Toute l’école buissonnière

Italie Journée de grève et de manifestations

Le décret contesté
ne concerne que le primaire.
Mais c’est toute l’Italie de l’enseignement qui manifeste.

ROME

DE NOTRE CORRESPONDANTe

Sans culture pas de futur », « Nous ne payerons pas votre crise », « Unis pour l’école de tous », « Contre l’ignorance, pour le savoir »… Ce sont là quelques uns des slogans qui figuraient sur les calicots hissés par les centaines de milliers de manifestants qui ont défilé dans les rues de Rome et d’autres villes, dans toute l’Italie, jeudi, pour protester contre la réforme scolaire de la ministre Mariastella Gelmini, tandis que les écoles étaient en grève.

De nombreux étudiants universitaires ont défilé avec les écoliers – mêmes les tout petits, accompagnés de leurs parents – et les enseignants, dans des cortèges qui ont envahi tout le centre de la ville, débordant largement des parcours prévus, tandis que des dizaines d’autocars étaient restés bloqués dans les embouteillages.

Tous les leaders des partis de l’opposition étaient présents. Notamment Walter Veltroni (Parti Démocrate) et Antonio Di Pietro (l’Italie des Valeurs), pour une fois en syntonie. Tous les dirigeants syndicaux, également. Et pas seulement ceux de gauche, quoi qu’en dise Silvio Berlusconi qui a fait part de sa « tristesse de voir que tant de jeunes sont manipulés par une gauche scandaleuse qui renverse la vérité ».

La veille, le « décret Gelmini » qui ne touche en réalité que l’école primaire, avait été transformé en loi grâce au vote du Sénat, malgré les protestations qui, depuis deux semaines, s’étendent de plus en plus, dans tout le pays et à tous les niveaux de l’enseignement. Même les professeurs d’université manifestent leur mécontentement en tenant leurs cours dans la rue, au pied des grands monuments, comme le Colisée à Rome, sous le regard ahuris des touristes, nombreux en ce moment en Italie.

Ce décret qui a provoqué tant de colère, prévoit des mesures concrètes – notamment le retour à un maître unique (ils sont actuellement trois pour deux classes) et une réduction drastique des horaires, 24 heures par semaine au lieu des actuelles 30 à 35 heures – qui devraient permettre de réaliser, dans l’enseignement primaire, les économies déjà prévues par une autre loi. Celle-ci, adoptée, en catimini, le 6 août dernier, prévoit des coupes de plusieurs milliards d’euros, non seulement pour le financement des écoles mais aussi des universités et de la recherche, déjà très pauvre, en Italie ! Il y est également question de transformer les universités en fondations de droit privé, autrement dit payantes et non plus accessibles à tous.

« Il ne s’agit pas d’une réforme mais d’une saignée des ressources destinées à l’enseignement, voulue par le ministre de l’économie Giulio Tremonti », dénonce le chef du groupe du Parti Démocrate, la sénatrice Anna Finocchiaro. « L’enseignement est sacrifié sur l’autel de l’austérité, alors que ce secteur devrait au contraire figurer parmi les priorités du gouvernement, comme c’est le cas dans d’autres pays », ont souligné de jeunes manifestants, sérieusement préoccupés pour leur avenir. L’association des étudiants Unione degli Studenti demande, en effet, « une école et une université en mesure de donner un avenir à nous et à notre pays ».

« C’est tout un pays qui se soulève », s’est écrié le secrétaire de la CGIL, le grand syndicat de la gauche, Guglielmo Epifani, devant la piazza del Popolo, noire de monde, tandis que Walter Veltroni a annoncé qu’il préparait l’organisation d’un référendum abrogatoire de la loi Gelmini.

L’affrontement entre gouvernement et étudiants ne fait que commencer. Vendredi, le gouvernement devra expliquer devant le Parlement pourquoi la police a tant tardé à intervenir, mercredi, Piazza Navona, à deux pas du Sénat, où des extrémistes de droite, munis de bâtons et de chaînes, se sont attaqués aux manifestants.

La ministre de l’enseignement Mariastella Gelmini annonce, pour les prochains jours, un nouveau texte concernant l’enseignement universitaire tandis que les étudiants ont déjà fixé une date pour une journée de grève et de protestation, le 14 novembre.

LUKSIC,VANJA
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