Une grève plus nationale que prévu

Social Des fortes perturbations, en Wallonie et à Bruxelles comme en Flandre

Le mouvement a été bien suivi partout, même s’il y a eu plus d’entreprises fermées
en Wallonie.

Trains à l’arrêt, écoles fermées, usines à l’arrêt, magasins grillagés : la journée d’action syndicale de ce lundi a été bien suivie.

Le bilan. Les transports ont été entièrement paralysés. A la SNCB, quelques trains ont roulé le matin, en Flandre, mais la situation sur le rail s’est détériorée l’après-midi. A Bruxelles, quelques métros seulement ont roulé. Les bus sont, en général, restés au dépôt, tant à Bruxelles qu’en Wallonie. Alors que certains prédisaient un mouvement à deux vitesses, avec une Belgique francophone gréviste et une Flandre au travail, la situation s’est avérée plus contrastée. Les cheminots flamands ont, pour la plupart, débrayés, tandis que les bus de De Lijn demeuraient absents dans les chaussées du Nord. Les écoles flamandes ont également arrêté le travail, surtout à Gand et Anvers. Le port d’Anvers a aussi subi de très lourdes perturbations. La Flandre a également été le terrain de manifestations importantes : 6.000 personnes ont défilé à Gand.

Ceci étant, il semble qu’un plus grand nombre d’entreprises aient fermé leurs portes en Wallonie. C’est, en tout cas, ce qu’affirmaient lundi soir la Fedis, l’association patronale du secteur de la distribution, et Agoria, l’organisation qui chapeaute le secteur de la métallurgie et des nouvelles technologies. Une situation qui n’effraie pas les syndicats. « On peut penser que la sensibilité aux problèmes du pouvoir d’achat est plus forte en Wallonie, dit Luc Cortebeeck, le président de la CSC. Ce n’est pas étonnant : les niveaux de revenus sont objectivement différents. Mais de nombreuses actions ont également eu lieu en Flandre. »

Les suites. Cette journée d’action pourrait-elle être suivie par d’autres ? Manifestement, les responsables des grandes organisations syndicales ne sont pas sur la même longueur d’onde. « Il n’est pas question de gradation dans les actions, dit Luc Cortebeeck. Il est à présent question de concertation (avec le gouvernement et les patrons, NDLR). Nous ne pourrions pas comprendre qu’après cette journée d’actions, les autres parties au dialogue ne prennent pas leurs responsabilités. »

Le ton est différent à la FGTB. « Jusqu’à présent, nous avons observé des mouvements crescendo, dit Anne Demelenne, la secrétaire générale du syndicat socialiste. Ici, il s’agissait d’une action nationale avec des mouvements de grève. Ce n’est pas encore une action de grève nationale. »

Cette appréciation différente de la situation s’explique en partie par le fait que la CSC n’était pas très encline à organiser des grèves à ce stade, alors que la FGTB le souhaitait.

L’état du front commun. Ces divergences entre syndicats dans la motivation à partir en grève laissent-elles augurer une brèche dans le front commun syndical ? Certains le craignent, dans les deux syndicats. Mais leurs leaders le nient farouchement. « Nous venons de lancer un mouvement en commun, répond Anne Demelenne, c’est une preuve de cohésion. » La CSC tient le même discours.

L’impact de la crise financière. Parallèlement aux problèmes du pouvoir d’achat, des questions commencent à surgir sur l’attitude à prendre au sein des syndicats face à la crise financière, qui s’aggrave. Luc Cortebeeck indique que la CSC ne va pas venir devant le gouvernement et les patrons avec des revendications qui nient les difficultés économiques actuelles. « Nous connaissons la situation économique, et nous savons qu’elle va avoir un impact sur les entreprises, comme des ruptures de crédits ou des problèmes pour lever des fonds pour les investissements. C’est pour cela que nous demandons un soutien du pouvoir d’achat, mais que nous sommes conscients également de la nécessité de préserver l’emploi. » A la FGTB, on estime que si le gouvernement a trouvé des fonds pour Fortis et Dexia, il devrait en trouver pour les salariés et allocataires sociaux. « Nous avons une nouvelle fois constaté que si les bénéfices sont privatisés, les pertes des banques sont collectivisées. La crise financière est du reste entièrement liée à celle du pouvoir d’achat, dit Anne Demelenne, car avec les problèmes des banques, il y a fort à parier que les gens vont avoir de plus en plus de difficultés à obtenir des crédits. »

DEMONTY,BERNARD
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