La salsa de la brique creuse

Architecture Rio de Janeiro achève la plus grande Cité de la musique au monde

La Cidade da Música griffée par Christian de Portzamparc à Rio préfigure le Musée Hergé de Louvain-la-Neuve.

De la lumière pénétrant de tous côtés. Des paysages entre les salles. Du béton brut au cœur. Comme un vaisseau qui flotte au-dessus du sol. Il résonne dans le futur Musée Hergé de Louvain-la-Neuve, dont l’inauguration est prévue le 22 mai 2009, des échos de la Cidade da Música dont le ruban officiel vient d’être coupé à Rio de Janeiro.

L’architecte français Christian de Portzamparc ne s’en cache pas : « C’est comme si le bateau du Fitzcarraldo de Werner Herzog avait dérivé depuis l’Amazonie pour venir s’amarrer à Louvain-la-Neuve. Il existe une filiation inconsciente entre la Cidade da Música et le Musée Hergé, à travers des moments de l’espace, l’incrustation des volumes intérieurs, la notion de parcours et d’expériences émotionnelles et la théorie de la brique creuse que j’ai découverte en jouant à l’âge de douze ans. »

La brique creuse ? C’est l’idée selon laquelle un bloc plein ne sert à rien et qu’il est plus agréable de le sculpter. Enfant, Christian de Portzamparc creusait les briques et reliait leurs conduits cylindriques pour jouer avec leurs cavités intérieures. Il en tirera plus tard l’intuition du volume pénétrable, un principe que l’on retrouve dans les projets de Rio et de Louvain-la-Neuve.

Après six ans de travaux, la Cidade da Música est le symbole le plus abouti de cette théorie de la brique creuse. L’édifice-phénomène posé entre mer, ciel et montagnes incarne le nouveau Rio, au milieu de la plaine interminable de la Barra de Tijuca, jalonnée de tours, de condominiums, d’autoroutes et de centres commerciaux.

« C’est un éléphant blanc », assurent ses détracteurs, effarés par le budget pharaonique du projet défendu par le maire sortant : 518 millions de reals (210 millions d’euros). Son coût a englouti en un an le « quart des investissements en travaux de la mairie », a affirmé le quotidien Folha. Mais aux yeux du journal El Globo, « les grandes œuvres provoquent toujours la polémique ».

« C’est un repère fort, un lieu sculpté où se crée un rapport entre formes, paysage des montagnes et matière du béton, ajoute Christian de Portzamparc, lauréat du prix Créateurs sans frontières. Un endroit où l’on se retrouve en relation avec l’espace entier, d’où l’imaginaire s’échappe sans qu’on se sente enfermé. »

Siège de l’Orchestre symphonique brésilien, le complexe offre une immense salle philharmonique de 1.800 places, modulable en salle d’opéra de 1.300 sièges, une salle d’électroacoustique de 180 places, une école de musique, dix salles de répétitions, une médiathèque, trois salles de cinéma, un restaurant, des magasins… L’ensemble niche dix mètres au-dessus d’un jardin tropical, sur une terrasse publique, avec vue sur les lignes de montagne dont la toute-puissance semble protéger la ville.

En survolant la Barra da Tijuca en hélicoptère, Christian de Portzamparc n’avait pas été immédiatement transporté d’enthousiasme par le site. « Ma première réaction fut de trouver presque kitsch cette localisation. » Mais à la réflexion, l’opportunité de créer un grand projet culturel au milieu de « ce centre impossible » s’est imposée. Le plan de poser la Cidade sur une terrasse surélevée a provoqué le déclic. « Au sol, on ne voyait que passer les voitures. Mais de là, il était possible de découvrir à nouveau les montagnes, la mer et toute la ville. »

COUVREUR,DANIEL
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