Obama nomme son équipe de rivaux

Etats-Unis Le futur président américain désigne l’« équipe de sécurité »

Hillary Clinton aux affaires étrangères et Robert Gates maintenu à la Défense.
Une « dream team » est née…

 Au même niveau que l’économie, les questions de sécurité nationale constituent un enjeu majeur de notre pays. » Une semaine après la présentation de son équipe en charge des affaires économiques, Barack Obama a présenté ce lundi son « équipe de sécurité ». Autrement dit les responsables des affaires internationales, militaires et de sécurité tant intérieure qu’extérieure. Avec ces deux « équipes », le président élu américain a maintenant construit l’ossature de son administration. Il reste bien quelques ministères importants, telles l’agriculture, l’éducation, les affaires intérieures, ainsi que des centaines de hauts fonctionnaires à nommer. Mais chacun sait que la vingtaine de personnes nommées jusqu’ici seront les hommes et les femmes clés de la présidence.

Au premier desquels Hillary Clinton, comme secrétaire d’Etat : la personnalité américaine la plus célèbre au monde après… Obama. A lui seul, ce tandem doit passer le message de la volonté de la nouvelle administration de rasseoir le leadership américain dans le monde.

Aux côtés de Hillary Clinton, c’est le général Jim Jones qui s’empare de la tête du Conseil national de sécurité, le second poste le plus important de la diplomatie américaine. Condoleezza Rice avait demandé deux fois par le passé à ce militaire de carrière de devenir son numéro deux au Département d’Etat. L’homme avait décliné. Il y a deux ans, ce militaire, qui a beaucoup œuvré aux relations entre les Etats-Unis et l’Europe au sein de l’Otan, avait en outre été nommé envoyé spécial américain au Proche-Orient.

Le troisième nom est celui de Susan Rice, qui sera la représentante des Etats-Unis aux Nations unies à New York. Cette Afro-Américaine de 45 ans, connue pour son franc-parler, a fait une carrière parallèle à celle de « l’autre Rice » avec laquelle elle a de nombreux points communs. Celle qui sera chargée d’incarner la politique multilatérale des Etats-Unis s’était notamment distinguée par ses prises de position à propos des massacres au Darfour où elle prônait une intervention américaine au nom de la norme de la « responsabilité de protéger » proclamée par le Conseil de sécurité de l’ONU.

Enfin, le maintien de Robert Gates au secrétariat à la Défense, attendu lui aussi, confirme un double souhait du président élu : celui d’avoir autour de lui les plus grands formats disponibles, mais aussi qu’ils fussent issus des deux grands partis politiques.

Aux côtés du vice-président Joseph Biden, qui est l’un des sénateurs les plus aguerris en matière de politique internationale, ces personnalités sont appelées à se convertir en carré d’as de la nouvelle diplomatie américaine. Du retrait des forces américaines en Irak à la guerre en Afghanistan, de menaces nucléaires iraniennes au conflit israélo-palestinien, en passant par la relation avec la Chine et la Russie, les dossiers ne manquent pas. Mais, surtout, à ces points de friction dans les relations internationales s’ajoutent aussi, pour la première fois si clairement, des préoccupations plus vastes liées à la faillite du système financier, à la défense de l’environnement et à l’indépendance énergétique des Etats-Unis.

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P.20 l’édito

Hillary Clinton, entre rêve brisé et lot de consolation

New York

de notre correspondant

Un rêve vieux de deux ans, de six ans, de huit ? Hillary Clinton n’avait jamais réellement fait mystère de sa volonté de revenir par la grande porte à la Maison-Blanche. C’était une promesse mutuelle que s’était faite autrefois le jeune couple Clinton : d’abord lui, ensuite elle. Une promesse qui a ensuite atteint pratiquement le statut d’une évidence : l’ex-first lady finirait tôt ou tard par devenir la première présidente des Etats-Unis. Mais c’était avant qu’un jeune homme venu de nulle part lui barre la route. Ironie : c’est ce même homme qui finit de briser ce rêve en lui offrant les rênes de la diplomatie américaine. Peut-être le deuxième poste le plus important au monde. Un simple lot de consolation, lorsqu’on a désiré avec autant de force et de détermination conquérir le premier.

« C’est la bonne personne pour ce job », se contentait de commenter Bill Clinton lundi. Un retournement qui aurait paru tout bonnement impossible il y a encore quelques mois. Entre Barack Obama et Hillary Clinton a eu lieu la bataille électorale la plus longue et la plus féroce de l’histoire des Etats-Unis. Elle a été parsemée de crises, d’invectives, même de larmes. « Honte à vous, Barack Obama », lançait une fois sa rivale pendant la campagne des primaires. Elle a traité son adversaire de « naïf », elle a souligné son inexpérience, mis en question ses compétences.

Barack Obama a répliqué tout aussi durement, dépeignant une ancienne first lady qui avait certes rencontré tout ce que le monde compte de dirigeants, mais pour se contenter de boire le thé. Pour le défenseur du « changement », Hillary Clinton était l’emblème du « vieux Washington » dont il fallait se débarrasser. La démocrate, a-t-il répété des dizaines de fois, avait approuvé le lancement de la guerre contre l’Irak, « la plus importance décision de politique étrangère depuis la fin de la guerre froide ». Cela la disqualifiait d’entrée.

