Le Nobel à la lutte contre les virus

in_ss_0710papillomavirus.jpg

Récompense « Un signal clair pour intensifier la recherche »

Le prix de Médecine aux découvreurs des virus du sida et du papillome humain. En signe d’espoir de guérison.

On ne dépose pas sa candidature au Nobel de médecine. C’est pourquoi Françoise Barré-Sinoussi, qui a appris lundi matin qu’elle était lauréate alors qu’elle travaillait dans son bureau de l’Institut Pasteur de Phnom Penh, n’a pu cacher surprise et émotion. Elle partage ce prix avec le davantage connu Luc Montagnier pour avoir découvert en 1983 le virus du sida.

Le 20 mai 1983, dans un article publié dans Science, une équipe de l’Institut Pasteur de Paris, dirigée par le professeur Luc Montagnier, avait décrit un nouveau virus, suspecté d’être responsable du syndrome d’immunodéficience acquise (sida). Isolé à partir d’un patient séropositif, ce virus a été baptisé LAV pour virus associé à la lymphadénopathie, par allusion au gonflement des ganglions (adénopathie). Il a ensuite été rebaptisé VIH. La découverte de Barré-Sinoussi, 61 ans, et du professeur Montagnier, 76 ans, « a été essentielle à la compréhension actuelle de la biologie de cette maladie et à son traitement antirétroviral », note les experts du comité Nobel.

Une paternité reconnue

Qui, au passage, tranche pour l’histoire dans le différend qui avait opposé l’équipe de Montagnier à celle de l’Américain Gallo, reconnu comme codécouvreur du virus, mais que le comité Nobel ne cite même pas. Il avait annoncé en avril 1984 avoir isolé un virus qui devait s’avérer être le même que celui de Pasteur. Après la révélation de documents internes, Gallo avait été reconnu coupable de « mauvaise conduite scientifique ».

« On savait que c’était une découverte importante mais on ne mesurait pas l’ampleur de l’épidémie telle qu’on la connaît aujourd’hui », s’est souvenue Françoise Barré-Sinoussi. « On ne mesurait pas l’impact de l’épidémie sur le continent africain. On parlait à l’époque de maladie des homosexuels, des hémophiles, des drogués et on n’avait pas encore la notion que c’était une maladie sexuellement transmissible. »

Rappelons que l’agent du sida détruit certains globules blancs, ce qui met le malade à la merci d’infections dites opportunistes (tuberculose, pneumocytose, toxoplasmose…) ou de certaines tumeurs cancéreuses (la plus fréquente est le sarcome de Kaposi).

Transmis par voie sexuelle, sanguine ou de mère à enfant lors de la grossesse ou de l’allaitement, le virus se reproduit en parasitant notamment les lymphocytes T4 ou CD4, des globules blancs qui jouent le rôle de chefs d’orchestre du système immunitaire.

À l’issue du processus de multiplication, les nouveaux virus détruisent la cellule qui leur a servi de nid et vont en infecter d’autres. Cette destruction provoque une déficience du système immunitaire. « L’importance des travaux de Barré-Sinoussi et Montagnier doit être considérée dans le contexte de l’épidémie qui affecte près de 1 % de la population mondiale », note le comité Nobel. « Le succès de la thérapie rétrovirale a permis d’augmenter l’espérance de vie des personnes affectées par le VIH, aujourd’hui semblable à celle des personnes saines. »

SOUMOIS,FREDERIC

LE PORTFOLIO : Le Prix Nobel

Cette entrée a été publiée dans Sciences et santé, avec comme mot(s)-clef(s) , , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.