En route pour la guerre ?

Pakistan Un attentat fait au moins 60 morts et plus de 250 blessés

Al-Qaïda est montrée du doigt. C’est sûr : l’affrontement avec les Américains s’est déplacé dans le pays même.

Islamabad

De notre correspondante

Peu après 20 heures samedi, un kamikaze a précipité son camion piégé contre la barrière métallique à l’entrée du Marriott, un palace fréquenté par les étrangers et la jet-set pakistanaise – un lieu symbolique de la connexion entre le Pakistan et le monde occidental. La déflagration a été extrêmement puissante : un cratère d’une vingtaine de mètres de diamètre et de huit mètres de profondeur s’est creusé, et les vitres des immeubles ont été soufflées à plus d’un kilomètre à la ronde.

Selon les enquêteurs, 1.000 kilos d’explosifs auraient été utilisés. Toute la nuit, pompiers et militaires se sont employés à éteindre le gigantesque incendie qui a entièrement calciné l’imposant édifice.

Dimanche matin, autour du bâtiment, c’est encore une vraie scène de guerre. Le « 11 Septembre du Pakistan », titre le quotidien pakistanais Daily Times.

L’attentat est-il un avertissement d’Al-Qaïda ? Ici, c’est ce que beaucoup craignent. Car le Pakistan semble être le nouveau front de la lutte antiterroriste des Etats-Unis, qui bombardent quotidiennement depuis le début du mois les repaires des talibans dans les zones tribales pakistanaises, à la frontière afghane. Et jamais, en réaction, les représailles des islamistes n’ont atteint un tel degré ni représenté une telle menace pour le pouvoir.

L’hôtel Marriott n’a pas été choisi au hasard. Il se situe à moins d’une centaine de mètres du Parlement, de la résidence du Premier ministre et du palais présidentiel, occupé depuis le 6 septembre par Asif Ali Z

ardari (le veuf de Benazir Bhutto, assassinée en décembre 2007 par des islamistes). Le nouveau président, quelques heures avant l’attentat, prononçait justement un discours sur la lutte antiterroriste devant le Parlement, et s’y trouvait réuni avec de nombreux dignitaires pour le dîner. Pour le Premier ministre Yousuf Gilani, le message est donc clair : « L’objectif est de déstabiliser la démocratie. »

« Même si l’attentat n’a pas encore été revendiqué, c’est de toute évidence un message des talibans et des islamistes au gouvernement et aux Etats-Unis, commente Najjam Siddique du Centre d’études stratégiques d’Islamabad. Z

ardari est considéré par les militants islamistes comme un “Musharraf bis en pire”, et son alignement sur Washington risque de déstabiliser davantage le pays. » Pire encore : les Etats-Unis interviennent désormais directement en territoire pakistanais, en zones tribales, sanctuaires d’origine des talibans. Si, jusque-là, ils lançaient des missiles téléguidés depuis leurs bases afghanes sur lesdits repaires d’Al- Qaïda, depuis le 3 septembre, ils opèrent directement avec des avions de combat, épaulés au sol par des commandos. « Les Américains jouent avec le feu ! S’ils continuent, ils vont faire basculer le pays dans la guerre. J’en ai très peur », s’inquiète Najjam Siddique, comme beaucoup d’autres. Or, la CIA multiplie les raids. Et Islamabad n’est plus averti ! « Le président Bush a secrètement autorisé les forces spéciales américaines à mener des opérations terrestres au Pakistan sans autorisation d’Islamabad. La situation dans les zones tribales n’est plus tolérable. Nous devons être plus combatifs. Des

ordres ont été donnés », a confié sous couvert d’anonymat un proche de George Bush au New York Times il y a dix jours.

« Ce ne sont plus des luttes de guérilla, c’est une véritable guerre. L’armée pakistanaise combat à outrance les talibans et les Etats-Unis bombardent directement : c’est une déclaration de guerre ouverte aux islamistes. Le Pakistan est entré en guerre », témoigne Raheel, un reporter local dans la province du nord-ouest.

Seulement, le nouveau gouvernement ne semble guère avoir le choix. Comme son prédécesseur, le général Musharraf, Asif Zardari est-il contraint d’obéir au « diktat américain » ? « Hélas, le Pakistan est au bord de la banqueroute et sans les millions de dollars d’aide américaine, nous allons droit à la faillite. Le gouvernement est comme pieds et poings liés », estime Najjam Siddique. Les Etats-Unis, embourbés dans le conflit afghan, ne cessent de marteler que pour lutter efficacement contre les talibans en Afghanistan, il faut éradiquer leurs sanctuaires dans les zones tribales pakistanaises, où les réseaux d’Al-Qaïda se sont reconstitués depuis le 11 Septembre. A New York cette semaine, le président Z

ardari en parlera avec George Bush, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies. Leur rencontre peut s’avérer décisive pour l’avenir du Pakistan.

GARAUDE,PAULINE
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