A Goma, les Congolais agressent l’ONU

Peur, colère et rage sont désormais les sentiments dominants du côté de Goma, dans l’est du Congo, où les populations fuient les violences et craignent de voir leur ville asphyxiée ou occupée par les forces rebelles de Laurent Nkunda.

 A bout, les habitants de la capitale du Nord-Kivu s’en prennent désormais aux forces de l’ONU auxquelles il est reproché de ne pas réussir à désarmer les rebelles. Quatre bâtiments de la Monuc ont été attaqués par des manifestants. Des Casques bleus ont été pris à partie dans le centre-ville. Ils ont eu du mal à se dégager.

L’incompréhension a l’égard de la mission de l’ONU grandit de jour en jour. Fera-t-elle tache d’huile au-delà de Goma ?

A Goma, l’ONU est prise pour cible
Congo Des milliers de manifestants ont attaqué des bâtiments de la Monuc

Les habitants de la capitale du Nord-Kivu reprochent
aux forces de l’ONU leur incapacité à désarmer les rebelles.

Jusqu’à présent épargnée par les violents combats qui avaient mis aux prises les forces gouvernementales et les troupes de Laurent Nkunda à quarante kilomètres au nord de la ville, Goma est désormais partagée entre la peur et la rage : les habitants craignent que les forces rebelles qui occupent désormais le domaine de Katale, le camp militaire de Rumangabo et la zone de Kibumba, où se trouvaient des milliers de déplacés, ne resserrent leur étreinte sur la ville. Alors que 20.000 nouveaux déplacés ont déjà quitté Kibumba, Goma redoute en effet d’être envahie par les hommes de Nkunda (comme l’avait été Bukavu en 2004 au moment des élections américaines…) et elle craint l’asphyxie, car les voies d’accès au nord du pays sont coupées, et toute la zone frontalière voisine du Rwanda est occupée. De plus, les appareils qui se posent sur l’aéroport se trouvent pratiquement sous le feu des hommes de Nkunda, ce qui hypothèque l’arrivée de renforts envoyés par Kinshasa.

Les habitants de la capitale du Nord-Kivu ont violemment exprimé leur colère : des milliers de manifestants ont attaqué quatre bâtiments de la Mission des Nations unies au Congo (Monuc), lancé des pierres par-dessus le mur d’enceinte et endommagé des véhicules. Selon un responsable de la Monuc, des Casques bleus coincés dans le centre-ville auraient ouvert le feu pour se dégager, mais l’on ignore encore s’ils ont tiré en l’air ou pointé la foule.

Ces manifestations pourraient entraîner d’autres démonstrations de colère dans le pays, car l’opinion congolaise reproche à la Monuc son incapacité à désarmer les groupes rebelles, à imposer le respect du plan de désengagement qui a été accepté en janvier par toutes les parties, y compris le Congrès national pour la démocratie et le développement de Nkunda, le CNDP.

Charles Michel inquiet

A Kinshasa cependant, le porte-parole de la Monuc, Michel Bonnardeaux, avait déclaré, à propos de la chute du camp de Rumangabo que la mission onusienne était « déçue » par l’action du CNDP, et « préoccupée » par la reprise des combats à l’arme lourde. Aux yeux de la population congolaise, ces blâmes, qui ne sont pas suivis d’actions concrètes, représentent une réaction trop faible.

Il est vrai que, si elle a concentré sur le Kivu l’essentiel des 18.000 hommes qui composent sa force, la Monuc n’a pas réussi à imposer la paix ainsi que le prévoit cependant son mandat.

Cette impuissance suscite d’ailleurs un malaise au sein même de l’organisation : en place depuis septembre, le chef d’état-major de la force, le général espagnol Vincente Diaz de Villegas, vient de présenter sa démission. Exaspéré, semble-t-il, par les limites imposées à sa mission depuis Kinshasa ou depuis New York ; déçu aussi par la faible motivation des hommes placés sous son commandement : ces troupes indiennes s’avèrent incapables de faire la distinction entre les divers belligérants, ont été impliquées dans plusieurs scandales (trafic d’or et de minerais) et se retranchent derrière la position de leur gouvernement pour se dérober au combat et ne pas prendre de risques sur le terrain.

En outre, beaucoup de Congolais accusent la Monuc de refuser de confirmer l’implication rwandaise, cependant dénoncée par de nombreux témoins, dont le prince Etienne de Merode, directeur du parc national de la Virunga. Ce dernier a déclaré que les combats se déroulaient sur le territoire de la réserve, où vivent encore plusieurs centaines de gorilles de montagne. L’aggravation de la situation au Nord-Kivu a incité le ministre belge de la Coopération, Charles Michel, à saisir l’Union européenne. Un frémissement ?

BRAECKMAN,COLETTE
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