Dehaene-Mariani : Dexia a deux nouvelles têtes

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Les problèmes de la banque franco-belge ne sont pas aussi urgents que ceux de Fortis, disent les actionnaires.

Il est 17h44. La tour Dexia, près de la gare du Nord, à Bruxelles, grouille de caméras et de journalistes. Au 34e étage, Jean-Luc Dehaene, le nouveau président du conseil d’administration de Dexia, et Pierre Mariani, le nouvel administrateur délégué, entrent dans la salle du conseil. Les traits sont tendus.

Quelques heures auparavant, dans la nuit de lundi à mardi, le gouvernement a officialisé leur nomination : Jean-Luc Dehaene remplace Pierre Richard au conseil d’administration et Pierre Mariani prend le siège d’Axel Miller en tant qu’administrateur délégué de Dexia. Dans la matinée, Axel Miller avait hâtivement fait ses paquets et à midi, il avait déjeuné avec Pierre Mariani pour passer le témoin. A midi, certains employés avaient décidé de manifester leur soutien au patron belge. Mais Axel Miller leur a demandé de n’en rien faire.

Il est 17 h 44. Les flashs crépitent. « Goeiedag, Bonsoir ». Jean-Luc Dehaene récite un court message : « La dernière chose à laquelle je pensais hier était d’être ici. Mais j’ai eu cette nuit un contact avec le Premier ministre qui m’a demandé de prendre la présidence du conseil d’administration de Dexia. J’ai accepté. D’abord parce les actionnaires, unanimes, me l’ont demandé. Ensuite parce que Dexia est une banque saine, très solvable. Une solvabilité encore renforcée par la dernière augmentation de capital. Mais la banque est confrontée à la situation sans précédent de crise de liquidités dans les marchés, à laquelle nous devons donner une réponse structurelle. Et ma nomination peut renforcer l’engagement pris par les gouvernements de garantir les avoirs des épargnants et la continuité de la banque. »

Jean-Luc Dehaene et Pierre Mariani se sont mis directement au travail. « Nous avons déjà noué, dit l’ancien Premier ministre belge, beaucoup de contacts importants. Nous avons conscience qu’il faut travailler rapidement, avec le soutien des actionnaires, pour formuler une réponse adéquate aux difficultés actuelles. »

Pierre Mariani enchaîne: « Les difficultés de Dexia ne viennent pas de la banque, mais de la situation des marchés. Nous définirons dans les jours qui viennent et avec l’urgence qui convient les mesures nécessaires pour assurer la pérennité de l’entreprise. »

Fin de la conférence de presse, Jean-Luc Dehaene et Pierre Mariani se serrent la main, longuement, pour les photographes, et sortent rapidement de la salle pour en gagner une autre : le premier comité de direction présidé par le nouveau patron français de Dexia va commencer ce soir, et durer sans doute de longues heures.

Au menu, trois éléments.

« Dans l’ordre, explique un administrateur, il faut régler le dossier le plus chaud, à savoir FSA (la filiale d’assurance-crédit américaine de la banque). Ensuite les problèmes de trésorerie de Dexia Crédit Local, le pôle français de la banque. Et puis s’attaquer à la structure de la banque. » FSA est en effet le problème le plus brûlant : « C’est un bel outil, mais personne ne veut plus lui fournir de liquidités. C’est comme si Arcelor ne recevait plus de minerai » explique un actionnaire belge. L’assureur américain consomme les liquidités de Dexia, et contamine l’ensemble de la banque.

Mais heureusement, Dexia semble disposer d’un peu de temps pour régler ses difficultés. « Nous ne sommes pas dans l’urgence, comme pour Fortis, dit un actionnaire belge. Si on regarde la solvabilité de la banque, elle est solide. Mais il faut assurer dans le temps les liquidités de la banque. » Une fois le poison FSA évacué, il sera temps alors de songer à la structure. Elle pourrait rester commune, franco-belge (une fois le problème de FSA cantonné), ou pourrait déboucher sur une scission, le clan belge semblant cette fois moins disposé à laisser partir complètement un nouveau groupe financier à l’étranger, après la « déroute Fortis ».

THOMAS,PIERRE-HENRI


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