Il y a 60 ans, la Déclaration universelle des droits de l’homme voyait le jour. Quel regard porte-t-on aujourd’hui sur ce texte-référence ? « On ne pourrait réécrire la déclaration »

Soixante ans de droits humains.

ENTRETIEN

Soixante ans déjà. Le 10 décembre 1948, au palais de Chaillot, à Paris, l’Assemblée générale des Nations unies adoptait un texte qui fait toujours sens : la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH). Des commémorations, surtout en France, ont lieu ce mercredi. Pour nous en parler, nous avons rencontré Philippe Hensmans, directeur d’Amnesty International pour la Belgique francophone.

S’il fallait réécrire cette déclaration, quels changements y figureraient ?

La Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH) reste une déclaration. On voudrait que ce texte soit effectif, appliqué, mais il n’est pas contraignant. Certains souhaiteraient tout y mettre. Moi, je fais partie de ceux, comme Ricardo Petrella, qui sont partisans de faire figurer le droit à l’eau, qui me semble tellement important. Mais faut-il « surcharger la barque » ? Faut-il, par exemple, introduire la défense particulière des genres et orientations sexuelles, des homosexuels, lesbiennes, transsexuels, etc. ? On risque d’ouvrir la boîte de Pandore et d’entraîner d’interminables discussions. Un diplomate belge m’a récemment dit qu’il pensait que s’il fallait réécrire la DUDH maintenant, on n’y arriverait pas, et je crois que c’est vrai. Par contre, je pense qu’on pourrait être plus précis dans certains domaines, comme par exemple dans le cas de l’intégrité physique des femmes et des fillettes.

Certains mettent en avant leurs traditions ou particularisme…

Si l’on prend en considération l’article 30, le plus important, car il précise qu’aucune disposition de la DUDH ne peut être interprétée pour se livrer à une activité visant à la destruction des droits et libertés qui y sont énoncées, eh ! bien cela permet de dégager la différence entre une tradition – prenons l’excision – et un droit. Là, la tradition entre en contradiction avec les articles 3 (droit à la vie, la liberté et à la sûreté) et 5 (interdiction de la torture, des traitements cruels, inhumains ou dégradants). Parmi les réticences, on trouve des oppositions pour des questions de vocabulaire. Car il y a eu recours abusif au vocabulaire propre aux droits de l’homme. Prenez le cas de George Bush, qui parlait de droits de l’homme en envahissant l’Irak ! Ou Ronald Reagan qui comparait les « contras » nicaraguayens aux fondateurs des Etats-Unis…

 Il faut se méfier, par ailleurs, de ceux qui parlent de « conception asiatique » des droits humains. Ou « islamique », etc. Ce peut être une manière de nier les droits en question. Ou une manière, pour un pouvoir autoritaire, de justifier ses actes.

 Certes, il existe parfois une volonté de mettre en avant des valeurs propres, comme pour le concept de « famille », quand les Africains nous reprochent d’abandonner nos vieux dans des mouroirs. Ces remarques peuvent se révéler valides, sauf si elles servent à nier l’individu au profit de la collectivité.

 Pour ce qui est des modifications souhaitables, on peut songer à introduire un article spécifique établissant l’abolition de la peine de mort. Pour l’instant, elle est déduite des articles 3 et 5. Il n’y a en revanche personne qui ose réclamer la suppression d’articles.

« On refuse de plus en plus la fatalité »

D’aucuns attaquent la Déclaration universelle pour son côté non contraignant…

Certes, cela a été attaqué. Mais il faut savoir que ce texte en a engendré d’autres. De nombreux textes réglementaires régionaux, nationaux et autres s’en sont inspirés. La convention contre la torture, par exemple. Ou comme le Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Un texte qui devient contraignant quand il est ratifié par un Etat car celui-ci doit l’intégrer dans sa législation nationale. C’est pourquoi, par exemple, la Chine ne l’a pas ratifié.

 Les revendications évoluent ?

