Un succès de dernière minute

 

 
 Diplomatie La Belgique boucle son mandat de deux ans à l’ONU

 Les forces ONU au Congo voient leur mandat renforcé : victoire pour les Belges, qui quittent le Conseil de sécurité.

 La salve tirée contre la Monuc au dernier sommet européen par le président en exercice de l’Union européenne, Nicolas Sarkozy, n’aura pas été fatale pour la Mission des Nations unies au Congo. Le Conseil de sécurité de l’ONU a, au contraire ce lundi, « clarifié » et prorogé d’un an la présence au Congo du plus important contingent de forces onusiennes de maintien de la paix déployé de par le monde. A Bruxelles, le 12 décembre, le président français avait carbonisé publiquement la Mission, estimant qu’elle souffrait « probablement » davantage d’un « problème d’organisation plutôt que de nombre », puisque sur ses 17.000 soldats, un effectif porté à 20.000 l’an prochain, il n’y en aurait « seulement 800 qui servent ! ». Malgré ce coup de sang « sarkozien », la résolution a été adoptée hier à l’unanimité – soutenue donc par la France…

 

  Le vote du Conseil de sécurité, au siège des Nations unies à New York, s’est déroulé en présence du ministre belge (démissionnaire…) des Affaires étrangères, Karel De Gucht. « La Monuc effectue un travail remarquable, dans des circonstances difficiles, très difficiles », a diplomatiquement observé le ministre. Il n’échappe par exemple à personne que le nombre de Casques bleus chargés de l’immense Congo équivaut à l’effectif de la force de l’Otan au Kosovo : un mouchoir de poche, réduit à la dimension de deux provinces belges… La Monuc concentrera désormais davantage de moyens au Kivu, en proie depuis août à de terribles violences. Les Casques bleus pourront agir contre les « groupes armés » sans attendre l’intervention de l’armée congolaise – et même intervenir contre des éléments de cette même armée qui s’attaqueraient aux civils.

  La Belgique a remporté un succès diplomatique hier, puisque le mandat renouvelé de la Monuc intègre plusieurs propositions formulées le mois dernier par le ministre De Gucht à New York. Le chef de la diplomatie belge avait aussi insisté sur l’importance des racines du conflit : le pillage des richesses naturelles. Cette préoccupation (lire ci-contre) se retrouve également dans le nouveau mandat de la Monuc.

  Avec ce vote, la Belgique achève un mandat de deux ans au Conseil de sécurité. Officiellement, cette tâche entamée début 2007 vient à échéance le 31 décembre. Mais, à moins d’une réunion d’urgence, la session de travail programmée sur la République démocratique du Congo était la dernière séance de 2008.

  Chaque année, l’Assemblée générale des Nations unies élit cinq nouveaux membres non permanents pour siéger deux ans au Conseil. Ces pays, choisis en fonction du sérieux de leur candidature et en respectant un équilibre géographique, remplacent cinq membres sortants qui ne sont pas immédiatement rééligibles. Le Conseil est composé de 15 représentants des 192 Etats membres de l’ONU : 10 membres pour deux ans et les 5 permanents dotés d’un droit de veto (Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Russie, Chine). Au Conseil, la Belgique ne fera qu’un retour à la marge, « officieux », au second semestre 2010, lorsque Bruxelles exprimera à New York les éventuelles positions de l’Union européenne à l’occasion de « sa » présidence tournante de l’UE.

  Au cours de ces deux années, « nous avons à chaque fois été consultés en première ligne par les membres permanents sur le Congo », indique-t-on de source diplomatique belge. C’est sur les dossiers qualifiés de « proximité », sur lesquels le pays dispose d’une expertise, comme le Congo ou le Liban où s’activent des démineurs belges, que la « petite Belgique » estime avoir pu apporter une contribution significative, « qualitative ». En deux ans, le pays se targue aussi d’avoir accru la visibilité de l’UE au Conseil, en renforçant la coordination entre la position de ses membres européens.

