Cinq cents soldats belges à Goma ?

R.D. Congo De Gucht : « Nous allons vers des événements graves au Kivu »

De Gucht le veut, l’armée le peut. Mais l’opération ne rentre pas dans le budget 2009 de De Crem. Alors quoi ?

Cent mille euros par tête par an », tel est selon le ministre de la Défense Pieter De Crem (CD&V) le coût de l’envoi de soldats belges dans une force européenne intérimaire au Congo. « L’armée belge peut envoyer de 400 à 500 soldats », note M. De Crem, pour une mission de soudure qui, selon son collègue des Affaires étrangères Karel de Gucht (Open VLD), devrait durer de quatre à six mois, jusqu’à ce que soit renforcée la Monuc, la force des Nations unies déployée à l’Est du Congo.

Dans un second temps, la Belgique pourra elle-même participer à ce renforcement de la Monuc avec un ou deux C-130 – « présomptueux ! », juge l’ancien ministre André Flahaut(PS) –, des hélicoptères et un appui accru à la formation militaire. Tels sont les repères livrés ce mercredi à la Chambre par les deux ministres devant les commissions conjointes Défense et Relations extérieures. Mais ce n’est encore qu’une hypothèse, « une phase intermédiaire : les choses ne sont pas encore claires », admet un Karel De Gucht pourtant optimiste.

Qui est partant ? Jusqu’ici, parmi les pays d’Europe, la Grande-Bretagne et l’Allemagne « ont eu des interventions très critiques ». En France étrangement, le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner « dit et continue à dire qu’il faut le faire, alors que son président y est opposé ». Mais Karel De Gucht estime avoir enregistré des réactions plutôt positives de « la Suède, l’Irlande, la Finlande, l’Espagne ».

Pour quoi faire ? La mission intérimaire se limiterait au Sud du Nord-Kivu (ce que regrette le CDH) et consiste, selon M. De Gucht, « à sécuriser Goma, les alentours de Goma, l’aéroport et les axes humanitaires ». Il faut ensuite « empêcher une percée du chef rebelle Nkunda sur Bukavu, ce qui donnerait une tout autre dimension à la crise ». L’ONU insiste sur l’importance d’une « force européenne pour arriver à une paix négociée », et Karel De Gucht dit « y croire ». À une condition : « Il faut que le but soit clair : ce n’est pas pour combattre Nkunda, ce n’est pas pour un règlement militaire de la situation à l’Est du Congo. Ce sera une mission humanitaire lourdement armée, pas une mission pour régler le conflit entre Kabila et Nkunda ». Ceci dit, « imposer la paix, cela veut aussi dire des opérations militaires. Je ne dis pas que c’est une opération sans risque ». Si le chef rebelle Nkunda n’est pas dans le collimateur d’une force européenne, il est bien dans celui de la Cour pénale internationale. Or, répète De Gucht, enfonçant la porte ouverte par Juliette Boulet (Écolo) : « Il faut des poursuites juridiques contre les criminels de guerre. Ceux qui disent ’non’ à la justice ont tort :

il faut mettre un prix sur le comportement des gens. »

Qui va payer ? Faites vos comptes : 450 hommes durant six mois représentent un coût de 22,5 millions d’euros. Une « broutille » en regard des 150 à 170 millions d’euros annuels investis au Congo au titre de l’aide au développement, mais une broutille pour laquelle le département de la Défense ne dispose pas du premier cent. Si l’armée dispose « en principe de tout le matériel requis pour répondre à cette demande, (…) cette force n’est pas prévue dans les opérations 2009, souligne De Crem, donc il faudra trouver des moyens budgétaires à libérer ». Sous-entendu : s’il y a unanimité politique, d’autres départements du gouvernement Leterme vont devoir raquer. En 2008, dans le budget des opérations de l’armée, l’effort interdépartemental était demeuré inférieur à 11 millions pour toute l’année. Sur ce projet, il devrait atteindre ce chiffre chaque trimestre.

Le renforcement de la Monuc, lui, ne pose pas de vrai problème budgétaire : tout sera financé par adaptations des plans de vol et entraînements existants, pour autant qu’il se confirme, comme tente de l’établir pour l’instant une mission de la Défense à New York, que le déploiement d’hélicoptères Agusta est adéquat.

C’est tout ? Alors que De Gucht continuera à enfoncer le clou au niveau européen, le débat belge ne fait que commencer. Les conclusions de la commission Rwanda ? « Il faut les garder à l’esprit, mais ce n’est pas l’évangile, je ne suis pas intéressé par les bibles », vanne De Gucht. Pas davantage pratiquant, André Flahaut met tout de même en garde contre la réédition des erreurs de 1993-94, période où « on n’avait pas assez tenu compte de ce que disaient les militaires ». Et pour contenter l’ONU tout en utilisant au mieux les ressources belges, il tire une première salve d’idées pragmatiques : d’abord se faire respecter de l’ONU (dont les requêtes sont à l’emporte-pièce) ; déplacer une compagnie de 250 soldats béninois – et leurs instructeurs belges – du Katanga vers le Kivu ; renforcer « par trois, par cinq ! » notre participation à l’Eusec – la Mission de conseil et d’assistance de l’Union ; augmenter le soutien belge à la troupe congolaise ; solliciter l’Eurocorps. Du grain à moudre.

LALLEMAND,ALAIN
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