Certains s’évertuent à chercher dans les textes fondamentaux religieux la « preuve » que les droits humains y étaient déjà inscrits. Mais c’est vain : on y trouve trop de choses contradictoires, et puis ces textes sont marqués par l’Histoire. La DUDH elle-même a été marquée par son époque : les choses ont évolué, le Mur est tombé, le réveil musulman a eu lieu, les « valeurs collectives » chinoises se sont affirmées. Il y a de nouveaux débats. La crise financière a exacerbé les inégalités, ce qui a mis en avant la revendication des droits économiques, sociaux et culturels. On refuse de plus en plus la fatalité, la pauvreté comme malédiction : les acteurs s’approprient des droits, comme ceux au logement, au travail, qui figurent dans la DUDH.

« On avance, malgré les échecs »

Vous travaillez depuis vingt ans dans le secteur, quel bilan en tirez-vous ?

Je n’aime pas l’expression verre à moitié vide ou à moitié plein. Mais on avance : les choses sont maintenant entendues. Mettre quelqu’un en prison pour ses idées entraîne la réprobation internationale. Je n’ai pas le sentiment que les défenseurs des droits humains sont des Don Quichotte. Les grosses avancées en Amérique du Sud en attestent, où la lutte contre l’impunité progresse. Le fait d’avoir vu l’ex-dictateur Pinochet coincé quelques jours en Grande-Bretagne représentait un événement ! Et on peut davantage y aller : il y a quelques jours à peine, dans l’est congolais, j’ai dit au chef rebelle Laurent Nkunda « mais vous allez aller en prison ». Bien sûr, il s’est défendu d’être responsable des crimes. On apprend même que Bush est en train de préparer sa propre immunité. Les procès « rwandais » en Belgique au nom de la compétence universelle ne sont pas négligeables non plus. Et on assiste aussi à un mouvement irréversible vers la fin de la peine de mort, il existe déjà un moratoire à l’ONU. Ce qui est aussi très visible, c’est le développement du réseau des défenseurs des droits humains à travers le monde. Eux-mêmes attaqués, ils sont devenus nos premiers « clients ». Mais grâce à eux, le combat se livre dans tous les pays, ce maillage mondial fait qu’on est au courant de beaucoup de choses, les Etats sont

plus exposés qu’avant. L’Union européenne agit dans ce sens : elle a pris une directive imposant à ses officiels d’évoquer la peine de mort s’ils rencontrent un officiel d’un pays où elle est encore pratiquée. Les ambassadeurs européens sont supposés soutenir les défenseurs des droits humains dans les pays où ils officient, etc.

Parmi les avancées, on citera encore le traité contre les bombes à sous-munitions, celui, bientôt lancé, sur les armes légères. Cela ne peut cacher les problèmes, les échecs. Comme le génocide rwandais. Ou des drames cachés, comme celui du Sri Lanka, dont personne ne parle. Il y a aussi des reculs. On l’a vu à Guantánamo. Le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, avait signé un mémo stipulant que la technique du « waterboarding » (simulation de noyade, NDLR) n’était pas de la torture.

« Un texte universel, court, mais fort »

éclairage

 En 1945, dans un monde hors de ses gonds, pantois après la découverte des camps d’extermination nazis, l’assourdissant silence des dieux face à l’innommable laissa l’homme seul face à lui-même.

 Il lui incomba – tâche incommensurable ! – de faire advenir un monde nouveau, une humanité nouvelle, et avec eux un nouvel humanisme. Ce monde nouveau réclamait une charte fondamentale appelée à suppléer des commandements religieux séculaires devenus inaudibles, une Déclaration universelle des droits de l’homme.

 Le physiologiste français Henri Laugier, secrétaire général adjoint des toutes jeunes Nations unies – crées en 1945, en remplacement de la défaillante Société des nations d’avant-guerre – prit ce chantier constitutionnel en charge. Il recruta dix-huit juristes internationaux, chargés de rédiger les articles de la future Déclaration. Il engagea également un jeune diplomate français de trente ans, Stéphane Hessel, résistant et miraculé de Buchenwald, témoin privilégié de ces travaux qui dureront trois ans.

