Israël accentue la pression

L’armée israélienne a poursuivi les raids aériens, et s’apprêtait, lundi, à lancer des opérations terrestres sur Gaza.

ASHKELON

DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL

Trois jours après le déclenchement de l’opération « Plomb durci », le Hamas semble récupérer une partie de ses moyens. Sa branche armée a en tout cas multiplié lundi les tirs de roquettes à longue portée « Grad » sur les villes israéliennes d’Ashkelon et de Netivot, ainsi que des traditionnels « Kassam » sur Sderot. Cette fois, des immeubles, un centre culturel et même la centrale électrique d’Ashkelon, la plus importante de l’Etat hébreu, ont été touchés. Un ouvrier travaillant sur un chantier a été tué et vingt de ses collègues ont été blessés.

A Ashkelon, à Sderot, ainsi que dans les kibboutz les plus exposés aux tirs, des dizaines d’habitants ont commencé à migrer vers l’intérieur du pays. Des centaines d’enfants ont été emmenés en autocar vers des zones plus calmes et pour une période indéterminée.

Ce phénomène devrait se poursuivre, voire amplifier dans les prochains jours, puisque l’état-major israélien reconnaît que le Hamas « dispose encore de 50 % de ses capacités de tir » et que la défense passive de l’Etat hébreu multiplie les communiqués alarmants.

Au cours d’une séance spéciale de la Knesset, le parlement israélien, le ministre de la Défense Ehoud Barak a en tout cas confirmé que l’offensive militaire « n’en est qu’à son début ». Avant d’être expulsés de l’hémicycle, les dix députés arabes israéliens l’ont cependant accusé de « massacrer des Palestiniens dans le cadre de sa campagne électorale ». « Vous dansez sur le sang des Palestiniens innocents et vous me répugnez », a notamment hurlé le député Ahmed Tibi. Mais à l’exception de ces dix élus, tous les partis de l’opposition ont apporté leur soutien au gouvernement et l’ont autorisé à poursuivre « Plomb durci ».

Après avoir proclamé l’état d’urgence, Ehoud Olmert et ses ministres ont pris une série d’ordonnances relatives au fonctionnement des services publics en temps de guerre. Un signe que les autorités s’attendent à ce que cette guerre qui ne dit pas son nom traîne en longueur. L’état-major a proclamé les environs de la bande de Gaza « zone militaire fermée ». A l’exception des personnes accréditées, plus personne ne peut donc y pénétrer. De l’avis des chroniqueurs israéliens, cette mesure signifierait qu’après avoir déployé des dizaines de chars et de véhicules blindés dans cette zone, l’armée peaufinerait son dispositif en vue d’une offensive terrestre. Pour conforter cette impression, Dan Harel, le vice-chef de l’état-major de l’armée a déclaré au cours d’une tournée des troupes que « le pire est encore à venir ».

A tort ou à raison, les experts estiment que l’armée ne procédera pas à une reconquête complète du territoire palestinien « parce qu’elle ne saurait quoi en faire ». En revanche, ils parient sur la multiplication d’opérations coup-de-poing lancées au nord, au centre, et au sud de la bande de Gaza, dans le but d’affaiblir la branche armée du Hamas et de l’empêcher de se réorganiser.

« Cela ne va plus traîner et cela se fera de manière massive afin de bien impressionner le Hamas, affirmait Rony Daniel, un commentateur militaire ayant ses entrées à l’état-major. Cette fois, ce ne sera pas comme durant la guerre du Liban : tout a été planifié dans les moindres détails. Désormais, c’est à Olmert et à Barak de donner le feu vert. »

En attendant, les chasseurs bombardiers F-16 et les hélicoptères « Cobra » de l’Etat hébreu, mais également des vedettes croisant au large de Gaza-City, multiplient les frappes sur les objectifs considérés comme « stratégiques ». Outre sur le ministère gazaoui de l’Intérieur et la maison jouxtant, des frappes ont également eu lieu à Rafah et à Khan Younes où une mosquée a été touchée. A Beit Hanoun, c’est une maison privée qui a été pulvérisée avec tous les civils qui se trouvaient à l’intérieur. Au moins 17 personnes – dont le plus haut responsable de la branche armée du Djihad islamique – ont été tuées durant ces bombardements. « L’état-major dispose d’une longue liste de cibles potentielles établie grâce à l’Aman (les Renseignements militaires) et au Shabak (la Sûreté générale). Cette liste est modifiée de jour en jour, voire d’heure en heure, expliquait hier lundi le chroniqueur militaire israélien Alon Ben David. Pour le moment, elle est loin d’être épuisée puisqu’elle compte des milliers d’objectifs potentiels auxquels s’ajoutent les fiches de cadres du Hamas et de toutes les organisations sous surveillance. »

Pour sa part, interviewé par la radio publique, le vice-ministre israélien de la Défense Matan Vilnaï a confirmé que les « liquidations » de dirigeants du Hamas et du Djihad islamique restent à l’ordre du jour. « Elles n’ont pas eu lieu parce que le moment n’est pas encore arrivé », a-t-il précisé.