  La Belgique, pas plus que les autres membres du Conseil, n’a toutefois réussi à éviter la marginalisation de l’ONU dans les récentes crises, de l’indépendance unilatérale du Kosovo à la guerre en Géorgie – une marginalisation qui s’explique d’ailleurs, note-t-on à Bruxelles, par l’implication de l’un ou l’autre membre permanent dans la crise en question, « comme au Proche-Orient ou en Irak ». Pourtant, avec 110.000 Casques bleus déployés dans le monde, les forces de paix du Conseil de sécurité continuent à être très demandées, « même si certains contingents ne sont pas toujours prêts à assumer leur mandat. Si perte de crédibilité il y a, c’est plutôt en raison d’inactions », juge Bruxelles.

  Mais les Belges insistent surtout sur l’impérative nécessité d’un processus politique pour accompagner les opérations militaires. Voilà pourquoi la Belgique a « des doutes » sur la résolution portant sur la Somalie adoptée la semaine passée après un forcing des Etats-Unis. Washington est de longue date favorable à une intervention internationale en Somalie. Le nouveau texte permettra d’intervenir au sol contre les « pirates », voire de « prévenir des attaques ». Sans perspective claire de règlement politique, « c’est un chèque en blanc », s’inquiètent les Belges. Des préoccupations qu’ils devront, désormais, exprimer à l’extérieur de l’enceinte du Conseil de sécurité.

 Laurent Nkunda en « pilotage automatique » ?

 Deux des points adoptés au Conseil de Sécurité vont peut-être faire évoluer la situation au Congo : la priorité absolue donnée à la crise du Kivu avec, en particulier, la protection des civils, et le renforcement de la lutte contre l’exploitation illégale des ressources naturelles. Cette détermination accrue de la communauté internationale pourrait peser sur les pourparlers de Nairobi, engagés entre des représentants du gouvernement congolais et des émissaires du CNDP (Congrès national pour la défense du peuple), le mouvement de Laurent Nkunda. Alors que la reprise des négociations est prévue pour le 7 janvier à Nairobi, sur le terrain, la situation est toujours bloquée.

  En effet, à l’issue de négociations qui s’étaient tenues sous l’égide de l’ONU et de l’Union africaine, la délégation gouvernementale a signé un accord censé promouvoir le dialogue et créer un climat de confiance, mais les représentants de la rébellion ont refusé de signer ce texte, avançant que l’armée aurait repris le contrôle des positions dont les rebelles s’étaient retirés. Une accusation démentie par Kinshasa et que des observateurs indépendants n’ont pas corroborée sur le terrain.

  Suivant un expert occidental présent à Nairobi, « Nkunda serait en pilotage automatique » et d’après un autre observateur « soit il chercherait à gagner du temps, soit il préparerait de nouvelles opérations militaires. »

  En réalité, même si le dernier rapport de l’ONU a démontré à quel point Nkunda était soutenu par les hommes d’affaires de Goma enrichis par la commercialisation des ressources minières, les clés du conflit ne se trouvent pas uniquement en territoire congolais : le Rwanda, dont les liens avec la rébellion sont désormais démontrés, est soumis à une forte pression internationale et deux pays amis, les Pays-Bas et la Suède, ont suspendu leur coopération avec Kigali en guise de rétorsion.

  De plus, les relations directes s’améliorent entre le Rwanda et le Congo : les deux pays ont adopté le 5 décembre un plan militaire prévoyant une lutte conjointe contre les miliciens hutus des FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda). Si ce plan était effectivement appliqué, il priverait Nkunda de son alibi majeur, la défense des Tutsis congolais et la lutte contre les Interhahamwe. Cette dynamique risque aussi d’isoler Nkunda sur le plan régional, d’autant plus que les chefs d’Etat africains représentés à Nairobi ont exprimé leur opposition à la balkanisation du Congo.

 BRAECKMAN,COLETTE,REGNIER,PHILIPPE
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