Dix ans et tout d’une grande

Finances L’euro avait été lancé sur les marchés en 1999

La monnaie unique est née le premier janvier 1999. Avec, à la clé, de nombreux avantages pour la Belgique.

entretien

Dix ans après la création de la monnaie unique, rares sont ceux qui en tirent un bilan négatif. D’ailleurs, cinq Etats membres de l’Union européenne se sont depuis joints aux onze « fondateurs ». Quels ont été les effets du remplacement du franc belge par l’euro ? Nous avons posé la question à Julien Manceaux, économiste au service d’études d’ING Belgique.

« On peut examiner cette question à plusieurs niveaux. A commencer par celui de la dette publique. En adoptant l’euro, la Belgique a adhéré à l’Union économique monétaire et au Pacte de stabilité, qui contraignait à limiter nos déficits. Si nous avons pu revenir à l’équilibre budgétaire et à la réduction de la dette à 87,5 % du PIB, c’est parce qu’en se finançant en euros, l’Etat belge a pu bénéficier des taux bas pratiqués en Allemagne. On peut évaluer l’économie ainsi réalisée par l’Etat, entre 1999 et 2008, à un plus de 14 milliards d’euros, soit 1.345 euros par habitant. Et il ne faut pas s’en cacher : le franc belge n’aurait pas résisté à la double crise, politique et financière, que notre pays a connue ces dernières semaines. »

L’euro est devenu la devise internationale la plus forte. Cette vertu n’a-t-elle pas pesé sur nos exportations ?

Deux éléments de réponse. Tout d’abord, grâce à un euro solide, notre pays, qui est un gros importateur, a pu amortir les chocs que représentent les hausses répétées des prix des matières premières, dont les cours sont libellés en dollars. D’autre part, il ne faut pas perdre de vue que nos exportations se font très majoritairement vers les pays de l’Union européenne (et en particulier l’Allemagne, la France et les Pays-Bas), qui sont aussi membres de la zone euro. Pour nos exportateurs, la substitution de l’euro au franc belge a permis de ne plus avoir à supporter les frais de change et surtout les écueils que représentaient, on l’a un peu oublié, les dévaluations compétitives de certains de nos partenaires. Grâce à cette stabilité des taux de change, nos industries exportatrices se sont développées plus vite que le PIB au cours des dix dernières années.

Les consommateurs ont un sentiment un peu plus mitigé vis-à-vis de l’euro, auquel ils reprochent d’avoir suscité une hausse des prix.

L’euro a en effet eu un effet inattendu sur la perception de l’inflation par les citoyens, quels que soient les couches sociales ou les produits achetés. Selon un sondage Gallup de 2006, 88 % des Belges (et 93 % des Européens) considèrent que l’euro a contribué à la hausse des prix au cours des cinq années précédentes. Plusieurs recherches, dont celles de la BNB, ont tenté de trouver une explication. Il s’avère finalement que la réaction est surtout d’ordre psychologique. En Belgique, contrairement à d’autres pays comme l’Italie ou l’Espagne, l’euro n’a pas ouvert une brèche. Au contraire, pendant dix ans, l’inflation n’a pas dépassé 2 % en moyenne annuelle. Et aucun touriste ne regrette l’époque où il fallait changer de devise à chaque passage de frontière.

La Slovaquie choisit l’euro

La Slovaquie devient ce 1er janvier le premier pays issu de l’ancien bloc prosoviétique d’Europe de l’Est à rejoindre le club de l’euro, qui comptera désormais 16 pays avec 323 millions d’habitants. Intégrée à l’Union européenne en 2004, la Slovaquie sera le quatrième des nouveaux Etats membres de l’Union élargie à l’adopter. Auparavant, la Slovénie, issue de l’ex-Yougoslavie, avait été en 2007 le premier pays ex-communiste à rejoindre la zone euro. Chypre et Malte avaient fait de même le 1er janvier 2008. En vigueur depuis la partition à l’amiable de l’ex-Tchécoslovaquie, le 1er janvier 1993, la couronne slovaque sera retirée de la circulation à compter du 16 janvier 2009. Le double affichage des prix continuera à être appliqué pendant toute l’année. La Commission européenne s’attend à un changement de monnaie « en douceur », après des mois de préparation du secteur bancaire, du monde de l’entreprise mais aussi du public. Pour faciliter l’opération, la banque centrale tout comme les banques de commerce seront ouvertes le 1er janvier, normalement jour férié, et pendant le week-end suivant.

Une majorité favorable

Selon les calculs de la NBS, environ 188 millions de billets et 500 millions de pièces seront nécessaires pour remplacer les couronnes en circulation et en stock à la Banque centrale.

Assez réticente au départ, la population est maintenant plus favorable à l’euro avec 58 % d’avis positifs et 35 % d’avis négatifs en novembre, mais 65 % des Slovaques craignent que la nouvelle monnaie entraîne des hausses de prix malgré le recul de l’inflation (- 4,9 % sur un an en novembre). (afp)

Depuis dix ans, nous comptons en euros

Fin décembre 1998, hier, il y a dix ans. C’est le branle-bas dans toutes les institutions financières du pays. Dès le 1er janvier, ou plutôt le 4 janvier, au franc belge, et accessoirement au mark allemand ou au franc français, monnaies avec lesquelles leurs systèmes informatiques fonctionnent depuis des décennies, il leur faut ajouter une nouvelle devise : l’euro. Car dès le 4 janvier, la monnaie unique se substitue aux devises nationales. Tout au moins dans le monde financier. Les cours de Bourse sont libellés en euros, les valeurs d’inventaire des sicav sont publiées en euros, les virements bancaires transfrontaliers sont effectués en euros, les nouveaux emprunts sont lancés en euros. A l’intérieur même du royaume, toutes les transactions sont doublées par leur équivalent en euros, depuis le paiement des salaires jusqu’à la déclaration fiscale.