Au Liban, le Hezbollah soutient l’appel à une troisième intifada

BEYROUTH

DE NOTRE CORRESPONDANT

L’objectif à Gaza est d’anéantir ce qui reste de la résistance du peuple palestinien. Je soutiens donc l’appel à une 3e intifada ! » Hier après-midi, Hassan Nasrallah, le leader du mouvement Hezbollah, n’a pas eu à forcer son talent de tribun pour mobiliser les foules lors d’un second discours sur écran géant en moins de 24 heures. Dimanche soir, il avait appelé à une grande manifestation dans la banlieue sud de la capitale libanaise, en soutien aux Palestiniens. Les milliers de sympathisants ont répondu présent malgré une météo plombée. « Tenez-vous prêts à répondre à n’importe quel ordre pour soutenir nos frères à Gaza ! », a lancé le leader chiite en guise de conclusion, sous un tonnerre d’applaudissements.

Le Liban vit depuis samedi à l’heure des nouvelles venues de la bande de Gaza. Plusieurs manifestations ont eu lieu à Beyrouth mais aussi dans les camps de réfugiés palestiniens et dans certains fiefs du Hezbollah comme le Sud-Liban et la plaine de la Bekaa. Par la voix de son chef, le Parti de Dieu rejette toute neutralité face au siège de Gaza, et appelle les peuples arabes à se soulever contre leurs dirigeants jugés trop tièdes – voire complices –, avec en ligne de mire l’Egypte, la Jordanie et les monarchies pétrolières.

Ce soutien sans faille du Hezbollah libanais au Hamas palestinien – l’un chiite et l’autre sunnite – s’explique par une lutte idéologique commune contre Israël et les Etats-Unis, mais aussi par leurs liens logistiques et financiers.

A Beyrouth, les deux discours étaient très attendus, de part et d’autre de l’échiquier politique interne. Le leader chiite – qui mène l’opposition parlementaire – a demandé au président Michel Sleimane de jouer pleinement son rôle au sein de la Ligue arabe afin de trouver une solution rapide en faveur des Palestiniens.

Côté majorité, les positions sont plus prudentes. Samir Geagea, le chef des Forces libanaises, craint que « le Liban ne se laisse entraîner dans une autre tragédie », faisant référence au scénario de juin-juillet 2006 durant lequel Israël avait mené l’opération « Pluie d’été » à Gaza avant de se lancer dans un conflit contre le parti chiite libanais. Dans la foulée, Antoine Zahra, un député du bloc des FL, a accusé le Hezbollah de faire passer ses alliances régionales avant l’intérêt national.

Entretemps, la tension est montée d’un cran au Sud-Liban, principal théâtre du conflit de juillet 2006. L’armée libanaise est en état d’alerte tandis que les Casques bleus de la Finul (dont des Belges) ont reçu l’ordre de redoubler de vigilance. Lundi, l’aviation israélienne a poursuivi ses vols à basse altitude au-dessus de la région frontalière, procédant même à des raids fictifs, selon l’armée libanaise. Nasrallah a prévenu que toute opération terrestre israélienne se solderait par un échec, comme lors de la « victoire divine » du Hezbollah en 2006. Les Libanais, eux, veulent laisser passer l’orage, comme Adla, une Beyrouthine de 49 ans, qui lâche : « La guerre, plus on en parle, moins on la fait… »

Condoleezza Rice accrochée à son téléphone

Condoleezza Rice accrochée à son téléphone

La secrétaire d’Etat américaine « sortante », Condoleezza Rice, a discuté par téléphone avec nombre de responsables politiques pour tenter de rétablir un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, a annoncé lundi le département d’Etat. Pour prêcher la trêve, la chef de la diplomatie américaine a parlé au secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, au Premier ministre israélien Ehud Olmert, au Premier ministre libanais Fouad Siniora, au haut représentant de l’Union européenne pour la politique étrangère Javier Solana, ainsi qu’à ses homologues français, britannique, canadien, égyptien, saoudien, turc et israélien. (afp)

L’Egypte permet à l’aide médicale de passer

Des blessés palestiniens ont

pu emprunter lundi le terminal de Rafah, rouvert par l’Egypte. Une trentaine de blessés palestiniens, dont certains se trouvaient dans un état grave, sont arrivés dans la partie égyptienne de la ville-frontière. Et des camions égyptiens chargés de médicaments ont pu pénétrer en début d’après-midi dans la zone-tampon du terminal pour

permettre le transbordement de leur cargaison dans des véhicules palestiniens. (afp)

Mais que fait Super-Sarko ? Il attend… Obama !

