La faillite de Lehman Brothers n’épargne pas les Belges

Finance Des obligations et fonds d’assurance piégés

Des produits belges mais un risque très américain. La petite épargne belge est concernée par la faillité du géant.

La crise financière touche de plein fouet les actionnaires des banques. Mais, elle épargne les clients. Cela n’est pas toujours vrai. Car parfois, les épargnants ont investi dans des produits belges en théorie, mais portant un risque malheureusement très américain.

Depuis quelques jours, des centaines d’épargnants, clients de Citibank, Swiss Life, Fortis, Ethias ou Deutsche Bank, reçoivent des courriers leur signalant qu’une obligation structurée ou un fonds d’assurance de la branche 23 auquel ils ont souscrit étaient en fait émis ou garanti par Lehman Brothers, la banque qui s’est mise sous la protection du chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites. Une procédure par laquelle la banque, pendant 120 jours, est protégée face à ses créanciers. Pour les investisseurs belges, cela signifie concrètement qu’ils ignorent désormais la valeur des produits qu’ils ont acquis. Et qu’ils ne peuvent plus les revendre pendant des mois. Une mésaventure qui incite à se poser quelques questions.

1 Comment mon épargne peut-elle être touchée par la crise ? La crise a un double impact. Elle a fait baisser les actions et les obligations de beaucoup d’entreprises, (rappelons que Fortis a perdu plus de 70 % de sa valeur en un an ?). Ce qui se répercute sur le rendement des sicav, des fonds d’assurance et des fonds de pension qui détiennent obligations ou actions. Mais l’autre risque est celui de la faillite d’une banque. Risque certes improbable : pour reprendre le mot du ministre des Finances Didier Reynders, un tel scénario est aussi probable que le risque « que le ciel me tombe sur la tête ». Mais les établissements sont fragilisés : mardi, Fitch a réduit la note financière d’Ethias Vie de A- à BBB+ (cela reste encore correct).

2Pourquoi cette épargne n’est pas protégée ? Parfois, le client d’une banque est soumis au risque de faillite d’une autre banque. Ainsi, des clients de Fortis ou Deutsche Bank ont en fait acheté des produits Lehman.

Il existe des mécanismes de protection au cas où une institution belge tombe en faillite (cas relativement rare : depuis 1932, on a recensé quatre accidents « seulement »). Si une banque tombe en faillite, ses clients bénéficient d’une garantie de 20.000 euros sur l’argent qu’ils ont déposé dans ses comptes à vue, comptes d’épargne, ou les obligations et les bons de caisse émis, et cela est important, en euro ou dans une devise européenne. « Le système ne vaut donc pas pour les devises de la zone dollar. Il ne vaut pas non plus pour les bons de caisse et les obligations au porteur ou subordonnées », dit-on chez Budget Hebdo (Test Achats), qui consacre un dossier sur le sujet.

Quant aux actions, obligations, sicav que le client possède sur son compte titres, ils restent sa propriété. La faillite de la banque ne devrait pas mettre ce portefeuille en péril. Mais si il y a quand même un accident, une autre garantie de 20.000 euros intervient. Malheureusement, l’accident de Lehman Brothers, qui n’est pas une banque belge, n’est pas couvert par ces garanties.

3Un risque caché ? Mais les épargnants belges qui ont acheté ces fonds ou ces obligations garanties par Lehman, même s’ils ont lu les prospectus, étaient-ils conscients du risque pris ? On en doute.

Bien sûr, les documents mentionnaient que ces produits étaient émis ou garantis par Lehman Brothers, et que donc il y avait un risque de crédit lié à cet émetteur. Mais comme le signale un prospectus d’une obligation structurée (double opportunity II) commercialisée par Citibank en février, « ce risque est très faible ». Personne ne songeait à une faillite de la banque américaine.

Et puis, beaucoup de ces produits Lehman promettaient aux épargnants une garantie du capital. Ils étaient donc souvent destinés, et les fiches d’information de ces produits le mentionnent, à des investisseurs très prudents, peu enclins à prendre des risques. Or ils se sont trouvés finalement à assumer le même risque qu’un investisseur dans une banque d’affaires américaine.

Voilà encore une des leçons à tirer de cette crise : elle a voilé les risques, non seulement aux yeux des professionnels, mais aussi à ceux des petits épargnants.

PIERRE-HENRI THOMAS

LES PORTFOLIOS : La crise financière

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