L’indice bel 20 recule de cinq ans

Une action Fortis pour 0,88 euro. Le BEL 20 sous la barre des 2.000 points. Rien ne s’arrange. Mais New York revit.

Une crise financière comme celle que traversent la Belgique et le monde a cet avantage qu’elle multiplie les symboles. Ils rappellent à qui l’oublierait que l’heure est grave. La journée de jeudi restera ainsi marquée par deux événements à la Bourse de Bruxelles.

Tout d’abord, le cours de Fortis, en chute libre depuis des semaines, est passé sous la barre d’un euro. Vous avez bien lu : hier, une action du groupe Fortis ne valait plus que 0,88 euro !

Ensuite, l’indice BEL 20 de la Bourse de Bruxelles est passé en dessous des 2.000 points, s’arrêtant très exactement à 1.946 points. Depuis le début de l’année, il a perdu 52 % de sa valeur. Sur la seule journée de jeudi, la chute fut de 6,54 %. Plus que Paris, Londres ou Francfort.

À New York, à l’inverse, l’indice Dow Jones a terminé jeudi soir en forte hausse : + 4,68 %

Le plancher des 2.000 points n’avait plus été atteint à Bruxelles depuis le 4 juillet 2003. L’indice a fait une marche arrière de cinq ans. Il y a un an, le BEL 20 culminait encore à 4.506 points.

Jeudi, des valeurs comme Dexia (-8,7 %) et KBC (-13,6 %) ont encore perdu des plumes.

Le BEL 20 recule de cinq ans
Marchés L’action Fortis vaut moins de 1 euro

Récession. Ventes paniques de fonds.

Le BEL 20 est revenu

à son niveau de l’été… 2003.

C’est une nouvelle journée noire qu’a vécue la Bourse de Bruxelles, en compagnie des autres places financières mondiales.

Le BEL 20, l’indice de référence belge, est tombé ce jeudi sous les 2.000 points, à 1.946,38 points, en chute de 6,54 % par rapport à la veille. Il faut remonter au 4 juillet… 2003 pour trouver un tel plancher. Les autres Bourses européennes ne se portent guère mieux : Paris a chuté de 5,92 %, Londres de 5,35 %, Francfort de 4,91 %.

Quelques heures plus tôt, à Wall Street, l’indice S&P500 avait lui aussi plongé de plus de 9 %, connaissant sa plus sévère correction depuis vingt ans.

Une fois encore, ce sont les valeurs financières qui ont été le plus durement sanctionnées : KBC, qui va acter une perte de 0,9 milliard d’euros au troisième trimestre, a chuté de 13,6 %. Dexia a encore perdu 8,7 %. Et surtout, la pauvre Fortis a été reléguée au rang de « penny stock » (action valant moins de 1 euro), en clôturant en baisse de plus de 26 % à 0,88 euro ! Depuis le début de l’année le BEL 20 a perdu plus de 52 %.

« Historiquement, il n’y a pas beaucoup de précédents pour ce qui s’est passé ces deux dernières semaines, remarque un courtier américain. Lors de la Grande Dépression, après 1929, les marchés ont certes dégringolé encore plus bas, perdant plus de 50 %… mais sur plusieurs années, pas sur quelques semaines ! » Et lors de la crise de 1987, la chute avait aussi été brutale, mais le marché s’était très rapidement relevé…

L’effondrement actuel s’explique par les ventes paniques de fonds spéculatifs (voire ci dessous) et parce que les marchés sont désormais convaincus que les Etats-Unis sont en pleine récession. Une responsable de la Réserve fédérale américaine l’a avoué mardi. Et ni l’Europe ni l’Asie ne peuvent y échapper.

Les signes de retournement conjoncturel se multiplient en effet : Aux Etats-Unis, en septembre, les ventes de détail ont baissé de 1,2 % par rapport à août, alors que la production industrielle américaine, en recul de 2,8 %, a enregistré le mois dernier sa plus forte baisse depuis décembre 1974. « Le consommateur a ralenti ses achats avant même que les marchés financiers ne chutent, ce n’est pas une bonne nouvelle pour l’économie », a estimé Joel Naroff, chef économiste de la banque américaine Commerce Bank.

En Allemagne, le gouvernement a revu drastiquement ses prévisions, ne s’attendant plus qu’à 0,2 % de croissance, contre 1,2 % auparavant. Ce serait la plus mauvaise performance germanique depuis 2003. Et l’Irlande, elle, est déjà officiellement en récession.

