Le cauchemar du lait frelaté

Chine Trois bébés sont morts, plus de 6.200 sont intoxiqués

C’est toute la filière laitière chinoise qui est désormais mise en cause dans le scandale du lait à la mélamine.

Les Jeux olympiques, si importants pour l’image que la Chine veut donner d’elle-même, viennent à peine de se terminer qu’un nouveau scandale industriel plonge ce pays en plein cauchemar.

Alors qu’on pensait qu’il n’y avait qu’une seule firme impliquée dans le scandale du lait empoisonné, on vient d’apprendre que ce sont au moins vingt-deux firmes produisant du lait en poudre pour bébés qui ont vendu, ces derniers mois, des produits empoisonnés par de la mélamine, un produit habituellement utilisé pour fabriquer des résines synthétiques et des plastiques. Ce produit, interdit comme adjuvant alimentaire aux Etats-Unis mais aussi en Chine, donne au lait l’apparence d’avoir un taux de protéines plus élevé. Mais il a déjà coûté la vie à trois bébés et en a rendu malades 6.200 autres, dont 1.327 sont toujours hospitalisés, 158 d’entre eux souffrant de graves problèmes rénaux. Cette affaire provoque évidemment une vraie panique chez tous les parents de très jeunes enfants qui prennent d’assaut les services d’urgence des hôpitaux.

Plus grave : certains responsables étaient au courant du problème depuis un certain temps mais ont préféré faire le gros dos. Ainsi, le gouverneur adjoint de la province de Hebi, proche de Pékin, a dénoncé les autorités de la ville de Shjiazhuang, siège du groupe Sanlu, principal fabricant de lait en poudre de Chine, à l’origine du scandale. Les responsables avaient été alertés par la firme dès le 2 août mais n’avaient pas réagi. Plusieurs ont d’ailleurs été limogés, tout comme la directrice générale de la firme Sanlu, qui a été arrêtée. Or Sanlu est détenue à 43 % par le groupe néo-zélandais Fonterra, qui a assuré mercredi avoir demandé à Sanlu de rappeler le lait contaminé dès que le problème avait été identifié, il y a six semaines. Or Sanlu n’a réagi que jeudi dernier…

Après le plomb et l’antigel

Ce genre de scandale est désastreux pour l’image de l’industrie chinoise. D’autant plus que le système de sécurité sanitaire des aliments avait été revu l’an dernier, après d’autres crises du même genre. Du plomb ou de l’antigel avaient été découverts dans des jouets et du dentifrice et, en 2004, une douzaine d’enfants étaient morts après avoir consommé du lait en poudre ne contenant aucun nutriment.

Les autorités ont donc décidé de jouer la transparence et de multiplier les contrôles. Plus de 5.000 inspecteurs sont en train d’être déployés dans toutes les firmes actives sur le marché pour analyser les produits à risque. Or le nombre d’aliments dangereux recensés ne cesse d’augmenter : une chaîne de supermarchés de Hong-Kong vient de retirer des glaces au yaourt contaminées.

Parmi les trois dernières firmes incriminées figure Mengniu, principal fabricant de produits laitiers frais pour bébés, mais aussi Yashili et Suncare, qui exportent vers le Bangladesh, le Yémen, le Gabon, le Burundi et la Birmanie. Le scandale n’est pas terminé.

KIESEL,VERONIQUE
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