Cet été, au bruit de la canonnade, Nicolas Sarkozy avait pris José Manuel Barroso par la main et sauté dans son Airbus présidentiel pour aller prêcher la trêve entre Moscou et Tbilissi. Quel contraste ! Gaza à feu et à sang ? Le président en exercice de l’Union européenne et le président de la Commission sont presque aux abonnés absents. L’UE « condamne les bombardements israéliens, ainsi que les tirs de roquettes en provenance de Gaza ». Elle « demande leur arrêt immédiat ». Et elle « condamne l’usage disproportionné de la force ».

C’est peu de chose. Les Israéliens ne s’y sont pas trompés. Un responsable gouvernemental à Jérusalem a d’ailleurs relevé dans un entretien avec nos confrères de l’Agence France-Presse que « le ton des critiques est modéré, tempéré, plus équilibré, en tout cas de la part des pays qui comptent ».

Les Européens ne sont pas tous sur la même longueur d’onde par rapport au problème israélo-arabe. Leurs divisions – que l’on pourra à nouveau constater ce mardi lors de la réunion convoquée à Paris de leurs ministres des Affaires étrangères – contribuent à l’actuelle passivité de l’UE. Mais c’est l’infinie complexité de ce dossier très « délicat » qui tétanise – et paralyse.

Ce statu quo fait cependant l’affaire de l’Etat hébreu. « Quand Israël s’est retiré unilatéralement de Gaza – ce que nous n’aurions jamais dû accepter –, nous disait lundi l’Autrichien Hannes Swoboda, l’un des hommes forts du groupe socialiste du Parlement européen, Ehud Olmert, qui était alors vice-Premier ministre d’Ariel Sharon, avait affirmé devant moi que l’Europe ne devait pas s’en mêler. Le pire s’est produit, mais sa position par rapport à l’Europe, qui est partagée par la plupart des Israéliens, reste la même. »

« Terroristes putschistes »

En décidant, au début de ce mois, de « rehausser » ses relations avec Israël, l’UE a accentué cette impression de parti pris. « Personne en Europe ne veut remettre en cause les relations avec Israël, nous déclarait hier un haut diplomate européen proche du dossier, même si nous sommes très critiques sur les implantations ou sur le Mur, et même si Israël est aussi en partie responsable de ce qui arrive. Si on a voulu “rehausser” ces relations, c’est pour se donner davantage de moyens de pression sur Israël, pour qu’Israël intensifie le dialogue avec les Palestiniens – mais pas avec le Hamas, envers lequel l’Europe n’a aucune sympathie. Gaza, pour beaucoup, c’est un nid de terroristes putschistes ! »

Et il ajoutait : « C’est extrêmement malheureux pour les civils ce qui se passe à Gaza. Mais que faire ? On lève les yeux au ciel : on s’y attendait et c’est arrivé. Le cauchemar, ce serait que le Hezbollah ouvre un second front. »

La patate chaude est donc renvoyée à… Barack Obama. Bernard Kouchner, le ministre français des Affaires étrangères, l’a dit sans détour : les Vingt-Sept sont « déterminés à peser de tout leur poids sur ce dossier et à plaider auprès de Barack Obama pour que cette région du monde soit une des priorités des premiers mois de son mandat ».

Reste que la radicalisation gagne du terrain. « Barack Obama doit mettre en œuvre une stratégie à long terme dans toute la région, poursuivait l’eurodéputé Hannes Swoboda. Hillary Clinton, avec Bill Clinton comme conseiller, peut être efficace. Cela dit, seule une attitude commune des Etats-Unis et de l’Europe peut apporter des progrès. Mais si Benyamin Netanyahu remporte les élections de février, ce sera terrible… »

HURY,DAVID,LABAKI,MAROUN,DUMONT,SERGE,AFP

LE PORTFOLIO : La bande de Gaza bombardée

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