Les rebelles en habit de colombe

Congo L’ordre règne à Rutshuru

LA VILLE, tombée aux mains de Nkunda, retrouve son calme. Mais les réfugiés errent toujours alentour. Première aide ce lundi.

REPORTAGE

RUTSHURU

AGENCE FRANCE-PRESSE

A Rutshuru, ce dimanche, la vie semble avoir repris son cours normal, avec des messes dans les églises où l’on joue des chants religieux à la guitare électrique et des camions qui livrent des boissons aux magasins dont les rayons sont vides.

Il y a 5 jours, cette ville d’un demi-million d’habitants de l’est de la République démocratique du Congo a fait l’objet de violents combats entre l’armée congolaise et la rébellion du CNDP – Congrès national pour la défense du peuple – de l’ex-général Laurent Nkunda. Les rebelles l’ont emporté et ont pris le contrôle de la ville, située à 75 kilomètres de la capitale provinciale Goma.

Ils s’efforcent depuis de rassurer la population, échaudée par des années de conflits et de violences, tentant de la convaincre de leurs bonnes intentions par une offensive de charme. « Nous apportons la paix et et nous allons apporter aussi le développement », affirme Oscar Mugabe, un combattant rebelle, dans la nouvelle base du CNDP établie près du centre-ville. Selon lui, les dirigeants civils et militaires du CNDP ont rencontré la population de Rutshuru dès mercredi, au lendemain de leur prise de pouvoir, et leurs explications ont été bien reçues.

« Nous leur avons dit qu’ils sont en sécurité maintenant que le CNDP est là », raconte Oscar Mugabe. « D’abord nous avons voulu inciter les déplacés à rentrer dans leurs villages, et nous leur avons promis de les aider à se réinstaller ». Pour Oscar Mugabe, la population s’est montrée confiante envers le CNDP : « Seulement 2 % d’entre eux ne nous ont pas crus », affirme-t-il. Lorsqu’on interroge des habitants de Rutshuru pour savoir si leur vie a changé depuis la prise de pouvoir des rebelles, certains refusent de répondre, mais d’autres n’hésitent pas à faire l’éloge du CNDP. « Tout va bien, il n’y a aucun problème, les soldats ne nous embêtent pas », affirme Denis Kakule, 24 ans, devant un bar vide.

Gagner la confiance

Pour le Major John Muhire, conseiller en sécurité de Laurent Nkunda, gagner la confiance de la population sera difficile et demandera des efforts. « La population de Rutshuru a été prévenue contre le CNDP, ils ont une mauvaise image de nous, après ce que le gouvernement leur a dit. Pour gagner sa confiance, la meilleure stratégie est d’assurer sa sécurité », analyse-t-il.

Dieudonné, un habitant de Rutshuru, confie qu’il est prêt à donner leur chance aux rebelles. « Maintenant je suis optimiste. Mais ici c’est le Congo, tout peut arriver ».

Samedi, le CNDP a organisé une cérémonie d’investiture de sa nouvelle administration dans la ville. Environ 700 personnes, encadrées par les rebelles, ont défilé sur l’artère principale jusqu’au stade de football, où l’on pouvait lire sur des banderoles : « Nous, population de Rutshuru, soutenons le CNDP ». « Regardez comment sont les gens, ils sont libres », affirme, péremptoire, le rebelle Oscar Mugabe.

Ce lundi, un convoi d’aide humanitaire de l’ONU et de différentes ONG doit atteindre la ville – première opération d’assistance aux civils depuis une semaine. Car si, à Rutshuru même, l’ordre et le calme semblent régner, ils sont encore plusieurs dizaines de milliers de réfugiés à errer, après avoir fui la violence des affrontements, dans les forêts et les villages alentour.

FAITS DU JOUR

Diplomatie. Après s’être successivement entretenus ce week-end avec les présidents congolais Joseph Kabila, rwandais Paul Kagame et tanzanien Jakaya Kikwete, le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner et son homologue britannique, David Miliband, ont insisté sur « la nécessité d’une coordination locale et internationale » pour parvenir à régler la crise. Mais ils n’ont fait aucune proposition concernant le déploiement d’une force européenne dans la région, ni un possible renforcement de la Monuc, la Mission de l’ONU en RDC.

De Gucht. Le ministre belge des Affaires étrangères a pressé samedi le président rwandais Kagame, qui l’a reçu à Kigali, d’user de son « influence modératrice » pour faire respecter le fragile cessez-le-feu. Karel De Gucht a aussi estimé nécessaire de « revoir le mandat de la Monuc » pour qu’elle puisse plus facilement intervenir en faveur de civils menacés.

Déplacés. « Plus de 1,6 million de déplacés internes sont pris au piège de la crise et ne peuvent pas être atteints facilement », a déploré le secrétaire au Foreign office, David Miliband. « Il y a une menace d’épidémies de maladies transmissibles et de malnutrition dans la zone », a-t-il prévenu.

Gouvernement. Le nouveau gouvernement congolais, investi dimanche à Kinshasa, souhaite privilégier « la solution politique », mais n’écarte aucune hypothèse « si cette option devait échouer ». (afp, ap)

AFP,ASSOCIATED PRESS
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