1.700.000.000.000 d’euros


Conjoncture Les Bourses saluent l’action des gouvernements

Les États européens dégagent des centaines de milliards de garantie, pour faire redémarrer la machine grippée.

Les pays de la zone euro ont mobilisé lundi 1.700 milliards d’euros pour contrer la crise financière, redonnant espoir aux Bourses mondiales qui connaissaient un vif rebond après une semaine calamiteuse. Les 15 pays ont commencé à mettre en musique l’arsenal de mesures coordonnées annoncé dimanche à l’issue d’un sommet de l’Eurogroupe. Suivant l’exemple de la Grande-Bretagne, ils sont tombés d’accord pour éviter à tout prix les faillites bancaires en entrant au capital des banques et pour apporter une garantie d’Etat aux prêts interbancaires afin de débloquer le financement de l’économie.

Le président américain George W. Bush a de son côté promis lundi de nouvelles mesures pour apaiser les « troubles des marchés financiers ».

L’Allemagne, première économie européenne, a annoncé un plan d’aide au secteur bancaire se chiffrant à 480 milliards d’euros, dont 80 milliards pour recapitaliser des établissements en difficulté et 400 milliards pour garantir les échanges interbancaires. La France a décidé d’apporter une garantie « payante » des prêts interbancaires jusqu’à 320 milliards d’euros et de consacrer jusqu’à 40 milliards à la recapitalisation des banques en difficulté. Les gouvernements espagnols et autrichiens ont annoncé qu’il allait garantir les prêts interbancaires jusqu’à 100 milliards d’euros pour 2008, les Pays-Bas jusqu’à 200 milliards d’euros et le Portugal jusqu’à 20 milliards. Tout cela s’ajoute aux 380 milliards d’euros annoncés vendredi par Londres. Après la pire semaine de leur histoire, les Bourses européennes se sont reprises, battant pour certaines des records de hausse : + 9,48 % à Bruxelles, + 11,18 % à Paris, + 11,40 % à Francfort et + 8,26 % à Londres. A Wall Street, le Dow Jones gagnait 6,17 % et le Nasdaq 7,34 % à mi-séance.

Devant ce regain d’espoir, les taux à trois mois sur le marché interbancaire, dont le blocage est au coeur de la crise, se détendaient lundi, signe que les établissements financiers étaient moins réticents à se prêter de l’argent.

Les mesures européennes font écho au plan Paulson de 700 milliards de dollars adopté début octobre par les États-Unis et concrétisent les engagements pris vendredi soir par les sept grands pays riches (G7) à Washington. « Chacun d’entre nous va continuer à prendre des mesures responsables et décisives pour restaurer le crédit et la stabilité et retrouver une croissance vigoureuse », a assuré George Bush.

Le Trésor américain a ainsi annoncé qu’il était en train de « mettre sur pied un programme d’achat d’actions dans une large gamme d’institutions financières ». Selon la chaîne CNBC, Washington prépare en outre un plan de garantie interbancaire, à l’image de celui mis en place en Europe.

Quant au gouvernement britannique, il a brisé le tabou des nationalisations bancaires en annonçant qu’il investirait jusqu’à près de 50 milliards d’euros dans trois des plus grandes banques du pays, RBS, HBOS et Lloyds TSB, provoquant leur nationalisation de fait.

Au terme d’opérations de refinancement massives, le gouvernement pourrait détenir jusqu’à 60 % du capital de la Royal Bank of Scotland (RBS), et jusqu’à 43,5 % au sein du groupe constitué par la fusion de Lloyds TSB et HBOS.

L’économiste Américain Paul Krugman, qui s’est vu décerner lundi le prix Nobel d’économie (lire en page 25), avait d’ailleurs rendu hommage à l’action du Premier ministre britannique Gordon Brown, se demandant s’il « n’avait pas sauvé le système financier mondial ».

La mobilisation internationale a été unanimement saluée. La Banque centrale de Suède a estimé lundi qu’il y avait « une lumière au bout du tunnel » dans la crise financière internationale.

« Je pense que nous avons maintenant une réponse complète à la crise », s’est félicité dimanche le directeur général du Fonds monétaire international (FMI) Dominique Strauss-Kahn.

Les dirigeants européens sont toutefois soucieux d’éviter que leurs concitoyens n’aient le sentiment de payer la facture des erreurs des banques. « Il ne s’agit pas de faire des cadeaux aux banquiers, il s’agit de faire en sorte que les consommateurs, les investisseurs puissent continuer à fonctionner d’une façon rationnelle, a souligné lundi le président de l’Eurogroupe et Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker. Les banques qu’on assistera devront payer. »

Gordon Brown a pour sa part réclamé une vaste réforme du système financier international dans le cadre d’un « nouveau Bretton Woods », la conférence sur la régulation financière tenue aux Etats-Unis en 1944, tandis qu’il prévenait déjà les patrons des banques britanniques recapitalisées qu’ils pouvaient « faire une croix sur leurs bonus ». (afp)

AFP

 LES PORTFOLIOS : La crise financière

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