Thabo Mbeki a démissionné

Afrique du Sud Appelé samedi par l’ANC à quitter ses fonctions

Le président sud-africain a abandonné la partie.En niant avoir manigancé en justice contre Jacob Zuma.

Johannesburg

De notre correspondante

Le président sud-africain Thabo Mbeki s’est adressé à la télévision, dimanche soir, pour expliquer pourquoi il venait d’envoyer sa lettre de démission à la présidente du Parlement. Une démission qui deviendra effective dans les prochains jours. « Je respecte la décision de l’ANC, a-t-il expliqué, en tant que membre loyal du parti. »

Le chef d’Etat déchu a nié être intervenu dans les poursuites judiciaires contre son rival Jacob Zuma et avoir violé la Constitution : « Il est très regrettable que certains aient critiqué notre intégrité. »

Avec émotion, il a terminé le discours en remerciant ceux qui l’ont soutenu : « Dans les moments d’adversité, il faut du courage et de la persévérance. Pour l’Afrique du Sud, il y a encore du travail à faire et nous continuerons à agir », a-t-il conclu, sans en dire plus.

Mbeki a donc subi le sort de Tony Blair, qui l’a tant inspiré : rejeté par son propre parti, il a dû jeter l’éponge. Après une journée et une nuit de débats tendus, les 86 membres de la direction de l’ANC lui ont ordonné, samedi, de quitter son fauteuil.

En Afrique du Sud, le chef d’Etat (Nelson Mandela en 1994, puis Mbeki à partir de 99) est élu par les députés du parti qui a remporté les élections législatives, en l’occurrence l’ANC.

C’est un simple jugement qui a abouti au départ forcé du président. Le 12 septembre, le juge Chris Nicholson a affirmé que Mbeki avait orchestré les poursuites judiciaires contre Zuma, dans une affaire de corruption impliquant la société française Thales.

L’arrêt « Nicholson » a été pain béni pour les alliés de Zuma – la Ligue des jeunes de l’ANC, le syndicat Cosatu et le Parti communiste –, qui ont aussitôt réclamé la démission de Mbeki. Marginalisée par la politique économique de Mbeki, la « gauche » de l’ANC lui a toujours reproché son arrogance et son exercice peu consensuel du pouvoir politique.

D’autres mécontents se sont joints à la curée, comme les hommes d’affaires Cyril Ramaphosa et Tokyo Sekwale, qui ont eu maille à partir avec le président.

Mercredi, la décision du procureur de faire appel contre l’arrêt « Nicholson » a précipité les choses. Si « l’affaire Zuma » avait été poursuivie en justice, a expliqué samedi Gwede Mantashe, le secrétaire général de l’ANC, elle « aurait continué à être un facteur de division au sein de l’ANC. Notre priorité a été de rétablir la stabilité du pays, l’unité et la cohésion de l’ANC ».

Le chef de l’Etat, qui devrait s’adresser mardi au Parlement, ne sera pas seul à démissionner. La vice-présidente Phumzile Mlambo-Ngcuka devrait également quitter ses fonctions et certains ministres.

Le Parlement élira un nouveau chef d’Etat, probablement la présidente du Parlement, Baleka Mbete, une fidèle de Zuma.

N’étant pas député, ce dernier ne peut pas être élu. Il devra donc attendre la fin des élections législatives (prévues en avril prochain) pour accéder au pouvoir.

Pour l’opposition, le renvoi de Mbeki créé un dangereux précédent. « Zuma n’a pas été acquitté par le jugement de Nicholson et il va échapper à la justice, regrette Helen Zille, la présidente du Parti démocratique. Le renvoi de Mbeki est un acte de pure revanche ».

Pour Bantu Holomisa, de l’Union des démocrates indépendants, « ce n’est pas à une faction d’un parti d’interpréter un arrêt judiciaire et de limoger le président. Le Parlement aurait dû être saisi ».

Certains s’inquiètent aussi des risques qui pèsent sur l’indépendance de la justice : « L’ANC a fait précisément ce que le juge Nicholson reprochait au président : intervenir dans le processus judiciaire, note le politologue Steven Friedman. On peut aussi se demander si Zuma, qui n’était pas favorable au renvoi de Mbeki, contrôle ses troupes. »

Dans les milieux d’affaires, on espère surtout que le départ de Thabo Mbeki ramènera un peu de stabilité dans la vie politique du pays.

Mais déjà des rumeurs font état de la création d’un nouveau parti par les fidèles de Mbeki.

Ce qui, à terme, serait une bonne chose pour la démocratie sud-africaine, bien malmenée ces derniers mois.

HIRSCH,VALERIE
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