La lutte contre les paradis fiscaux commence en Europe

Finance Les pays offshore, nouvelles cibles de la refondation du capitalisme

La Suisse et le Luxembourg en prennent pour leur grade. Fustigés pour leur opacité bancaire.

De notre envoyée permanente à Paris

La réunion était prévue de longue date. Une idée du ministre français du Budget, Eric Woerth, et de son homologue allemand, Peer Steinbrück, après le scandale du Liechten-stein il y a quelques mois (1). Mais, bien sûr, la crise financière lui a donné un tout autre relief… Et même une connotation explosive, avec des pays absents – la Suisse et le Luxembourg – qui en ont pris pour leur grade…

Dix-sept pays (2), dont la Belgique, se sont réunis ce mardi à Paris pour tenter de renforcer la lutte contre les paradis fiscaux. Avec une idée clé : on ne peut pas prétendre créer de nouvelles règles financières internationales sans s’attaquer au sujet qui fâche. Y compris à l’intérieur même de l’Europe…

Car à quoi bon perfuser les banques avec de l’argent public si les tuyaux sont percés et que les deniers se répandent off shore ? Selon Transparency international, une ONG spécialisée dans la lutte contre la corruption, pas moins de 10.000 milliards de dollars seraient abrités dans une cinquantaine de paradis fiscaux. Deux tiers des « hedge fonds », ces fonds spéculatifs si controversés, y seraient logés. Et les pertes fiscales subies par les pays victimes de ces évasions s’élèveraient à 150 milliards de dollars.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’absence de la Suisse et du Luxembourg n’est pas passée inaperçue. « C’est significatif », a dénoncé le ministre français du Budget. Son collègue allemand y est allé plus franchement encore : « La Suisse devrait être sur la liste noire », a indiqué Peer Steinbrück, pointant le secret bancaire dans la Confédération. Piqué au vif, le ministère suisse des Finances a aussitôt répliqué qu’il n’y avait « pas de quoi réagir ». Au même moment, à Strasbourg, Nicolas Sarkozy se chargeait lui-même d’adresser la même leçon au Luxembourg (lire par ailleurs). « On ne peut pas se battre à l’extérieur du continent contre certaines pratiques et les tolérer sur le nôtre », a lâché le président français, qui tient depuis longtemps les paradis fiscaux dans son collimateur. Réagissant mardi soir sur France 2, le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker s’est montré excédé. Qualifiant même de « journalisme primaire » un reportage de la chaîne caricaturant à ses yeux le système bancaire luxembourgeois. Ambiance !

Qu’importe les absents. Les autres ont profité de l’absence des gêneurs pour aller de l’avant.

Les dix-sept sont d’abord convenus de redéfinir la liste des paradis fiscaux. Un premier tableau noir de l’Organisation de coopération au développement économique (OCDE) date de 2000. Il recense 35 pays, dont sept en Europe. Mais une deuxième liste, établie deux ans plus tard, beaucoup plus restreinte, ne retient, elle, que les pays « non coopérants ». Ces moutons noirs sont le Liechtenstein, Monaco et Andorre. L’OCDE devrait fournir une nouvelle liste pour mi-2009. Epinglant les pays qui avaient promis de s’amender mais qui se sont en réalité montrés récalcitrants, cette nouvelle liste devrait compter une demi-douzaine de noms. Les sanctions à l’égard des paradis fiscaux devraient aussi être revues, selon le souhait des pays participants. Qui aimeraient aussi que la directive européenne sur la fiscalité de l’épargne soit renforcée. Jusqu’à présent, elle ne concerne que les particuliers… Mais le défi n’est pas mince : en matière fiscale, l’unanimité des Vingt-Sept est requise… Si la crise financière doit déboucher un jour sur la « fermeture » des paradis fiscaux, ce n’est certainement pas encore pour tout de suite.

(1) Une vaste affaire d’évasion fiscale, impliquant plusieurs pays, avait été mise au jour en Allemagne en février.

(2) Les dix-sept pays réunis étaient : la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Belgique, les Pays-Bas, la Norvège, la Suède, le Danemark, l’Irlande, l’Australie, la Finlande, l’Islande, l’Italie, le Japon, la Corée du Sud, le Mexique et l’Espagne.

MESKENS,JOELLE
Cette entrée a été publiée dans Monde, avec comme mot(s)-clef(s) , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.