Prospective De nombreuses incertitudes politiques et économiques

Vingt points chauds pour la planète en 2009

  1. Les Etats-Unis

Obama : « Can we ? »

Les choses sérieuses pour Barack Obama commenceront le 20 janvier, date de son « inauguration » sur les marches du Capitole. Le monde entier aura les yeux rivés sur le premier président américain de couleur, élu sur une promesse de changement. La crise financière a quelque peu chamboulé l’ordre de ses promesses. Mais Obama a mis à profit la période de transition pour élaborer un plan détaillé de relance : il est question d’un budget colossal de 1.000 milliards de dollars ! Autres plats dans l’assiette du nouveau président : le retrait souhaité d’Irak, la sécurisation de l’Afghanistan, la stabilisation du Pakistan nucléaire, le problème iranien, et bien entendu le Proche-Orient qui vient de se rappeler à son bon souvenir. Et il ne lui faudra pas oublier de redonner confiance aux Américains, et de restaurer l’autorité et la compétence de l’Etat. Good luck, Mr President ! (J. Kz)

2. Guantánamo

Fermer et juger

La fermeture du centre de détention de Guantánamo pourrait être l’une, sinon la toute première mesure exécutive du nouveau président américain Barack Obama. La réévaluation des dossiers individuels et la libération/replacement des détenus innocents pourraient s’achever endéans l’année. En parallèle, une cinquantaine de détenus devraient être jugés, mais devant des tribunaux fédéraux réguliers. L’ultime enjeu est de savoir jusqu’où les Démocrates pousseront l’exercice : jusqu’à la mise en cause et l’inculpation des personnes s’étant rendues coupables de torture et de leurs donneurs d’ordre ? (A. L.)

3. La Bourse

Après les krachs, la reprise ?

C’est ce que tous les boursicoteurs espèrent. Car 2008 fut une année noire sur toutes les places de la planète. Ce sont surtout les valeurs financières qui ont trinqué. L’année s’est toutefois clôturée sur une note positive, mais qui n’a pas effacé toutes les pertes. Peu de spécialistes se hasardent à faire des pronostics. Avec des taux d’intérêt de plus en plus bas un peu partout dans le monde, la Bourse devrait redevenir attractive. Et ce d’autant plus qu’il y a de belles affaires à faire. Reste à voir comment se dessineront les contours des nouveaux marchés financiers. Le changement de présidence aux USA est en tout cas une aubaine. (Ph.Db.)

4. L’Amérique latine

La gauche malade de la crise

L’Amérique latine a connu ces cinq dernières années un taux de croissance économique moyen de 5 %. L’année 2009 s’annonce sous des jours nettement moins favorables. Et ce retournement va sans doute avoir des effets sur la scène politique régionale, où une « gauche » plus ou moins populiste s’est, ces dernières années, lentement mais sûrement imposée. Comment payer pour des politiques sociales généreuses lorsqu’une croissance déclinante prive l’Etat d’une partie de ses rentrées ? Cet étranglement financier risque de faire mal au pouvoir en place, notamment au Chili et en Argentine. Le problème sera pire encore au Venezuela d’Hugo Chavez, du fait de la dégringolade des prix pétroliers. Deux présidents très marqués à gauche vont cependant vraisemblablement marquer des points en 2009. Le Bolivien Evo Morales devrait remporter le référendum sur la « refondation » du pays en une République socialiste amérindienne. Et l’Equatorien Rafael Correa devrait être réélu sous une nouvelle Constitution. (M. Li)

5. Le climat

Rendez-vous à Copenhague

C’est en décembre que se tiendra dans la capitale danoise la conférence des Nations unies qui devra donner une suite aux accords de Kyoto. Petit rappel : adopté en 1997, le protocole de Kyoto avait assigné aux 37 pays industrialisés de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre responsables du réchauffement, de 5 % en 2012 par rapport aux niveaux de 1990. Deux scénarios sont évoqués pour Copenhague : une réduction de -10 à -30 % (par rapport à 1990) pour les pays industrialisés d’ici 2020, avec des efforts « marginaux « de la part des pays en développement. Le deuxième, plus ambitieux, recommande – 25 à – 40 % d’ici 2020 pour les pays développés et 50 % pour tout le monde d’ici 2050. C’est dire que, comparé à Kyoto, l’accélération des efforts à consentir doit être considérable. D’ici décembre, on aura à l’œil les deux facteurs susceptibles d’affecter le cours des négociations : l’attitude des Etats-Unis, qui n’avaient pas ratifié Kyoto, mais dont le nouveau président a annoncé placer en tête de ses priorités la question climatique ; et la crise économique mondiale, qui pourrait doucher le volontarisme des gouvernants. A moins que la « relance verte », plus qu’une formule à la mode, ne devienne réalité. (J. Kz)

