dans leurs déclarations, chacun tentant de se défausser sur l’autre de ce qui pourrait l’accabler.

Quand, et dans quelles circonstances, Adam et Mariusz se sont-ils rencontrés, le jour du meurtre ? Lequel des deux a eu l’idée de commettre un vol ? A qui appartenait le couteau dont Adam porta un coup mortel à Joe ?

Rien n’est clair. Mardi, devant les jurés bruxellois, Adam a finalement déclaré qu’ils avaient l’un et l’autre souscrit à l’idée d’un vol – « Mais c’est Mariusz qui en a parlé le premier » – et que le couteau appartenait à son pote.

Cet après-midi-là, ils ont d’abord voulu s’en prendre à trois gamins qui ont pris la fuite. Adam et Mariusz les ont suivis jusqu’à la gare Centrale. C’est là qu’ils ont repéré Joe et Gil, assis sur un muret, les écouteurs d’un MP3 fichés dans les oreilles. Les deux autres leur ont trouvé un petit air prospère. Ils ont échafaudé un plan. Mariusz capterait l’attention de Joe et Gil pendant qu’Adam leur ferait les poches – « On voulait de l’argent, pas le MP3 », assure Adam. Rien n’aurait marché comme prévu.

« La bagarre a commencé quand Joe est descendu du muret, a raconté Adam, ce lundi. J’étais terrifié. Il me tenait par les épaules et me tirait vers lui. C’est quand j’ai vu que Mariusz avait disparu que j’ai sorti le couteau… » La présidente l’a interrompu : « Vous rendez-vous compte que la version que vous nous livrez là est encore différente de toutes celles que vous avez déjà données ? »

Mariusz obligé de venir

Mariusz, complice d’Adam, avait formulé le souhait d’être entendu par vidéoconférence, comme témoin devant la cour d’assises. Il entendait ainsi conforter son statut de mineur au moment des faits. Il n’en sera rien. Au nom des parties civiles, Me Marc Preumont a fait valoir que l’obligation de faire témoigner des mineurs par vidéoconférence n’était acquise qu’aux témoins et victimes, pas à un suspect – au surplus condamné par les juridictions de la jeunesse. Les avocats d’Adam, tout comme l’avocat général Michel Nolet De Brauwere, se sont ralliés à cette position.

Une inspectrice de la police fédérale a donc été priée par la présidente Karin Gerard de signifier sur-le-champ à Mariusz et ses avocats qu’il comparaîtra personnellement jeudi après-midi devant la cour d’assises. Cette comparution sera l’un des moments clés du procès : Adam accorde à Mariusz le rôle de meneur de l’expédition meurtrière de la gare Centrale.

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LES PORTFOLIOS :  Hommage à Joe Van Holsbeeck
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