Fortis, hier belgo-néerlandaise, aujourd’hui française

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Banques Nouveau week-end de négociations haletantes pour (re)sauver Fortis

BNP Paribas a pris dimanche soir le contrôle de l’essentiel des activités du bancassureur.

Vendredi matin, Fortis était encore un groupe belgo-néerlandais. Au bout d’un nouveau week-end de folie, voici le bancassureur marié avec… BNP Paribas.

La banque française, les gouvernements belge et luxembourgeois et le groupe Fortis ont bouclé leurs négociations : le gouvernent belge achète via la SFPI, son bras financier, pour 4,7 milliards d’euros 50 % supplémentaires de Fortis Banque SA, montant à 99,93 %. Le gouvernement a convenu de céder 75 % à BNP Paribas contre des actions nouvelles à émettre par BNP pour une valeur de 8,25 milliards d’euros. L’Etat belge détiendra 11,7 % du capital de BNP et aura deux représentants au conseil d’administration du groupe français. Il a été convenu qu’un portefeuille de produits structurés d’une valeur de 10,4 milliards d’euros sera cédé par Fortis Banque à une structure financière à créer qui sera détenue et financée à concurrence de 24 % par l’Etat belge, de 10 % par BNP et de 66 % par la holding Fortis.

BNP va également acquérir Fortis Insurance Belgium, et ce pour un prix qui devrait être de 5,5 milliards. Le groupe Fortis en tant que tel (celui qui est coté en Bourse) se réduira du coup à Fortis Insurance International et aux 66 % dans la structure à créer.

Le montage final, sur lequel un conseil des ministres s’est penché une ultime fois en fin de soirée est, on le voit, pour le moins complexe. Ce qui faisait dire à un proche du dossier : « Quand les investisseurs devront analyser les effets de tout ceci sur l’action Fortis, il leur faudra un peu de temps. » Pour parer à des mouvements incontrôlés du titre Fortis en Bourse ce lundi matin, la décision a été prise en fin de soirée, d’en suspendre la cotation (lire en page 3).

L’offre française vient clôturer une quinzaine de folie pour Fortis, embarquée dans une tempête sans équivalent qui l’a menée au bord de la faillite. Dans un contexte de crise de confiance sur les marchés internationaux, les investisseurs et les banques ont pris leurs distances avec le groupe de la rue Royale, s’inquiétant des risques accumulés : Fortis est non seulement touchée par la crise du « subprime » (marché dans lequel le groupe s’est exposé pour 5,3 milliards) mais elle était aussi embarquée dans le ruineux rachat (24 milliards en cash) d’un tiers des actifs d’ABN Amro, opération consentie à l’été 2007, soit au moment même où la météo boursière tournait au grain.

Au final, les marchés ont fini par ne plus croire en la capacité de Fortis à gérer tout de front et ont fini par ne plus lui prêter l’argent nécessaire à faire tourner la maison. Or, sans argent pour fonctionner au jour le jour, une banque ne vit pas longtemps.

Le week-end dernier, pour rappel, les trois Etats du Benelux mettaient Fortis sous perfusion, injectant 11,2 milliards dans le pôle bancaire au bout d’un week-end ravageur pour les relations belgo-néerlandaises, le gouvernement Balkenende ne mettant au pot que pour pallier le retrait in extremis du groupe néerlandais ING, parti pour reprendre ABN Amro avant de renoncer.

On sait depuis lors que cette « trinationalisation » de Fortis n’était qu’un sauvetage d’urgence, l’Etat néerlandais décidant ensuite de racheter ce vendredi pour 16,8 milliards l’ensemble des activités du groupe sur son sol. Restait à stabiliser une Fortis amputée de sa branche hollandaise et frappée en plus d’un mouvement de retraits par les déposants, chiffré officiellement à moins de 3 % mais pressenti comme bien plus important.

Selon nos informations toutefois, la transaction passée avec les Pays-Bas incluait, outre le chèque de près de 17 milliards, le remboursement de crédits pour 51 milliards, dont 34 à régler immédiatement, le solde dans un mois.

GERARD,PAUL
LES PORTFOLOPS : La crise financière
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