6. La Belgique

Un scrutin qui tombe mal

Trois gouvernements, trois Premiers ministres, deux démissions gouvernementales… Difficile d’imaginer que 2009 puisse être plus mouvementé que 2008… Mais pas impossible. Dans trois mois au plus tard, la campagne électorale va officiellement démarrer. Voilà qui ne pourra qu’exacerber les tensions entre partenaires de la majorité, rivaux dans l’urne. Et qui n’augure rien de bon pour le gouvernement Van Rompuy… Ni, d’ailleurs, pour le dialogue institutionnel. Or, si l’un et/ou l’autre dérapent, les élections se feront générales, avec le risque de plonger une nouvelle fois le pays dans une très longue crise. (V. La.)

7. Les sports

Lance Armstrong revient

A 37 ans, le champion cycliste Lance Armstrong, déjà sept fois vainqueur du Tour de France, va effectuer son retour dans les pelotons en 2009. Avec rien moins que l’ambition d’ajouter une huitième Grande Boucle à son palmarès. Pour l’aider, la meilleure équipe du monde, l’Astana de l’Espagnol Alberto Contador et de notre compatriote Johan Bruyneel, le manager en qui Armstrong a toujours eu pleine confiance. Même ainsi, le défi paraît toutefois insensé après une retraite longue de déjà trois ans. Seule gagnante assurée : Livestrong, la fondation de lutte contre le cancer que parraine activement l’Américain, lequel a survécu à un cancer des testicules, au tout début de sa carrière professionnelle. (Ph. M.)

8. L’Union européenne

L’Irlande et le Traité de Lisbonne (bis)

Tous les regards seront tournés en 2009 vers l’Irlande. Les Irlandais avaient dit « non », en juin dernier, au Traité de Lisbonne, qui doit permettre à l’UE d’être plus efficace et plus démocratique à l’avenir. Ce « non » a empêché l’entrée en vigueur du Traité. Depuis, les Irlandais ont obtenu des concessions de la part de leurs partenaires, et ils ont accepté de revoter dans la seconde moitié de 2009. Mais ces concessions sont juridiquement fragiles, et il se pourrait que le lobby du « non » maintienne son forcing et, donc, le suspense. L’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne au 1er janvier 2010 n’est pas encore acquise… Parmi les concessions faites à l’Irlande, notons le maintien d’une Commission européenne à vingt-sept membres. Une nouvelle Commission doit en tout cas être mise en place en novembre prochain. José Manuel Barroso espère y être reconduit comme président. Mais l’heure sera, en 2009, aux nouvelles têtes. Cette nouvelle Commission côtoiera en effet de nombreux nouveaux eurodéputés, qui auront été élus entre le 4 et le 7 juin prochains. (M. Li)

9. Le pétrole

Le baril, victime de la crise

Il y a un an, on parlait d’un baril de brut à cent dollars. Le pétrole a allègrement dépassé les 145 dollars mi-2008. Mais il a plongé par la suite dans le sillage de la crise économique et financière internationale. A l’entame de l’année 2009, le baril se négociait péniblement autour des 40 dollars suite à l’effondrement de la demande. La suite ? Aucun pronostic. (Ph.Db.)

10. La Russie

Fin de la posture belliqueuse ?

