Kandahar, ni enfer ni paradis

Afghanistan Le camp des Belges est opérationnel

Sous tentes, les Belges auront… chaud mais ne se plaignent pas de la sécurité. Première visite guidée.

reportage de nos envoyés spéciaux à Kandahar

Ce soldat belge témoigne incognito : « Dimanche passé, sous tente, je faisais “mon p’tit linge” – je rangeais, quoi ! – et le thermomètre indiquait 41º C ! » Non, les 89 hommes et six femmes actuellement déployés par l’armée belge à Kandahar (Sud) ne se plaignent ni de la menace des tirs de roquettes (une demi-douzaine d’alertes en un mois), ni de l’absence de loisirs variés. Ils ne se plaignent même pas de la chaleur en extérieur – 38º C en moyenne, avec des pointes à 45. Ce qui les chipote, c’est l’insuffisance du conditionnement d’air dans leurs lieux de repos (et dans leurs tentes-bureaux, pour ceux qui travaillent sous tente) : « Nous sommes bien logés, dans un bon camp avec du bon matériel, mais avec un système d’airco qui n’est pas conçu pour les chaleurs du sud afghan », nous explique cet officier, lequel a profité ce mercredi d’une visite parlementaire pour diffuser ses commentaires.

La remarque est générale et elle est fondée : si, à Kandahar, les Britanniques, les Américains, les Canadiens ou les Néerlandais sont logés sous tentes tout comme les Belges, avec un confort et une sécurité toute relative, les systèmes néerlandais de climatisation, par exemple, sont davantage performants. Les soldats belges se consolent avec l’idée que leurs logements sont peut-être transitoires. Mais ils ne le sont probablement pas.

Si tel est le seul grief, nous voilà fort loin des menaces vitales qu’on pouvait imaginer après le tir de roquette ayant légèrement blessé, il y a juste une semaine, deux soldats belges. Autorisés ce mercredi à parler librement à la presse, les soldats évoquaient la « malchance », mais réfutaient que les quelques alertes enregistrées jusqu’ici soient une source d’anxiété ou une entrave à leur capacité de travail. Pour mémoire, le tir de roquette essuyé jeudi soir a frappé le cœur du camp international Otan, en périphérie du camp néerlandais, là où dort la police militaire internationale (et donc les deux victimes belges, logées hors périmètre belge). Le camp belge, où loge la grande majorité de nos militaires, est pour sa part accolé à l’aéroport civil, un périmètre que les insurgés semblent éviter de bombarder.

Et c’est ce camp inauguré il y a à peine une semaine que nous avons visité ce mercredi : un périmètre entouré de hauts murs de béton en « T », lui-même quadrillé en son intérieur de murs de béton plus bas – 1,40 m – afin de limiter l’impact de toute roquette qui tomberait dans l’enceinte.

En tout, 44 tentes, divisées en groupes de 4 par les murs pare-éclats, accueillent chacune trois soldats. Soit une capacité plus vaste que celle des 95 soldats aujourd’hui déployés. Et toutes les infrastructures communes, aménagées par le 4e génie d’Amay, y sentent le neuf : des générateurs aux sanitaires, des réserves d’eau aux postes électriques, du bar aux bunkers. Un camp modeste par ses dimensions, mais l’un des plus beaux de Kandahar, où les accès sont bétonnés, où chaque tente est lumineuse et dispose d’un sol en dur, où l’ordre et la netteté (des chemins, des schémas électriques, etc.) rompent avec la crasse de camps plus anciens comme ceux des Anglo-Saxons. Des critiques ? Bien sûr : une implantation très éloignée du cœur battant de la base… et un bar belge qui n’accepte que les dollars. C’est tout ?

LALLEMAND,ALAIN
LE PORTFOLIO : Les Belges en Afghanistan
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