Le citoyen lambda, lui, ne prend pas vraiment la mesure du bouleversement qui se produit. Dans sa poche, il n’y a toujours que des francs. Dans les supermarchés, les prix affichés ne parlent que de francs. Pour lui, la véritable révolution ne se produira que trois ans plus tard, en janvier 2002. Et pourtant, il y a dix ans, on a fait table rase du passé. Mais au fait, est-ce le dixième ou trentième anniversaire ? Car, avant l’euro, il y a eu l’écu. Ou plutôt l’ECU, acronyme de « european currency unit », qui voit le jour en 1979, en tant que pierre angulaire du Système monétaire européen (SME). Cette devise virtuelle est en fait un panier de diverses monnaies d’Etats membres de la Communauté économique européenne (on ne parle pas encore d’Union européenne). Sa valeur varie constamment, en fonction des cours de ces diverses monnaies sur les marchés financiers. Des emprunts seront émis en écu, mais on n’ira guère plus loin. Il n’y a pas de taux de change fixes entre les francs, le mark ou la lire italienne et, pendant la décennie 80, les dévaluations et les réévaluations se succèdent.

Sans doute a-t-on manqué d’ambition. Le président de la Commission européenne, Jacques Delors, fixe alors comme objectif la réalisation du marché unique, et ce dès le 1er janvier 1993. Le Traité de Maastricht (février 1992), qui le concrétise, n’aborde que partiellement la question de la devise, mais l’organisation de l’Union économique et monétaire, qui deviendra un des piliers du marché unique, est relancée.

Il est alors acquis que la monnaie unique européenne doit se substituer aux monnaies nationales. Dans un dossier d’Eco-Soir publié en août 1992 et intitulé Le franc va disparaître, les contours de ce que l’on nomme toujours « écu » sont esquissés. Par exemple, écrivait-on, les pièces seront au nombre de 9 : 3 pour les centièmes d’écus, 3 pour les dixièmes et 3 pour les unités. Et elles seront « bifaces ».

La polémique de l’époque – on est alors en 1995 – tourne autour du nom à donner à la devise unique. Les Français insistent pour que soit gardée l’appellation écu, en mémoire de la pièce mise en circulation sous Louis IX, en 1337. D’autres proposent le florin, le thaler (l’ancêtre du dollar) ou encore le ducat. Mais c’est la proposition allemande qui l’emporte : ce sera l’« euro », quoi qu’en dise le Financial Times, pour qui « c’est un nom à peu près aussi excitant qu’un communiqué de presse de la Commission ».

Et on reste encore très loin d’une véritable monnaie unique. Les Danois disent non au Traité de Maastricht, la livre britannique et la lire italienne se retirent du Système monétaire européen, les francs français et belgo-luxembourgeois dévissent par rapport au mark, etc. En réalité, deux Etats membres seulement, l’Allemagne et le Luxembourg, satisfont vraiment aux « critères de convergence » prévus lors de la mise de l’Union économique et monétaire. Le bulletin de la Belgique, par exemple, est mauvais sur deux points : le déficit budgétaire est de 6,3 % (le maximum autorisé est de 3 %) et la dette publique représente 130 % du PIB (60 % maximum).

Or, le passage à la troisième et dernière phase de l’Union monétaire suppose que 7 Etats membres au moins répondent à ces critères de convergence. Il ne pourra donc avoir lieu à la date prévue, à savoir le 1er janvier 1997. La date est repoussée au 1er janvier 1999, où la mise en route interviendra automatiquement, pour autant que deux Etats au moins soient prêts.

On l’aura compris, un peu partout dans l’UEM, on serre les boulons. Sauf dans le Royaume-Uni, car, en octobre 1997, Tony Blair annonce que Londres – qui pourtant satisfait aux critères de convergence – n’adoptera pas l’euro. Un premier abandon, qui sera suivi peu après par ceux du Danemark et de la Suède. Parmi les trois « candidats » qui posent problème, la Belgique, l’Italie et surtout la Grèce, qui sera d’ailleurs recalée. La Belgique n’a obtenu la « satis » que de toute justesse, parce qu’elle a réussi à faire tomber son déficit budgétaire à 2,1 % du PIB. Mais la dette publique, elle, oscille toujours autour de 120 % du PIB. Restait aussi à fixer la parité entre les devises de pays adhérents et l’euro. Ce sera fait le 31 décembre 1998. Celle du franc belge est arrêtée à 40,3399 FB pour 1 euro. Pour la petite histoire, signalons que, lors du premier jour de cotation de l’année 1999, le titre Fortis valait 37,25 euros. Il s’est passé bien des choses en dix ans.

CHARLET,MARC,AFP
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