Van Rompuy Ier, c’est Leterme Ier relifté Quatre nouveaux venus. Dont trois émanent des rangs du CD&V : outre le Premier, Steven Vanackere et Stefaan De Clerck arrivent. L’Open VLD envoie Guido De Padt au front. Didier Reynders (MR)

2 Vice-Premier ministre
Ministre des Finances et des Réformes institutionnelles

Premier défi pour les prochaines semaines : justifier le mieux possible son rôle dans l’affaire Fortis face à la commission parlementaire. Déterminant à six mois des élections régionales.

Le CD&V n’est pas guéri

Le gouvernement Van Rompuy est né… C’était prévu. Mais il ressemble bien moins que prévu à son prédécesseur. Les dernières heures de formation ont en effet réservé leur lot de surprises, côté flamand uniquement… La première est connue dès lundi soir, lorsque Radio Rue-de-la-Loi relaie un bruit avec insistance : Patrick Dewael, vice-Premier Open VLD et ministre de l’Intérieur, quitterait le gouvernement pour la Chambre. Etonnant pas de côté pour un homme qui n’a que 53 ans. Officiellement, « il avait fait le tour de son portefeuille et n’avait jamais caché que ce serait son dernier mandat ». Officieusement, il semble que le ministre de l’Intérieur, sur la sellette à plusieurs reprises pour des nominations douteuses à la police fédérale et au sein de son cabinet, souhaitait se réfugier à un poste moins exposé. Le perchoir de la Chambre ne l’exonère pourtant pas, bien au contraire, de rendre des comptes sur sa gestion passée…

Ce premier changement entériné, restait à connaître le remplaçant. La vérité est sortie de la bouche de l’heureux élu, dès potron-minet, mardi : Guido De Padt, jusqu’alors simple député de Grammont, claironne la bonne nouvelle sur les ondes de la VRT.

Ne restait plus, croyait-on alors, qu’un seul suspense à lever : qui succéderait à Jo Vandeurzen ? Toute la matinée, le nom de Tony Van Parys est cité. Ce sera finalement Stefaan De Clerck, dont le nom n’est dévoilé que quelques minutes avant la prestation au château de Laeken.

Entre-temps, ça réunionne ferme chez Herman Van Rompuy. Les présidents de parti sont de retour dans les bureaux de la Chambre. Pour, croit-on alors, finaliser le texte de la déclaration gouvernementale, résoudre les derniers problèmes (commission d’enquête sur la crise, dialogue institutionnel…). Et, accessoirement, désigner les vice-Premiers. Chez les libéraux flamands, il va de soi que Karel De Gucht reprendra le flambeau. En revanche, au CD&V, on semble hésiter. Difficile de désigner le nouveau venu (de la Justice) et De Crem ne semble pas crédible dans la fonction. Inge Vervotte alors ? Oui, mais elle est un peu jeune, entend-on rue de la Loi. Et puis surtout, proche d’Yves Leterme, ne risque-t-elle pas d’avoir du mal à transformer son indéfectible loyauté envers l’ex-Premier ministre en fidélité au nouveau ? Pour donner des gages, croit-on alors, l’intéressée rejoint la réunion. Qui se prolonge et s’éternise.

Le CD&V n’est pas guéri

Sur le coup de 16 heures, la dernière surprise du jour se trouve dans le communiqué du Palais royal. Lequel annonce que le Roi a nommé Herman Van Rompuy Premier ministre et, dans la foulée, liste les membres de son gouvernement. Le vice-Premier CD&V est… Steven Vanackere. Bardé des compétences jusqu’ici exercées par Inge Vervotte : Fonction publique et Entreprises publiques (auxquelles s’ajoutent les Réformes institutionnelles abandonnées par Jo Vandeurzen). Parmi les 22 ministres et secrétaires d’Etat, point d’Inge Vervotte. Laquelle réapparaît, quelques minutes plus tard, par lettre interposée. La missive fait l’effet d’une bombe : la jeune ministre CD&V vit comme une injustice le fait que seuls ses coreligionnaires – par ailleurs ses deux plus proches en politique – Leterme et Vandeurzen aient dû payer le prix de la crise, quand les autres (sous-entendu les Reynders, Dewael et De Gucht) sont épargnés voire récompensés. Au passage, l’ex-syndicaliste égratigne un gouvernement « qui aurait mieux fait de s’arrêter en juin 2009 ». Mélange de raisons personnelles et tensions au sein du CD&V, la défection de la jeune ministre surprend les partenaires. Et, surtout, inquiète : le parti du Premier ministre est très loin d’avoir surmonté ses maux, voilà qui augure mal d’une sérénité et d’une confiance retrouvées.