Re-ironie : c’est dans le domaine de la politique étrangère que s’est concentrée cette longue lutte. Or, à partir du 20 janvier, c’est sur ce terrain que ce tandem improbable occupera le devant de la scène. Cette nomination a ravi une bonne partie du monde politique américain. Les démocrates voient ainsi refermée une plaie dangereuse au sein de la famille. Mais bon nombre de « faucons » saluaient aussi cette nomination, comme Richard Perle, « l’architecte » de la guerre d’Irak, qui décelait chez la nouvelle secrétaire d’Etat « une prédisposition à la dureté » dont il se félicitait.

Même si le nom de Hillary Clinton circulait depuis des semaines, cette réconciliation a été loin d’être simple. Obama, en vérité, a mis longtemps a se résoudre à écarter sa rivale du poste de vice-présidente. Ce sont ses conseillers qui l’avaient dissuadé : ramener Hillary Clinton a la Maison-Blanche, c’était aussi le risque de faire revenir l’ambiance de « drame » perpétuel qui a régné durant la présidence de son mari.

Pendant les « auditions », Hillary Clinton a exigé d’avoir un rapport privilégié avec le futur président. Pour Obama, l’exigence était recevable. Et pour cause, puisqu’elle montrait bien que les choses étaient claires : le président sera le seul patron.

Afin que l’affaire soit conclue, c’est pourtant Bill Clinton qui dû faire de grosses concessions. La fondation charitable qu’il a créée après son départ de la Maison-Blanche devra devenir totalement transparente. Il devra communiquer désormais le nom de chacun des donateurs de sa fondation. Il devra faire valider au préalable chacun de ses discours et s’abstenir de toute allusion à la politique étrangère. Bill Clinton a tout accepté.

Et Hillary Clinton elle-même ? Après son échec aux primaires, l’ex-candidate se trouvait à la tête d’une armée de 18 millions d’électeurs. Rapidement, elle a pourtant montré des actes d’allégeance, multipliant les apparitions aux quatre coins du pays pour appeler ses troupes déçues à voter en faveur de son ancien rival. Aujourd’hui, accepter le Département d’Etat, le travail harassant et les voyages incessants qu’il nécessite, revient sans doute à renoncer une fois pour toutes à faire campagne à l’avenir pour la présidence. Si elle était dépitée, elle n’en a rien montré. S’adressant à Barack Obama, elle expliquait : « Je suis fière de vous rejoindre pour ce qui sera une difficile et excitante aventure dans ce nouveau siècle. »

Irak

La promesse
Un retrait des troupes américaines

Malgré la crise économique, la fin de la guerre en Irak et le retrait des troupes américaines restent l’une des principales raisons que mettent en avant les électeurs américains qui ont voté pour Obama. Avec l’aval âprement obtenu du Parlement irakien, Washington et Bagdad viennent de conclure un calendrier de retrait visant à évacuer les villes irakiennes d’ici à juin prochain et à quitter le pays avant le 1er janvier 2012. Ce plan suscite de fortes réticences en Irak, où certains considèrent le délai trop large, mais il semble désormais qu’il servira de cadre pour le déroulement du retrait américain. D’ici là, la question reste posée de la capacité des forces de sécurité irakiennes à prendre le relais pour faire face à des insurgés qui ont connu des pertes sévères, mais qui restent encore actifs dans une partie du pays. (L. L.)

Afghanistan

Le risque européen
Vers un envoi de renforts

À plusieurs reprises, Barack Obama a répété qu’il entendait accroître le nombre de soldats américains en Afghanistan afin de combattre les talibans et les membres d’Al-Qaïda actifs notamment à la frontière pakistanaise. Il n’est d’ailleurs pas exclu que l’envoi de ces renforts soit décidé avant même la prise de fonctions du nouveau président, le 20 janvier. Sur le modèle irakien, ces renforts pourraient nécessiter l’envoi de 30.000 soldats supplémentaires, amenant les Américains à doubler pratiquement leur présence. Pour l’instant, le maintien des troupes américaines en Irak rend difficilement concevable l’élargissement de ce nouveau front. C’est ici que risquent d’apparaître les premières fissures entre l’Europe et une administration Obama qui demandera à ses alliés de participer davantage à l’effort de guerre.

Proche-Orient

L’action délicate
Un retour du plan de paix saoudien ?

Depuis quelques jours, le Proche-Orient est parcouru de rumeurs insistantes : l’arrivée de la nouvelle administration serait perçue comme l’occasion rêvée de ressortir du placard le plan de paix formulé par les autorités saoudiennes et plus ou moins endossé par l’ensemble du monde arabe afin de mettre un terme global au différend israélo-arabe. Un plan qui, de plus, aurait le grand avantage d’isoler l’Iran chiite. Aux Etats-Unis, la pression monte sur Obama pour qu’il se saisisse rapidement du dossier et ne se contente pas du rôle de pompier joué par son prédécesseur à la Maison-Blanche. Cependant, Israël est entré dans une période électorale qui rend d’autant plus difficile une action américaine que le camp palestinien est aujourd’hui clairement scindé en deux, divisé entre le Hamas et le Fatah. (L. L.)

LEMA,LUIS,KUCZKIEWICZ,JUREK
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