Fragile comme la beauté

Cinéma Disparition de Guillaume Depardieu

Une pneumonie a emporté l’acteur rebelle à 37 ans. Il aimait les hommes brisés. Comme son destin.

Fils de Gérard Depardieu, Guillaume est décédé lundi après-midi, dans un hôpital de la région parisienne, victime d’un virus foudroyant contracté sur un tournage en Roumanie. Il avait joué dans une vingtaine de films, après une adolescence rebelle marquée par les excès de vitesse, de violence, de drogue et d’alcool. En 1995, un grave accident de moto lui éclate la jambe et un staphylocoque doré rend l’amputation inéluctable, huit ans plus tard.

Son premier rôle, il l’a tenu aux côtés de son père dans Tous les matins du monde d’Alain Corneau comme pour exorciser leurs relations tendues. Mais il faudra attendre Aime ton père de Jacob Berger, en 2002, pour que le père absent et le fils écorché se réconcilient pleinement. Entre-temps, Guillaume s’est fait tout seul en décrochant le César du meilleur espoir dans Les apprentis de Pierre Salvadori. Il a cartonné dans les séries télés à succès, du Comte de Monte Cristo, aux Misérables, à Napoléon et aux Rois maudits. Ses deux derniers films à l’affiche, Versailles, de Pierre Schoeller et De la guerre, de Bertrand Bonello, ont été présentés à Cannes en 2008. Et Stella de Sylvie Verheyde a été dévoilé à Gand, la semaine dernière.

Guillaume Depardieu a pris beaucoup de coups dans la vie. Il n’avait pas l’habitude de cacher ses blessures à l’âme ni au corps. En 2003, dans son livre d’entretiens Tout donner, il raconte à Marc-Olivier Fogiel ses errances et ses douleurs. D’une extrême fragilité, exacerbée par l’image de star oppressante de son père, il confie avoir besoin de se sentir aimé pour réapprendre à s’aimer lui-même.

Il n’avait pas choisi le cinéma pour faire carrière mais pour chercher l’amour dans le regard des autres. « Le cinéma vient chercher chez moi quelque chose de particulier. Et moi je donne, j’aime donner. Recevoir n’est pas le plus important », disait-il.

Entre deux films, il écrivait aussi des chansons comme « A force de » pour Barbara, un poème tragique sur le manque d’amour et la solitude. « Plus de sens à rien. Irais-je alors avec les anges », : des paroles qui témoignent de sa quête intérieure, de sa recherche incessante d’une place dans ce monde « où tout s’efface ».

« On naît rien ! »

« Moi, ce que j’aime, ce sont les hommes qui trébuchent, confiait-il à notre consœur du Soir Magazine, Gilda Benjamin, en mars 2006. J’aime les personnages des sculptures de Giacometti, qui marchent mais tordus, fragiles. Franchement, on n’est rien… On naît rien ! »

Depuis, il semblait réconcilié avec la vie. Il enchaînait les tournages. En 2006, il ose le registre romantique dans Célibataires, aux côtés d’Olivia Bonamy. En 2007, avec Ne touchez pas la hache de Jacques Rivette, il trouve peut-être son plus beau rôle. Il confirme ce retour en grâce dans le Versailles de Pierre Schoeller.

Il avait enfin trouvé des circonstances atténuantes à la vie. Jusqu’à ce qu’elle lui fasse un mauvais sort. En conclusion de son interview à Gilda Benjamin, Guillaume Depardieu avait ces mots magnifiques : « Je trouve l’homme beau et fragile. Et très seul. Mais c’est dans la solitude qu’on trouve de nouvelles émotions ». Il a trouvé sa solitude. Eternelle.

Son dernier cadeau

Coïncidence : dans deux de ses derniers films, Versailles et Stella, Guillaume Depardieu joue face à un enfant, un rôle témoin de cette alchimie mystérieuse qui peut exister entre deux partenaires à l’écran. Rencontrée ce samedi au Festival de Gand où Stella était présenté, la réalisatrice Sylvie Verheyde évoquait l’acteur et la présence de ses yeux brillants : « Il a tourné Versailles après Stella, et ici, c’était sa première expérience face à une petite fille (Léora Barbara). Il avait un peu peur, justement. Mais Leora ne connaissait pas Guillaume, ne s’est pas laissé impressionner, et c’est ce rapport assez vrai qui a dû lui faire du bien. »

L’histoire de Stella se déroule à la fin des années 1970. Elle est en partie autobiographique. « Pour moi, un film comme Les valseuses fait partie de ces images indissociables des années 1970. Sur le tournage de Stella, Guillaume m’a amené les pantalons que son père et Patrick Dewaere portaient dans le film. C’est un beau cadeau. »

STIERS,DIDIER,COUVREUR,DANIEL
LE PORTFOLIO : Guillaume Depardieu
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