 « J’assistai avec passion aux séances, à New York ou à Genève : il y avait l’Américaine Eleanor Roosevelt (veuve du président des États-Unis, NDLR), le Français René Cassin, le Libanais Charles Malik…, se souvient Hessel, interrogé par l’AFP. Tous s’efforçaient de rédiger un texte qui convienne au plus de nations possible. Il n’y eut pas de conflit mais beaucoup de débats. Presque chaque phrase a fait l’objet de discussions. »

Hessel se rappelle ainsi comment René Cassin, ministre de la France Libre à Londres et futur Prix Nobel de la Paix (1968), réussit à faire accepter le mot « universel » (article 2 alinéa 1) qui, soixante ans après, est toujours contesté par les tenants du relativisme des droits de l’homme. « Beaucoup se seraient contentés d’une “déclaration internationale”. Mais Cassin a dit : “Nous sommes à un moment dramatique de l’histoire, il y a eu Auschwitz, Hiroshima. Il faut que ce soit un texte universel, court, mais fort”. »

Le 10 décembre 1948, l’Assemblée générale des Nations unies, réunie au Palais de Chaillot, à Paris, adoptait la Déclaration universelle des droits de l’homme, par la résolution 217 A. Symboliquement, la veille, la même Assemblée avait approuvé la Convention et la prévention du crime de génocide.

 Aucun État n’osa se prononcer frontalement contre la Déclaration. Huit nations – sur 56 – se sont toutefois abstenues : l’Afrique du Sud, qui refusait l’affirmation au droit à l’égalité sans distinction de naissance ou de race, l’Arabie saoudite qui contestait l’égalité homme-femme, la Pologne, la Tchécoslovaquie, la Yougoslavie et l’Union soviétique, par opposition au principe fondamental d’universalité des droits de l’homme et enfin le Yémen et le Honduras, qui ne prirent pas part au vote.

 En cette année 1948, alors que le blocus de Berlin par les Soviétiques venait de faire basculer le « monde réel » dans la guerre froide, brisant le rêve d’un monde enfin réconcilié, l’idée d’« humanité » venait paradoxalement d’effectuer un bond formidable – le 12 janvier déjà, la Cour suprême des États-Unis avait proclamé Blancs et Noirs égaux devant l’enseignement.

 Ceux qui n’ont pas accès au mode contrefactuel de l’intelligence critique rétorqueront peut-être que personne n’a jamais vu que « les êtres humains naissent tous libres et égaux en dignité et en droits »… Faut-il évidemment distinguer le statut régulateur, la valeur normative et non pas descriptive d’un tel article – et de la Déclaration dans son ensemble. Une confusion grammaticale des modes largement répandue, qui n’est pas sans conséquences politiques, hélas !, en induisant une fragilité des fondements éthiques de la morale et du droit.

L’horizon moral de notre temps

Soixante ans. Les commémorations n’ont pas de sens si elles se réfugient dans la célébration du passé pour échapper aux responsabilités de l’actualité. Si la Déclaration universelle « reste l’horizon moral de notre temps », comme le proclame l’éminent juriste français Robert Badinter, c’est bien parce qu’elle n’est pas suffisamment respectée. Pourrait-on aujourd’hui faire adopter pareille Déclaration par l’Assemblée générale de l’ONU ? Beaucoup en doutent.

 Certes, des progrès immenses ont été réalisés depuis cette signature solennelle au Palais de Chaillot, à Paris, le 10 décembre 1948. Juridiquement, des dizaines d’instruments internationaux et de nouvelles institutions comme la Cour européenne des droits de l’homme ou la Cour pénale internationale, sont venus concrétiser les rêves des auteurs de la Déclaration. Politiquement, les droits de l’homme ont mobilisé des dizaines de millions de personnes au sein d’associations locales ou internationales et ils sont devenus un élément, réel ou rhétorique, de la diplomatie internationale. De Desmond Tutu à Aung San Suu Kyi, de Mgr Romero à Hu Jia, les héros de notre temps sont le plus souvent des défenseurs des droits de l’homme.

