L’aventurier de Bollywood

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Cinéma DreamWorks quitte le giron de la Paramount pour l’Inde

Indiana Steven Spielberg divorce d’avec la Paramount et lance un nouveau studio avec le nabab de Bollywood.

On peut y voir, au choix, la trace de la montée en puissance de l’économie indienne ou la preuve du déclin du cinéma américain. En tout cas, Hollywood n’est plus Hollywood et Bollywood, qui était depuis longtemps le premier producteur mondial de cinéma, vient de faire main basse sur un joyau du cinéma et sur l’un de ses réalisateurs les plus célèbres, Steven Spielberg.

Quatorze ans après la création des studios DreamWorks SKG (SKG pour le nom de ses trois créateurs : Steven Spielberg, Jeffrey Katzenberg et David Geffen), auteurs de succès énormes du box-office (Gladiator, les Shrek, Madagascar, Gang de requins, Chicken Run, et tous les films de Spielberg réalisés depuis), Spielberg a décidé de quitter le giron de la Paramount (Viacom). Même si ses studios étaient déjà indépendants de la major hollywoodienne, la Paramount restait le partenaire privilégié du cinéaste américain.

En bisbille avec Paramount, le réalisateur à succès (E.T., Les Aventuriers de l’Arche perdue, La Liste de Schindler, Il faut sauver le soldat Ryan) cherchait, depuis un moment déjà, à divorcer. Là où l’affaire a pris une tournure spectaculaire (les rumeurs allaient bon train en coulisses depuis des mois), c’est tout simplement quand, dimanche soir, la séparation à l’amiable entre Spielberg et Paramount a fait place à un partenariat entre le réalisateur et le géant des télécommunications indien Reliance ADA Group.

Ce dernier est la propriété du multimilliardaire Anil Ambani, classé sixième fortune mondiale. Juste derrière son frère Mukesh, l’autre héritier de l’empire familial, construit, à la base, sur le succès de la fibre synthétique.

Les deux frères sont les deux pires ennemis du monde. Mukesh a hérité de l’industrie pétrochimique, de la grande distribution, et Anil du gaz, de l’électricité, des télécoms et du cinéma (Reliance Big Entertainment).

Anil rêve, depuis Bollywood, la Mecque du cinéma indien, de conquérir Hollywood, la Rome du cinéma planétaire. Au printemps, Anil Ambani s’était déjà associé avec les sociétés de production de Brad Pitt, de George Clooney et de Jim Carrey. Mais, pour prendre définitivement pied à Los Angeles, il lui fallait réaliser un coup encore plus fumant. En concluant avec Steven Spielberg, il tient un symbole.

La nouvelle société montée par Ambani et Spielberg pèsera 1,5 milliard de dollars (le tiers financé par Reliance, la moitié apportée par la banque d’investissements JPMorgan). La nouvelle mouture de DreamWorks n’a pas encore de nom mais on sait qu’elle récupérera une majorité du personnel de la société, s’installera à L.A. (ce qui n’exclut pas qu’on travaille pour elle en Inde) et sera lancée en janvier 2009 avec comme objectif de sortir six à sept films par an.

Paramount Pictures et Spielberg conserveront des liens pour mener à bien des projets déjà fort avancés comme la suite des Transformers, Shrek 4 ou Le comte Duckula (studios Aardman). Dernier chantier cogéré par Paramount et Spielberg : l’adaptation de Tintin (une trilogie basée notamment sur Le crabe aux pinces d’or ; Le secret de la Licorne et Le trésor de Rackham le Rouge), par Spielberg et Peter Jackson (Le Seigneur des Anneaux). Voici quelques jours, le Los Angeles Times révélait que les studios Universal renonçaient finalement à cofinancer le projet Tintin aux côtés de Paramount. Mais malgré le divorce, Paramount-Viacom reste sur le coup alors qu’Universal ne croyait tout simplement pas au projet, vu la faible notoriété du petit reporter aux Etats-Unis.

LAUWENS,JEAN-FRANCOIS
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