« La clé, c’est communiquer avec l’autre »

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La visiteuse du Soir : Kim Gevaert
Jeune retraitée des pistes, la sprinteuse a toujours eu une conscience « citoyenne ».
Elle représente une certaine idée de la Belgique et se bat pour l’Afrique, sa nouvelle passion.
Christophe Berti et Philippe Vande Weyer

Depuis qu’elle a mis un terme à sa carrière, en septembre, lors du Mémorial Van Damme, Kim Gevaert est plus occupée que jamais ! Les entraînements de la meilleure sprinteuse européenne de ces dernières années ont fait place à un peu de vacances et beaucoup de représentation. Un véritable tourbillon pour cette ex-athlète, plus demandée que jamais !

Ce jeudi, elle était de passage au Soir pour commenter l’actualité. Une actualité qu’elle avait en partie créée peu de temps auparavant en acceptant, tout comme Justine Henin, d’être l’ambassadrice de la candidature belgo-hollandaise pour la Coupe du monde de football 2018.

« Même si j’adore les Diables rouges… et le club de Vilvorde quand mon copain y jouait, je dois bien avouer que je n’y connais pas grand-chose en football !, admet-elle. Si j’ai accepté de soutenir ce projet, c’est avant tout par amour pour le sport. Je pense que cela peut “booster“ le pays, inspirer les jeunes, mettre la Belgique sur la carte sportive. On peut réussir quelque chose de très beau. »


Yves Leterme aurait dû être présent aux côtés des deux sportives lors de l’annonce du prestigieux parrainage. L’actualité a évidemment détourné le Premier ministre de cette « récréation ». La crise économique n’a pas fini de faire des dégâts collatéraux…

« Je sais que je suis une privilégiée, admet-elle, quand on lui demande si elle a été touchée par l’effondrement des Bourses. Mais ce qui se passe m’inquiète et me touche beaucoup quand je vois ces usines qui ferment, ces gens qui perdent leur emploi… »


Kim Gevaert sait faire preuve d’empathie comme elle en a suscité lorsqu’elle se produisait sur les pistes, surtout avec les autres relayeuses du 4 x 100 m avec lesquelles elle a remporté, ces deux dernières années, une médaille de bronze aux championnats du monde et une médaille d’argent aux Jeux olympiques.

« Avec la situation du pays, on a senti que les gens étaient émus par ce que nous représentions – une équipe “mixte” – et ce que nous réalisions, reconnaît-elle. On a suscité de la fierté. »


Elle-même a toujours prêché d’exemple, parvenant à faire l’unanimité dans les deux parties du pays, principalement en s’exprimant invariablement tantôt en néerlandais, tantôt en français.

« Une grande partie des problèmes que l’on connaît chez nous serait résolue si chacun connaissait mieux la langue de l’autre. La clé, c’est communiquer avec l’autre, mais il faut que chacun fasse un geste, un effort, même avec des imperfections de langage. »


Mais elle est aux premières loges pour voir que chaque communauté connaît de moins en moins l’autre en Belgique.

« Mon copain est francophone. Au début de notre relation, il n’avait jamais entendu parler de Koen Wauters (NDLR : le chanteur du groupe Clouseau, l’un des plus populaires au nord du pays). Nous regardons tous les soirs le JT de la RTBF. Il m’arrive régulièrement de lui demander qui est qui lors de certaines séquences parce que ces personnes ne me sont pas familières. »


Se sent-elle attirée par la politique pour tenter de faire bouger les choses ? A-t-elle été approchée ?

« Plusieurs partis m’ont sollicitée, mais j’ai refusé. Je n’ai aucune ambition en la matière. Je préfère m’investir dans le social, “être Kim” »

« J’ai toujours été attirée par l’Afrique »
SOS VILLAGES D’ENFANTS

Il n’y a pas que le projet Belgique-Pays-Bas 2018 que Kim Gevaert soutient. Depuis plusieurs mois, elle s’est également radicalement engagée pour SOS Villages d’enfants, une association humanitaire qui tente de reconstruire le tissu familial d’orphelins ou d’enfants abandonnés, un peu partout dans le monde. Dans un premier temps, elle tentera surtout de lever des fonds.

Si elle a visité l’un de ces villages à Yantai, en Chine, juste avant les Jeux de Pékin, c’est surtout vers l’Afrique et plus précisément vers le Congo que vont ses préoccupations. Il faut dire qu’elle est affectivement liée à ce pays ; son copain, Djeke Mambo, ancien athlète lui aussi, est originaire de ce pays, où elle s’est rendue pour la première fois en septembre.

« J’ai toujours été attirée par l’Afrique… sans que je sache très bien pourquoi. Ma maman m’a ainsi expliqué qu’à 4 ans, je voulais une poupée noire ! Aujourd’hui, je suis l’actualité de très près. Avec SOS, nous avons le projet de construire l’un de ces villages à Kisangani, au cœur de l’une des régions les plus touchées par la guerre, explique-t-elle. Il s’agit d’un noyau d’une quinzaine de maisons, où les enfants sont recueillis par des “mamans”. On y adjoint aussi une école et un centre médical. Les familles qui vivent autour du village peuvent également profiter des infrastructures. »

L’annonce de la condamnation à perpétuité de l’ex-colonel Bagosora, l’un des « cerveaux » du génocide rwandais en 1994, l’émeut. Autant que la photo de la Belge Alice Smeets, qui a reçu le prix Unicef, même si elle a été prise à Haïti.