 L’histoire de la mise en œuvre de la Déclaration universelle, toutefois, n’a pas été un long fleuve tranquille. Elle a été manipulée et dévoyée par des idéologies borgnes et assassines pour qui il y avait de « bons » et de « mauvais » tortionnaires, de « bonnes » et de « mauvaises » victimes. Elle a été piétinée par des gouvernements. « Au Chili comme à Prague, toujours la même vague, chantait Serge Lama en 1978. Toujours les mêmes murs bouchant le même azur. Au nom de mots en “isme”, on torture et on tue, dans un même lyrisme auquel, hélas on s’habitue. »

Les progrès les plus emblématiques ont coexisté avec une persistance et parfois même une intensification des violations. Les acquis de 1948 ont été malmenés par de brusques retours en arrière. Ils ont été ravagés par des crimes que l’on avait promis de ne plus jamais tolérer : les génocides au Cambodge, en Bosnie, au Guatemala, au Rwanda, ont maculé le texte fondateur de 1948, compromis certains de ses signataires coupables par action ou par omission. La Déclaration est bafouée au sein même de l’institution des Nations unies chargée spécifiquement de la mettre en œuvre, le Conseil des droits de l’homme, pris en otage par la Sainte Alliance des dictateurs.

 Soixante ans après sa proclamation, la légitimité de la Déclaration reste contestée. Par les intégristes et certains tiers-mondistes, par l’extrême droite et l’extrême gauche. Le relativisme que l’on croyait terrassé renaît de ses cendres. « Il n’est pas nécessaire d’expliquer ce que signifient les droits de l’homme à une mère asiatique ou à un père africain dont le fils ou la fille a été torturé ou assassiné, répète Kofi Annan, ancien secrétaire général de l’ONU. Ils le savent malheureusement mieux que nous. » Hélas, les œillères des idéologies et des identités meurtrières égarent ceux qui accusent la Déclaration d’être « trop libérale » ou « trop occidentale ». « Spécificités sociales ici, spécificités culturelles là, tout est bon pour échapper aux droits de l’homme au nom d’un particularisme que l’on prétend respectable et intangible », écrivent Mario Bettati et Olivier Duhamel.

 Depuis les attentats du 11 septembre, l’attaque contre la Déclaration est menée, suprême paradoxe, au nom de la liberté, rappelant cette phrase d’un soldat américain lors de la guerre du Vietnam : « Nous avons dû détruire le village pour le sauver. » Les États-Unis se sont exemptés du droit international pour mener leur « guerre contre la terreur ». Ils ont gommé de leurs tablettes de la loi plusieurs articles de la Déclaration : sur la torture ou le droit à un procès équitable. Et ils ont été relayés, comme dans le dossier des vols secrets de la CIA, par des démocraties européennes empressées de ne pas leur déplaire.

 Le contexte dans lequel se célèbre ce 60e anniversaire impose d’actualiser l’universel. L’autoritarisme progresse, de la Chine à la Russie. Dans de nombreux États effondrés, les hors-la-loi font la loi. La crise économique exacerbe les injustices et la pauvreté. Partout, l’obscurantisme progresse. Des libertés essentielles, de conscience, de religion et d’expression, d’égalité homme-femme, sont contestées : brutalement dans des pays autoritaires où règnent des régimes intégristes ; de manière ambiguë dans des pays démocratiques où les remises en cause se camouflent parfois derrière le droit à la différence ou le respect de l’autre.

 Ces évolutions dessinent un nouvel ordre de marche au mouvement des droits de l’homme : défendre les droits essentiels, ne pas céder sur le droit des femmes ou la liberté de pensée, mais aussi s’avancer résolument sur de nouvelles routes émancipatrices. « La Déclaration universelle proclame avec force la dignité inhérente à tout être humain sur cette terre, écrit Robert Badinter. Comment concilier l’affirmation de cette dignité avec le constat déchirant qu’un milliard trois cents millions d’êtres humains tentent de survivre avec moins de un dollar par jour ? » La modernité impose elle aussi de nouveaux défis : la bioéthique, l’environnement, Internet. La ligne d’horizon est immense.

 Cette obstination à ouvrir constamment de nouveaux chantiers est l’une des forces vitales du combat pour les droits de l’homme. Se mobiliser contre le terrorisme sexuel qui dévaste la République démocratique du Congo, combattre l’homophobie, affirmer la responsabilité de protéger les populations en danger, c’est prendre le relais des auteurs de la Déclaration universelle et honorer leur œuvre.

 Les nuages s’accumulent sur le monde, mais le ciel n’est pas plombé. L’élection de Barack Obama annonce un changement d’atmosphère dans un pays, qui, sous George Bush, était devenu « un chauffard du droit international ». À Oslo, début décembre, une centaine de pays ont signé le traité sur l’interdiction des armes à sous-munitions. Radovan Karadzic, le Dracula serbe, est emprisonné à La Haye. La Cour pénale internationale pourrait bientôt inculper le président soudanais de génocide et de crimes contre l’humanité pour les violences au Darfour.