Le Premier ministre, lui, fait le gros dos. Emmène ses ministres prêter serment chez le Roi puis les réunit, en soirée, pour boucler la déclaration gouvernementale, qu’il lira ce matin au Parlement. Laquelle prévoit une commission d’enquête sur la crise qui agira en deux temps : d’abord le respect de la séparation des pouvoirs, puis la gestion de la crise financière. Quant au dialogue institutionnel, il serait prévu de le rouvrir dès janvier, les questions bruxelloises étant abordées en dehors. A priori, plus rien ne s’oppose donc à ce qu’Herman Van Rompuy poursuive, jusqu’en 2011, le travail entamé par Yves Leterme. Lequel reprendra, ce matin, son siège de sénateur…

1
Herman Van Rompuy (CD&V)

Premier ministre

Il trônait au perchoir de la Chambre. En trébuchant, Leterme a forcé Van Rompuy (61 ans) à descendre dans l’arène et endosser un costume dont il ne voulait pas. Il l’a assez dit – et on l’a assez rappelé : si le statut de ministre lui convient (il l’a été de 1993 à 1999 et a failli l’être dans Leterme Ier), Van Rompuy répétait (depuis longtemps) n’avoir aucun goût pour le poste de Premier ministre – « Je n’aime pas ce mode de vie, chaotique, avec une très haute responsabilité », disait-il au Soir en janvier 2008. La pression a été plus forte. Le fait est que si Van Rompuy n’avait pas cédé, le CD&V aurait dû se replier sur un plan plus fragile (Marianne Thyssen) ou, faute de nom à proposer, rouvrir les portes du « 16 » au rival Guy Verhofstadt (VLD).

Né à Etterbeek le 31 octobre 1947, Van Rompuy est diplômé de la KUL en philo et sciences économiques. La politique, il y baigne depuis ses 16 ans (« Peut-être ne suis-je bon qu’à ça », a-t-il dit un jour.) Il vice-préside les CVP-Jongeren de 1973 à 1977. Après 3 ans au service d’étude de la Banque nationale, il rejoint les cabinets de Léo Tindemans (1975-78) et Gaston Geens (1978-80). De 1980 à 1988, il dirige le Cepess, le centre d’étude du CVP-PSC. En 1988, il accède à la présidence du CVP, qu’il lâche en 1993 pour gérer le budget dans Dehaene Ier, rôle qu’il jouera jusqu’à la fin de Dehaene II, en 1999. Comme ministre du Budget, il engagera toute sa rigueur dans la maîtrise de la dette.

Au scrutin de 1999, le CVP s’effondre et, avec son ailier PSC, se replie dans l’opposition. Pour les chrétiens, au pouvoir sans interruption depuis 1958, c’est le choc. (« Le CVP n’a pas vocation à être dans l’opposition », avait dit Van Rompuy quelques années plus tôt.) Désormais député, il se fait discret (il répugne, par « fierté », à interpeller les ministres au parlement)…

Catholique pratiquant, il est étiqueté centre-droit – il rappelle volontiers qu’il a contribué à pousser Martens, au milieu des années 80, à larguer les socialistes pour préférer les coalitions avec les libéraux de Jean Gol (et le jeune Verhofstadt).

Chez les Van Rompuy, le virus politique est familial. On connaît Eric, le frère cadet, bouillant député flamand. Geertrui, l’épouse de Herman, a été élue communale à Rhode-Saint-Genèse et siège désormais au CPAS. Son fils, Peter, a rallié le parti et se fait les dents aux CVP-Jongeren. De sa vie privée, Van Rompuy laisse filtrer peu de choses. Sinon ses goûts pour la littérature et une passion pour la poésie japonaise. Il se livre lui-même à l’exercice du haïku – de courts poèmes qu’il livre sur son site web. « Les cheveux dans le vent. Après des années, il y a toujours du vent. Hélas, plus de cheveux. » Celui-ci est sans doute meilleur – et nous livre peut-être un (tout petit…) éclairage sur la personnalité de l’auteur : « Le rêveur sent l’automne arriver beaucoup plus tôt. Il le porte en soi. »

2
Didier Reynders (MR)
Vice-Premier ministre
Ministre des Finances et des Réformes institutionnelles
3
Laurette Onkelinx (PS)
Vice-Première ministreMinistre des Affaires sociales et de la Santé publique

Comme vice-Première, elle tente d’infléchir à gauche la politique du gouvernement dans tous ses aspects. Elle aura encore du pain sur la planche avec un Premier plus conservateur.

4
Karel De Gucht (VLD)
Vice-Premier ministre
Ministre des Affaires étrangères

Le plus turbulent des ministres – ses rapports avec Kinshasa laissent songeurs – reste en place et est même promu chef de file des libéraux flamands au fédéral.