« Cela représente tout ce qui m’a marqué en Afrique, c’est-à-dire le respect que les gens y ont pour la vie même avec toute la misère qu’ils ont vécue. »

« Usain Bolt, champion de l’année ? Normal… »
L’ATHLétisme

En début de semaine, le Jamaïquain Usain Bolt a été désigné par le journal L’Équipe comme le « Champion des champions 2008 ». Un choix qui n’étonne pas Kim Gevaert.

« Ce qu’il a réalisé à Pékin est exceptionnel, explique-t-elle. Trois médailles d’or sur trois distances mythiques (NDLR : 100 m, 200 m, 4 x 100 m) avec trois records du monde à l’appui, c’est impressionnant. Evidemment, Michael Phelps a aussi été un sportif hors norme aux JO, mais le choix de Bolt s’explique sans doute parce que l’athlétisme est le sport olympique nº 1, celui qui marque le plus le grand public. »

Et si les performances de Bolt ont forcément créé le doute vu le côté « extraterrestre » du Jamaïquain, Kim Gevaert ne veut pas lui jeter la pierre. « Le dopage ? Je ne dis évidemment pas que ça n’existe pas, mais on ne peut pas non plus condamner chaque athlète qui réussit une grosse performance. Franchement, Bolt mérite au moins le bénéfice du doute. »

Un Bolt qui a aussi annoncé qu’en 2009, il s’attaquera au record du monde du 400, détenu par Michael Johnson depuis 1999 (43 sec.18).

« Le 400, c’est une épreuve tout à fait différente, précise Gevaert. A l’époque, on m’a poussé, moi aussi, vers cette distance. Mais cela ne m’intéressait pas beaucoup, car j’aimais surtout m’entraîner à la technique du départ. J’espère simplement pour Bolt que c’est lui qui veut aller vers le 400 m et qu’on ne l’y obligera pas. »

« Il n’y a pas assez de sport à l’école »
le sport belge

Les temps sont durs pour le sport féminin belge. En peu de temps, les quatre championnes les plus importantes de notre pays ont choisi la retraite anticipée (Clijsters, puis Henin, Gevaert et Hellebaut). Un carré d’as qui va forcément nous manquer.

« C’est un hasard malheureux, sourit Kim. Il faut respecter la décision de chacune des filles, même si j’aurais voulu aller voir, en spectatrice, Justine jouer ou Tia sauter. C’est une mauvaise passe, mais d’autres championnes arriveront, j’en suis sûre. Moi aussi, quand j’avais 20 ans, j’ai vu partir des vedettes comme Becue, Vandecaveye et Werbrouck. Ensuite, d’autres sont arrivées. Ce sont des vagues éternelles, avec des hauts et des bas. »

N’empêche, au-delà du constat chez les porte-drapeaux du sport belge, c’est toute la culture sportive dans notre pays qui est, pour l’instant, montrée du doigt.

« Personnellement, je me suis toujours sentie soutenue dans ma carrière, précise Gevaert. Mais il faut avouer, à ce niveau, qu’il y a une grande différence entre la Flandre et la Wallonie. J’ai sans doute eu la chance d’être Flamande pour bénéficier de bonnes infrastructures et d’un bon encadrement. Il suffit de dire qu’il n’y avait que deux filles francophones parmi toute la délégation d’athlétisme à Pékin pour s’en rendre compte. Et d’une manière plus générale, je vais dans des écoles en Flandre et en Wallonie et je constate une grande différence en termes d’infrastructures. »

Outre l’aspect communautaire, le « problème sportif » commence en fait à l’école.

« Il n’y a pas assez de sport à l’école, c’est connu. Ou alors, il n’est pas pris au sérieux. Je vois aussi beaucoup de jeunes de 17 ou 18 ans contraints d’arrêter le sport à cause de la pression des études. »

Kim Gevaert est née le 5 août 1978 à Louvain. Venue à l’athlétisme sur le tard, à 15 ans, à l’instigation de son frère aîné, elle révèle rapidement des aptitudes pour le sprint. Sous la houlette de son entraîneur Rudi Diels, elle perce définitivement en 2002, en devenant championne d’Europe en salle, sur 60 m, et double médaillée d’argent aux championnats d’Europe en plein air sur 100 et 200 m. Quatre ans plus tard, c’est deux fois l’or qu’elle décroche sur les mêmes distances. Elle connaît également le succès en équipe, à la tête du relais 4 x 100 m en terminant 3e aux Mondiaux 2007 et 2e aux JO 2008 avec Olivia Borlée, Hanna Mariën et Elodie Ouedraogo. Elle a mis un terme à sa carrière en septembre, un peu plus de deux mois avant Tia Hellebaut, l’autre vedette de l’athlétisme féminin belge.

© Pierre-Yves THIENPONT.

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