« J’ai une place dans le cœur des gens. C’est le plus important »

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Elle est à la fois une icône impressionnante et une femme « normale ». Qui incarne la liberté retrouvée, mais aussi la liberté de penser, de croire, de ne pas être cataloguée.

Pendant toutes ces années où elle était captive dans la jungle, nous nous sommes inquiétés pour elle. Nous avons donné la parole à ses enfants, à son ex et à son nouveau mari, à sa mère, à sa sœur. Nous avons raconté les espoirs de libération, les déceptions, amères, les jeux politiques souvent cruels. Un long feuilleton dramatique qui s’est terminé, début juillet, sur son premier sourire de femme libre.

Après tout cela, recevoir Ingrid Betancourt comme invitée de la rédaction du Soir, c’est évidemment un moment fort. Ingrid, nous l’avions rencontrée en 2001 au moment de la sortie de son livre, La rage au cœur. C’était une jeune femme politique déterminée à défendre les principes qui lui tenaient à cœur et à sortir son pays, la Colombie, de la folie de la guerre, de la corruption et du narcotrafic. Là voilà devenue une star internationale, symbole de tous les otages, prêtresse portant la bonne parole dans les enceintes internationales. Allait-elle être très différente, marquée, transformée ?

Physiquement, Ingrid Betancourt n’a guère changé : fine, élégante, avec cette apparente fragilité qui ne l’a pas empêchée de résister durant toutes ces années d’enfer. Elle est donc la même et forcément une autre, tout à la fois.

Avant, déjà, elle ne voulait pas s’inscrire dans une catégorie, gauche ou droite, même si sa sensibilité sociale la portait du côté des progressistes. Elle tient maintenant, plus farouchement que jamais, à son indépendance : « Je n’ai pas été libérée pour rester enchaînée à des préjugés. La Colombie est un pays polarisé. Il faut avoir la liberté de dire ce que nous pensons sans être jugés. » Et par exemple d’applaudir le président Uribe pour l’opération de sauvetage de début juillet, tout en critiquant l’action du gouvernement concernant, notamment, les ex-otages.

Sa foi religieuse, discrète avant son enlèvement, clairement affichée depuis sa libération, elle la revendique au nom de cette même liberté retrouvée : « Dans la culture de la laïcité, il y a une valeur extraordinaire qui est le respect de la différence. Il ne faut pas devoir refouler son identité religieuse. »

Ingrid est aussi une femme joyeuse, qui apprécie les plaisirs de la vie, aime s’offrir une nouvelle robe ou découvrir les joies de l’I-Pod. Mais c’est d’abord une combattante qui monte au créneau, lançant un appel au chef de la police colombienne, le général Naranjo, pour que ses ex-codétenus policiers puissent eux aussi bénéficier des cours de l’Alliance française et partir en France continuer leurs trop brèves études. Ou qui s’indigne d’une information circulant sur internet selon laquelle elle aurait mandaté un agent pour contacter un producteur en vue de réaliser un film sur sa vie. « Un film sur moi ne fait absolument pas partie de mes priorités. Ce que je veux, c’est lutter pour la libération de mes compagnons toujours prisonniers, c’est mettre ma voix retrouvée au service de ceux qui en ont besoin. Le reste ne m’intéresse pas. »

KIESEL,VERONIQUE

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