5
Steven Vanackere (CD&V)
Vice-Premier ministre
Ministre de la Fonction publique et des Entreprises publiques

C’est la seconde surprise du gouvernement Van Rompuy : le ministre flamand du Bien-être, de la Santé et de la Famille Steven Vanackere (44 ans) est devenu le nouveau ministre fédéral de la Fonction publique. Il succède ainsi à Inge Vervotte… pour la seconde fois. Il avait en effet repris ses fonctions au gouvernement flamand en juin 2007.

Ce père de cinq enfants a fait un court passage dans le secteur bancaire avant d’entrer au centre d’études du CVP. Il est alors devenu le conseiller du président du parti de l’époque… l’actuel nouveau Premier ministre Herman Van Rompuy.

Steven Vanackere est étiqueté « ACW », soit la gauche du CD&V. Comme l’était Inge Vervotte. Sur le plan communautaire, il a la réputation d’être un « modéré », ce qui n’est pas anodin pour un ministre chargé aussi des réformes institutionnelles.

Le nouveau ministre CD&V est un Bruxellois. Depuis 1991, sa carrière politique s’est poursuivie dans la capitale : conseiller du ministre Jos Chabert en 1991, puis chef de cabinet en 1995. Depuis 2000, il est directeur adjoint de la Stib. Aux élections régionales de 2004, il a été élu au parlement flamand et à ce titre, il a travaillé sur le dossier de l’assurance-dépendance à Bruxelles. En 2006, il est élu échevin de la Ville de Bruxelles.

6
Joëlle Milquet (CDH)
Vice-Première ministre
Ministre de l’Emploi et de l’Egalité des chances

La vie de ministre de l’Emploi ne sera pas de tout repos : la crise promet des moments difficiles sur le marché du travail. Des échauffourées institutionnelles ne sont, du reste, pas exclues.

7
Stefaan De Clerck (CD&V)
Ministre de la Justice

Son ambition, nous confiait-il lundi, était d’aider ses « amis » Yves Leterme et Jo Vandeurzen à se blanchir des « accusations » portées contre eux par le président de la Cour de cassation dans le dossier Fortis. Au ministère de la Justice, dont il vient d’hériter, en succession du second nommé, Stefaan De Clerck devra faire preuve de beaucoup de doigté et de réserve pour réaliser cette ambition, tout en respectant la séparation des pouvoirs…

Stefaan De Clerck, 57 ans, est avocat et bourgmestre de Courtrai depuis 2001. Il a siégé comme député de 1990 à 1995, avant de devenir ministre de la Justice dans le gouvernement Dehaene II.

L’évasion spectaculaire de Marc Dutroux, en avril 1998, précipitera sa démission et son remplacement par Tony Van Parys, tandis que Johan Vande Lanotte (SPA) cédait, dans le même temps, le portefeuille de l’Intérieur à Louis Tobback.

En 1999, les sociaux-chrétiens sont renvoyés dans l’opposition. Stefaan De Clerck prend la tête de son parti et se donne pour mission de le rénover. Les clivages sont résistants. Contesté par les jeunes et par les conservateurs, il assurera toutefois son succès personnel à Courtrai aux élections de 2000 et pilotera ensuite la mue du CVP en CD&V dont il assumera la présidence jusqu’en 2003. Ce confédéraliste a été aperçu au pèlerinage de l’Yser.

Après un court détour par le Sénat, cette même année, le revoilà député depuis 2007.

Issu de la bourgeoisie d’affaires courtraisienne, fils de ministre, Stefaan De Clerck est classé à droite dans son parti… comme son premier patron en politique, Herman Van Rompuy.

Homme aimable et de bonne éducation, il peut se montrer gaffeur, comme lorsqu’il s’immisce dans un dossier à l’instruction, au palais de justice de Gand. Des adversaires le disent peu au fait de ses dossiers.

L’affaire Dutroux, qui lui valut sa chute, lui avait au préalable fourni l’occasion d’exprimer son humanité à l’égard des parents des victimes. Il était « de garde » en août 1996 pour le gouvernement… C’est également lui qui avait initié, dans la foulée de cette affaire, une réforme accélérée du système judiciaire.

8
Sabine Laruelle (MR)
Ministre des PME, des Indépendants, de l’Agriculture et de la Politique scientifique

Sabine Laruelle poursuivra la tâche qu’elle s’est imposée jusqu’ici : augmenter les prestations sociales minimales pour les indépendants, afin de rapprocher leur statut de celui des salariés.