Sociétés US en perte

Parallèlement, les premiers résultats trimestriels publiés aux Etats-Unis ne portent pas à l’optimisme. Des pertes ont déjà été annoncées par plusieurs banques (2,8 milliards de dollars pour Citigroup, 5,2 milliards pour Merrill Lynch) et par le secteur aérien (50 millions pour Delta, 236 millions de dollars pour Continental), tandis que les ventes dans les grands magasins sont en berne (– 1,5 % en septembre).

Quant aux sociétés qui ont annoncé des bénéfices, elles participent au pessimisme ambiant. « La bonne nouvelle c’est que de grosses sociétés comme Intel, Coca-Cola et JPMorgan Chase ont publié des résultats meilleurs que prévu, la mauvaise nouvelle c’est que chacune a émis des doutes sur les prévisions à court terme », souligne le cabinet d’analystes Briefing.com. La saison des fêtes de fin d’année risque d’être atone.

Le seul point positif, pour le consommateur, du plongeon des marchés financiers et du fort ralentissement de l’activité économique, c’est la baisse brutale des prix pétroliers. Ce jeudi, le baril ne s’échangeait plus, à Londres, qu’à 66 dollars. En juillet, on le payait encore 147…

Les hedge funds, un autre domino qui vacille

Cela ressemble à un cri de détresse. Quelques grands hedge funds américains, des fonds qui spéculent sur les marchés internationaux, ont écrit à la Banque d’Angleterre pour que les 65 milliards d’actifs de la filiale britannique de Lehman Brothers, actuellement gelés à cause de la faillite de la banque, soient débloqués d’urgence. Faute de quoi, le plan de sauvetage des banques britanniques pourrait être compromis, disent-ils.

Les fonds spéculatifs doivent en effet faire face à de multiples demandes de retraits de clients apeurés, et tentent par tous les moyens de rapatrier des liquidités pour y faire face. Sur le seul mois de septembre, et pour les seuls hedge funds américains, les demandes de remboursement atteindraient la somme faramineuse de 43 milliards de dollars. Et l’on s’attend à une hémorragie beaucoup plus importante à la fin de l’année, car beaucoup de fonds ne permettent de retirer des fonds qu’à des dates déterminées. Selon JP Morgan Chase, les retraits devraient encore atteindre 150 milliards de dollars dans les douze mois qui viennent !

Cette nécessité de trouver de l’argent expliquerait en partie le plongeon des bourses ces derniers jours. Les fonds spéculatifs se dépêchent de liquider ce qui est liquidable pour faire face à ces échéances. « Nous sommes désormais dans la seconde phase de recul des marchés où la liquidation des positions va saper toute remontée durable », estime Simon Denham, directeur de Capital Spreads, une société financière londonienne.

Parallèlement, ces fonds spéculatifs éprouvent également beaucoup plus de mal à fonctionner. Ils travaillaient avec beaucoup d’argent prêté par les banques. Mais ces dernières ne prêtent plus. À cela s’ajoute le bannissement, qui a été levé aux Etats-Unis mais est toujours valable sur certains marchés européens, des ventes à découvert. Les hedge funds sont des spécialistes de l’arbitrage : ils prennent des positions à l’achat sur tel titre et des positions à la vente sur tel autre. Ces interdictions les empêchent de prendre certaines positions à la vente, ce qui déstabilise leur modèle.

700 fonds par le fond ?

Selon la société Hedge Fund Research (HFR), environ 700 fonds spéculatifs devraient mettre la clé sous le paillasson cette année, soit presque un quart de plus qu’en 2007. Cela représenterait un taux d’accident de 7 % : il existe environ 10.000 fonds, qui gèrent estime-t-on 2.000 milliards de dollars.

Or, une faillite de l’un ou l’autre grand fonds spéculatif pourrait causer un nouveau traumatisme financier mondial : car contrairement au sauvetage, en 1998, du fonds LTCM par un groupe de banques américaines, les banques, aujourd’hui, n’ont plus les reins assez solides pour supporter une telle défaillance. Et les régulateurs sont désarmés : les hedge funds se trouvent en effet en dehors de leur champ de compétence…

THOMAS,PIERRE-HENRI,AFP
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