Van Rompuy a fini par dire oui

Politique Dehaene recalé, c’était la seule issue possible pour le CD&V

Désigné formateur, il devrait devenir Premier ministre avant la fin de l’année encore.

Il l’a dit, redit et répété : pas question d’endosser le costume de Premier ministre. Pourtant, ce matin, c’est plus que jamais cet habit-là qui trône dans sa garde-robe. Dimanche, sur le coup de 19 h, Herman Van Rompuy a en effet quitté le Palais royal, une mission en poche : former un gouvernement. Alors bien sûr, tout formateur ne devient pas Premier ministre, la preuve par… Jean-Luc Dehaene (qui avait formé le dernier gouvernement Martens). Reste que, dans la crise actuelle, alors qu’il est par ailleurs le seul nom à faire l’unanimité au sein de la majorité pour succéder à Yves Leterme, on voit mal comment Herman Van Rompuy pourrait ne pas être le futur Premier ministre…

Tout pourrait d’ailleurs aller très vite : le formateur a, semble-t-il, la tâche facile. Vendredi, en effet, Wilfried Martens a défriché le terrain, engrangeant plusieurs accords. Ainsi les cinq partis de la majorité ont-ils convenu de relancer un gouvernement dont la composition et le programme seront les mêmes que ceux de l’équipe démissionnaire. Jusqu’en 2011. Voilà qui, théoriquement, simplifie grandement la tâche du formateur, qui ne part pas, loin de là, d’une feuille blanche.

Quelques petits détails à régler, malgré tout, à commencer par la désignation d’un nouveau ministre de la Justice. Là, la balle est de nouveau dans le camp du CD&V, qui semble hésiter entre Tony Van Parys et Stefaan De Clerck. Moins simple, ensuite : mettre sur pied la commission d’enquête sur l’affaire Fortis. Une formalité parlementaire, sauf qu’il faut définir le champ d’investigation et là, les partis de la majorité sont divisés. Les uns (majoritaires) veulent se concentrer sur les soupçons de non-respect de la séparation des pouvoirs. D’autres (en particulier le PS) souhaitent un mandat plus large, couvrant toute la gestion de la crise, ce qui ne sied guère au MR, peu désireux de voir le ministre des Finances sur la sellette.

Dernière question à résoudre : qui va reprendre le perchoir de la Chambre abandonné par Herman Van Rompuy ? Si le poste reste dans l’escarcelle du CD&V, on murmure que Stefaan De Clerck pourrait être l’heureux élu. Reste que l’Open VLD a laissé entendre, ces derniers jours, qu’il se verrait bien récupérer le mandat, peut-être pour Herman De Croo ? Une hypothèse qui ne convainc pas tout le monde dans la majorité, surtout pas au CD&V… Il faudra donc mettre les deux frères ennemis flamands d’accord là-dessus (aussi).

Rien d’insurmontable, a priori, pour un homme dont les qualités de négociateur ont plus d’une fois été louées par ses partenaires. Aussi devrait-il pouvoir rapidement faire rapport au Roi et se voir alors désigner Premier ministre. Avant la fin de l’année, selon certaines sources au sein de la majorité. Une désignation qui devra être confirmée par un vote de confiance au Parlement, lequel pourrait intervenir fin de la semaine ou début de la suivante.

Voilà pour le scénario le plus probable. Rien n’interdit, bien sûr, d’imaginer qu’Herman Van Rompuy prépare le terrain pour un autre Premier ministre CD&V… Seul hic : Jean-Luc Dehaene, proposé samedi par Wilfried Martens, a essuyé un veto des libéraux du Nord et du Sud. Or, au CD&V, on n’a pas d’autre nom à proposer : la présidente Marianne Thyssen et la ministre Inge Vervotte manquent d’expérience pour la fonction. Et l’on voit mal les sociaux-chrétiens flamands passer la main, à six mois d’un scrutin régional, aux libéraux, qui se feraient un plaisir de replacer Guy Verhofstadt au devant de la scène. Ce sont d’ailleurs toutes ces raisons qui ont vraisemblablement conduit Herman Van Rompuy à dire oui… Le sens de l’intérêt général (éviter au pays une nouvelle crise) et de celui de son parti, conjugué aux pressions de ses coreligionnaires voire de certains membres de la majorité, a vaincu ses réticences à accepter ce qui reste un cadeau empoisonné… Car il faudra bien du talent pour ramener le gouvernement déchiré entre Nord et Sud, gauche et droite, sur la voie de la confiance de la cohésion… Dimanche soir, en tout cas, les cinq partis de la majorité se sont, en chœur, félicités du choix de Herman Van Rompuy…

Il sera (sans doute) ce « numéro un » qu’il ne voulait pas être

Il arrive que l’on puisse se fier aux apparences. Herman Van Rompuy a celles d’un homme sévère et froid. Et c’est un homme sévère et froid. Son humour est à l’avenant – drôle mais dévastateur. Ce monsieur, pour tout dire, est assez conforme à son aspect.

