Antoine Gizenga présente sa démission

Congo Le gouvernement était accusé d’immobilisme, de manque d’imagination

Ayant estimé qu’après « 600 jours de bons et loyaux services » le corps physique avait ses limites, le Premier Ministre congolais Antoine Gizenga, 83 ans, a envoyé sa lettre de démission au chef de l’Etat, le président Joseph Kabila. Lassitude physique et usure politique se sont sans doute combinées pour entraîner une démission qui n’a rien de surprenant : le « patriarche » avait toujours laissé entendre qu’il ne prolongerait sans doute pas son mandat jusqu’à la fin de la législature, prévue en 2011.

Reste à savoir désormais si cette démission entraîne celle de tout le gouvernement, mis sur pied au terme d’un savant jeu d’équilibre entre l’Alliance pour la majorité présidentielle et les deux formations alliées, le Palu de Gizenga (Parti lumumbiste unifié) et la formation dirigée par Nzanga Mobutu, l’Union des démocrates mobutistes.

Dans sa lettre de démission, M. Gizenga conclut sur une note positive, estimant avoir contribué à la mise en place des institutions et entamé le relèvement économique du pays. Ayant placé des membres de son parti Palu à plusieurs postes clés (économie, mines, finances), le Premier peut s’enorgueillir de succès économiques réels : la croissance se situe aux alentours des 10 % et la dernière mission du Fonds monétaire international a salué l’accroissement des recettes de l’Etat. La renégociation des contrats miniers se poursuit au bénéfice de l’Etat, de nouveaux investissements s’annoncent chaque jour tandis que le début des grands travaux confiés aux Chinois devrait conforter le moral de la population.

Cependant, malgré les efforts déployés par l’équipe de Gizenga et les succès engrangés, l’opinion, nationale et internationale, est demeurée très critique et la démission de l’octogénaire Premier avait déjà été évoquée à plusieurs reprises. Cette semaine encore, sur les ondes de Radio Okapi, Vital Kamerhe, président de l’Assemblée nationale, avait brandi la menace d’une motion de censure, dénonçant l’« immobilisme » et le « manque d’imagination du gouvernement ».

Plusieurs fronts s’étaient rallumés en même temps : sur le plan social, la rentrée avait été marquée par des grèves du corps médical et des enseignants, réclamant toujours un salaire de base que le gouvernement n’a pas les moyens de leur accorder. En dépit des promesses, la population n’a pas encore bénéficié des améliorations promises et sa frustration est exacerbée par le spectacle d’une classe dirigeante qui mène grand train. Sur le plan politique, la rentrée s’annonce chaude car les provinces, dont le nombre devrait passer de 11 à 26, réclament à cor et à cris la « rétrocession » de 40 % des recettes qui leur sont promises par la nouvelle Constitution, une rétrocession qui, si elle était appliquée immédiatement, achèverait d’asphyxier un gouvernement central dont le budget est déjà dérisoire, plombé par l’obligation de consacrer un tiers de ses ressources au remboursement de la dette. Sur ce point, la dernière délégation à Kinshasa du FMI a félicité le gouvernement pour ses performances budgétaires, mais persiste à tenir éloigné le fameux « point d’achèvement » qui permettrait un allégement substantiel du remboursement de la dette. En cause, les contrats signés avec la Chine, qui restent en travers de la gorge des Occidentaux, tandis que les relations avec la Belgique ne sont toujours pas normalisées.

M. Gizenga est aussi une victime collatérale de la situation dramatique de l’Est du pays : depuis le 28 août, le général rebelle Laurent Nkunda a repris les hostilités dans le Nord-Kivu, multipliant les affrontements meurtriers avec les forces gouvernementales, les deux parties s’accusant de violer tous les couvre-feux successifs tandis que la Mission des Nations unies au Congo, qui tente de s’interposer, est accusée de partialité par des deux camps. Une fois de plus, ce regain de violence a entraîné un désastre humanitaire, plus de 100.000 réfugiés s’ajoutant aux 600.000 déplacés déjà enregistrés l’an, dernier. Cette reprise des affrontements risque de faire capoter le processus de paix laborieusement mis au point en janvier dernier après la conférence de Goma et qui prévoyait le désarmement de tous les groupes armés sévissant au Kivu.

BRAECKMAN,COLETTE
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