Un accord historique sur le partage du pouvoir

Zimbabwe Le président Mugabe nomme l’opposant Morgan Tsvangirai Premier ministre d’un gouvernement d’union nationale

Johannesburg

de notre correspondante

Morgan Tsvangirai, Premier ministre, d’un gouvernement dominé par l’opposition : c’est l’accord historique signé ce lundi à Harare. Pour la première fois depuis l’indépendance du Zimbabwe en 1980, Robert Mugabe a accepté de partager le pouvoir avec l’opposition, qui détient une courte majorité au Parlement, depuis les élections de mars.

Réélu en juin dernier au cours d’un vote tronqué où il était le seul candidat, le chef de l’Etat restera donc en place pour cinq ans, en principe, et continuera de présider le gouvernement. Mais les politiques seront proposées par le « Conseil des ministres » dirigé par Tsvangirai, sans présence de Mugabe.

Le président du « Mouvement pour le changement démocratique » (MDC) ne voulait pas jouer les « seconds couteaux », d’où cette formule alambiquée imaginée par le médiateur sud-africain Thabo Mbeki. Trente-un ministres, qui doivent encore être nommés, feront partie de l’équipe gouvernementale : l’opposition détiendra 16 portefeuilles (on évoque les Affaires étrangères, les Finances et l’Intérieur, y compris la police) et le parti de Mugabe, la Zanu-pf, 15 (dont la Défense). Pour compliquer le tout, la faction dissidente du MDC, qui détiendra 3 ministères, jouera de fait un rôle d’arbitre.

Un succès pour Mbeki

Les deux camps vont donc devoir coopérer, après 8 ans de répression violente. « Les divisions appartiennent au passé », a déclaré Tsvangirai, tout sourire après la signature. C’est sans doute la situation désastreuse de l’économie et les pressions des pays voisins qui ont finalement forcé Mugabe à s’entendre avec son « frère » Tsvangirai, qu’il dénonçait naguère comme « la marionnette des Britanniques ».

Cet accord est un succès personnel pour le médiateur, Thabo Mbeki. Mugabe l’a lui-même souligné : le président sud-africain a été vilipendé pour son approche, jugée trop favorable à l’homme fort d’Harare. Fermement opposé aux sanctions imposées par les Européens et les Américains, Mbeki a toujours plaidé pour une solution négociée par les Zimbabwéens, avec l’aide des pays africains. « Personne ne peut décider de changer le régime dans ce pays, » a encore martelé Mugabe, qui a une fois de plus mis en garde « ceux qui veulent nous imposer leur volonté ».

Tsvangirai a, par contre, appelé la communauté internationale à aider à la « reconstruction » du Zimbabwe. Les relations avec les pays occidentaux risquent bien d’être une pomme de discorde – parmi bien d’autres – entre le président et son Premier ministre. En attendant, l’Union européenne a décidé de maintenir ses sanctions, en attendant de voir l’évolution de la situation.

C’est aussi avec une joie teintée de scepticisme que les opposants zimbabwéens ont accueilli l’accord. « On craint une trahison de Tsvangirai », avoue Nixon Nyikadzino, porte-parole à Johannesburg du « Crisis in Zimbabwe coalition » – qui regroupe quelque 250 ONG. « Seuls des changements rapides, comme l’abolition des lois répressives et la fin des pénuries alimentaires, nous convaincront qu’il y a un réel changement. »

HIRSCH,VALERIE
Cette entrée a été publiée dans Monde, avec comme mot(s)-clef(s) , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.