 Partout aussi, des millions de personnes se mobilisent inlassablement pour la dignité humaine. Le 10 décembre est d’abord la journée des militants des droits de l’homme. Si les États ont été les signataires de la Déclaration, ce sont les citoyens qui ont fait la différence. « La clé de l’efficacité de la Déclaration universelle, déclarait l’un de ses auteurs, le français René Cassin, se trouve dans une collaboration des États avec les Nations unies. Mais celle-ci est subordonnée, en définitive, a l’appui que chacun des hommes de la Terre, fût-ce le plus simple, voudra donner à ceux qui défendent ses droits. »

Si, 60 ans après la cérémonie solennelle du Palais de Chaillot, la Déclaration universelle des droits de l’homme n’est pas un « chiffon de papier », c’est grâce à ces « hommes et ces femmes de la Terre », et parmi eux, en première ligne, les 2 millions de membres d’Amnesty International, qui, chaque jour, ouvrent des espaces de liberté, redonnent espoir à des prisonniers, protègent des personnes menacées. C’est grâce à eux que la Déclaration continue d’offrir, comme l’écrivait René Cassin, « un code moral commun à chacun et à chacune des personnes qui composent la société humaine et qui veulent garder, avec leur individualité, leur indestructible vocation à la liberté. La flamme gardée par Prométhée constitue un symbole qui ne périra pas ».

Un combat de tous les instants
Commentaire

Soixante ans après l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme, la tentation se fait forte de dresser un bilan des plus pessimistes. Et pour cause.

 Pour ne retenir que les quinze dernières années et sans aucune ambition d’exhaustivité, les innombrables exactions qui émaillèrent les différents conflits dans l’ex-Yougoslavie, les abominations du génocide rwandais, les atrocités généralisées dans l’Est congolais et la persistance de régimes liberticides comme ceux de Corée du Nord, de Birmanie, du Z

imbabwe ou de Syrie donnent à l’énumération des droits humains un amer goût d’inanité.

 Alors, certes, progrès il y eut. Les sinistres dictatures d’Europe de l’Est et le goulag soviétique ont vécu. On parle des tyrannies d’Amérique du Sud au passé. L’apartheid sud-africain n’est plus aussi qu’un funeste souvenir. Et l’Europe naguère déchirée s’est unie dans un idéal de développement, mercantile mais fort pacifique.

 Mais comment se satisfaire de ces avancées ? Surtout quand, par ailleurs, les droits de l’homme, restent bafoués… Ainsi, malgré des progrès, la peine de mort demeure dans l’arsenal pénal de trop d’Etats. La Chine occupe la première place du triste palmarès avec 80 % des exécutions capitales de la planète. Mais que dire de pays, comme la majorité des Etats américains, qui se vantent de défendre les valeurs de la démocratie et où les exécutions restent monnaie courante ?

 Ces Etats-Unis ont réagi aux injustifiables actes terroristes de 2001 de la pire façon, raclant les libertés, embastillant et torturant des ennemis souvent mal identifiés et exportant d’improbables valeurs démocratiques par des missiles et des tanks, avec la complicité d’alliés européens.

 L’Europe devrait elle-même balayer devant sa porte les flétrissures de ses propres lâchetés. Une Europe qui tolère les sans-abri, pourchasse les sans-papiers. Qui traite sans états d’âme avec des régimes qui pratiquent la torture comme celui du Tunisien Ben Ali. Ou qui rehausse, ce lundi encore, le niveau de ses relations politiques avec Israël sans aucune considération pour les droits du peuple palestinien toujours occupé et colonisé…

 Les droits humains méritent mieux que des commémorations émues. Il s’agit d’un combat de tous les instants. Que tous, citoyens comme Etats, devraient mener, chacun à son niveau. En surmontant égoïsme, découragement ou paresse, qui érodent le plus souvent notre combativité.

LOOS,BAUDOUIN,BOURTON,WILLIAM,MARTHOZ

,JEAN-PAUL

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