Sera-t-il Premier ministre ?

Sans doute – la mission de formateur conduit généralement au « 16 ». Et ce sera contre son gré. A 61 ans, Van Rompuy, président de la Chambre depuis l’été 2007, se verrait ainsi chargé d’un rôle dont il ne voulait pas et dont il n’a jamais voulu. « Je n’ai pas peur des responsabilités, déclarait-il au Soir, en janvier 2008. Je l’ai prouvé. Mais je n’ai pas envie d’être numéro un. »

Il est né le 31 octobre 1947 à Etterbeek. Etudiant à l’Université catholique de Louvain, il s’y fait diplômer deux fois – en philosophie thomiste et en sciences économiques. En 1972, il entre aux services d’études de la Banque nationale où il restera trois ans. Militant CVP dès 16 ans, il devient vice-président des jeunes du parti en 1973. En 1975, il entre au cabinet du Premier ministre Léo Tindemans avant de rallier celui de Gaston Geens. De 1980 à 1988, il dirige le Cepess, le centre d’études du CVP-PSC. Il préside le CVP de 1988 jusqu’en 1993. Il devient alors ministre du Budget (dans le gouvernement Dehaene I), poste qu’il occupera jusqu’à la fin de Dehaene II en 1999.

Dans ces deux gouvernements, il fera de la réduction de la dette son obsession. Ingrate, l’opération contribuera à l’affaiblissement électoral du CVP (défait en 1999) et dégagera des marges de manœuvre dont profitera… Verhofstadt Ier – ce que Van Rompuy trouvera… « énervant » (« Frustrant est un mot trop fort pour mon caractère », dira-t-il).

Le CVP est éjecté dans l’opposition en 1999 (il y restera 8 ans). Alors député, Van Rompuy se fait oublier, répugnant à interpeller ou interroger les ministres – « Je suis trop fier pour ça ! ».

Il vit à Rhode-Saint-Genèse (périphérie bruxelloise). Il est le père de quatre enfants. Catholique « pratiquant » (« et fier de l’être », dit-il), il est situé au centre-droit. Grand lecteur, c’est un francophile (il se dit singulièrement amateur d’Albert Camus).

Discret, et n’aimant les médias que quand ils campent à distance, Van Rompuy n’est pas un démagogue – il fustige volontiers les « farceurs, charlatans et bandits qui désorientent l’opinion publique en vendant du vent ».

Plutôt raide sur le plan communautaire (même s’il est moins bruyant sur ce terrain que son frère Eric), il plaide notamment pour la suppression des facilités. Pour autant, et comme ses compagnons de route (Martens et Dehaene), Van Rompuy est un fédéraliste. Il ne croit d’ailleurs pas à l’éclatement du pays (« Je ne m’inquiète pas : la Belgique est coriace », dira-t-il en 1998).

On le dit, en négociation, « malin et coriace », mais il lui manque cette chaleur qui peut huiler les accords et qui fait la force des Dehaene ou Verhofstadt.

Le Palais fera appel à lui une première fois en août 2007. Leterme est enlisé. Le Roi nomme alors Van Rompuy explorateur. En novembre 2007, Albert le charge, lui et Armand De Decker, de pacifier le sérail après le vote (flamand) en commission du texte scindant BHV. Dans les deux cas, ce sera l’échec – échec que Van Rompuy expliquera notamment par le fait que la nouvelle génération d’hommes politiques flamands ne connaissent pas leurs voisins francophones. « L’Etat fédéral tient à 6 ou 7 responsables politiques qui se comprennent encore », disait-il au Soir, en janvier 1997. Et il est l’un d’eux, incontestablement. Mais, exactement comme Martens et Dehaene, il appartient à une génération politique en voie d’effacement, déconnectée de ceux qui « font » la politique aujourd’hui.

Le voilà formateur. Et probablement bientôt Premier ministre. Il avait failli l’être en 1994 quand Dehaene visait la présidence de la Commission européenne. « Le danger (sic) était imminent que je sois Premier ministre, racontera-t-il en janvier 2008 à notre journal. Je sentais que je n’étais pas mûr pour cette tâche. Mais c’était plus profond que ça : je n’aime pas ce mode de vie, chaotique, avec une très haute responsabilité. » A la VRT, voici quelques jours, Van Rompuy redira tout son désintérêt pour la fonction. La pression aura été plus forte que ses préventions. Mais nous aurons été prévenus : si Van Rompuy entre au « 16 », ce sera à reculons.

PIERRE BOUILLON

LAMQUIN,VERONIQUE

LES PORTFOLIOS : Le gouvernement et Herman Van Rompuy nommé formateur

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