9
Marie Arena (PS)
Ministre de l’Intégration sociale, des Pensions et des Grandes Villes

Avec le combat en faveur des petites pensions, elle porte un projet majeur pour le PS. Elle s’est durement heurtée au VLD sur les sans-papiers et ce n’est sans doute pas fini.

10
Pieter De Crem (CD&V)
Ministre de la Défense

Pieter De Crem avait une mission urgente : le mandat du patron de l’armée, August Van Daele, expirait ce mercredi à minuit. Hier soir, il a été décidé de prolonger temporairement ce mandat.

11
Paul Magnette (PS)
Ministre du Climat et de l’Energie

Il s’est fixé pour objectif de diminuer les coûts de l’énergie mais peine à le concrétiser. Défi immédiat : concrétiser un ambitieux plan combinant création d’emplois et économies d’énergie.

12
Charles Michel (MR)

Ministre de la Coopération au Développement

Il a irrité ses partenaires de gouvernement en rencontrant le président Joseph Kabila en novembre. Tente de marcher sur les traces de son père. Et d’exister aux côtés de Karel De Gucht.

13
Vincent Van Quickenborne
Ministre pour l’Entreprise et la Simplification (VLD)

Il a fait beaucoup de promesses comme la mise en place d’un observatoire des prix et la lutte contre l’émiettement du service postal. Les syndicats de la Poste risquent de le lui rappeler bientôt

14
Annemie Turtelboom (VLD)

Ministre de la Politique de migration et d’asile

La circulaire sur la régularisation des sans-papiers a empoisonné les relations au sein du gouvernement. Aucun résultat à l’actif de la ministre. Une deuxième chance sous Van Rompuy ?

15
Guido De Padt
Ministre de l’Intérieur

Député VLD depuis 2003, Guido De Padt (lire aussi l’acteur, page 16) succède à Patrick Dewael. Il va hériter, à court terme, d’un dossier particulièrement délicat : celui des nominations pour le moins controversées au sein de la police fédérale. L’ancien bourgmestre de Grammont s’est surtout fait connaître par son activité parlementaire. Particulièrement habile à assurer sa présence dans la presse flamande, c’est un spécialiste des entreprises publiques (de la SNCB, surtout), de la police et de la sécurité routière. Il est considéré comme un homme plutôt à droite qui pourrait séduire l’électorat tenté par la Liste Dedecker lors des prochaines élections régionales.

16
Etienne Schouppe (CD&V)
Secrétaire d’Etat à la Mobilité, adjoint au Premier ministre

La surprise de l’année : un accord sur un plan de gestion des nuisances aériennes. Le plan Anciaux est abrogé. Bémol : les sujets qui fâchent entre Régions restent en suspens.

17
Carl Devlies (CD&V)
Secrétaire d’Etat à la Coordination de la lutte contre la fraude, adjoint au Premier ministre et au ministre de la Justice

Carl Devlies promet la fin des différences régionales en matière de contrôle fiscal. Il s’attellera sans nul doute à régler ce dossier aux relents communautaires.

18
Bernard Clerfayt (FDF)
Secrétaire d’Etat à la Modernisation du Service public fédéral Finances, à la Fiscalité environnementale et à la Lutte contre la fraude fiscale, adjoint au ministre des Finances

Passé maître dans l’art du remplacement de Reynders au Parlement, il lui faut maintenant un bilan…

19
Olivier Chastel (MR)
Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, chargé de la préparation de la Présidence européenne, adjoint au ministre des Affaires étrangères

Le 1er juillet 2010, la Belgique assumera pour six mois la présidence de l’Union européenne. C’est son job pour les prochains mois.

20
Julie Fernandez (PS)
Secrétaire d’Etat aux personnes handicapées, adjointe à la ministre des Affaires sociales et de la Santé publique

Hormis son arrivée, n’a pas suscité beaucoup de surprise depuis sa prise de fonction. Beaucoup de mots et peu d’espace laissé libre par sa ministre de tutelle.

21
Melchior Wathelet (CDH)
Secrétaire d’Etat au Budget, à la Politique des familles, adjoint du Premier ministre et des ministres de l’Emploi et de la Justice

Consciencieux dans sa gestion du budget, ce bon élève doit encore prouver qu’il peut mener une politique des familles ambitieuse.

22
Jean-Marc Delizée (PS)
Secrétaire d’Etat à la Lutte contre la pauvreté, adjoint à la ministre de l’Intégration sociale

Son principal acquis : la création d’un baromètre de la pauvreté pour mesurer l’impact des politiques sociales. Prochain défi : augmenter les allocations sociales malgré un budget en déficit.

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LES PORTFOLIOS :  Le gouvernement Van Rompuy Ier

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