On ne rigole pas avec les Russes ! C’est le message que le tandem Medvedev-Poutine a fait passer en 2008. Indépendance du Kosovo ? Déploiement du bouclier antimissiles américain en Europe ? La fière Russie a répondu cet été en franchissant, elle aussi, une ligne rouge : par la reconnaissance de l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, jusque-là régions géorgiennes en délicatesse avec Tbilissi. C’est forts de leurs impressionnantes réserves énergétiques que les Russes ont redressé la tête et tapé du poing sur la table. Qu’on se le dise aussi : ils ne lâcheront pas de sitôt leur « zone d’influence » résiduelle, qui va de Kaliningrad au Caucase du Sud en passant par le Belarus, l’Ukraine (l’est du pays et la Crimée en tout cas) et la Moldavie. Fin 2008, la tension est légèrement retombée entre la Russie d’une part, l’UE et l’Otan de l’autre. C’est que la crise financière et économique est passée par là. La chute des prix de l’énergie et la baisse de l’investissement étranger en Russie pourraient forcer le tandem belliqueux à une courbe rentrante, pour ne pas dire à un peu d’humilité. (M. Li)

11. L’Allemagne

Quelle nouvelle coalition ?

Ce sera une année cruciale pour le plus grand pays de l’UE, avec les législatives du 27 septembre. Elles vont voir s’affronter les deux partenaires de la « grande coalition » en place depuis 2005 : les chrétiens-démocrates (CDU-CSU) de la chancelière Angela Merkel et les sociaux-démocrates (SPD) du vice-chancelier et ministre des Affaires étrangères Frank-Walter Steimeier. Pour tous les intéressés, l’expérience de la cohabitation a assez duré. Angela Merkel – qui reste extrêmement populaire malgré quelques couacs depuis le début de la crise financière et économique – rêve d’une coalition avec les libéraux du FDP, plus naturelle idéologiquement. Frank-Walter Steimeier rêve d’un accord avec les écologistes. Mais le jeu politique allemand ne se joue plus à quatre désormais. Un cinquième parti arrive dans la cour des grands : la Gauche, d’Oskar Lafontaine, qui grignote la base d’un SPD qui a plutôt opté pour le centre. Une coalition à trois ? La « jamaïcaine » : noir-jaune-vert (CDU-FDP-Verts) ? Le « feu de signalisation » : rouge-jaune-vert (SPD-FDP-Verts) ? La Gauche restant dans son coin… En tout cas, la formule retenue influencera d’autres pays de l’UE, ainsi que le jeu des alliances au Parlement européen. (M. Li)

12. Le Liban

Le retour de la Syrie ?

Les Libanais vont renouveler leur Parlement début juin. La loi électorale a été légèrement modifiée pour améliorer la représentation chrétienne. Ce changement va-t-il profiter au parti de l’ex-général Michel Aoun, allié du Hezbollah ? Si c’est le cas, le Parti de Dieu – très lié à la Syrie et à l’Iran – et ses alliés, « aounistes » et autres, pourraient obtenir la majorité des sièges. Ce serait un retour de balancier assez paradoxal. Car l’assassinat de Rafiq Hariri, en février 2005, avait amené les Libanais à se libérer de la tutelle syrienne et à installer au pouvoir une majorité nettement anti-syrienne. Le débat politique libanais, tout comme du reste les interférences étrangères dans le pays, seront fortement influencés dès le 1er mars par l’installation à La Haye du tribunal international chargé de juger les assassins de l’ex-Premier ministre. L’enquête se poursuit dans la plus grande discrétion. (M. Li)

13. Le Proche-Orient

La manière forte et puis quoi ?

L’année commence avec la guerre lancée par Israël contre le Hamas, suite à la rupture de la trêve en fin d’année 2008. Comment Israël va-t-t-il conclure cette nouvelle offensive, formellement destinée à détruire le Hamas afin de l’empêcher de menacer de ses roquettes le Sud israélien ? Le long terme se jouera en partie d’ici quelques semaines : le 10 février, des élections législatives anticipées doivent produire un nouveau gouvernement pour succéder à celui d’Ehoud Olmert. Benyamin Netanyahou, leader du Likoud conservateur, a le vent en poupe, servi par un discours d’intransigeance totale face aux Palestiniens. Un discours face auquel la coalition sortante a sorti… les actes, sous forme de guerre à Gaza. Du côté palestinien, la guerre pour le pouvoir entre le Fatah, au pouvoir en Cisjordanie, et le Hamas, qui a établi sa loi à Gaza, continue à hypothéquer la crédibilité des dirigeants. Le président Mahmoud Abbas a annoncé des élections législatives et présidentielles, mais le chaos politique et sécuritaire semble laisser peu de chance à l’organisation de scrutins. (J. Kz)

14. L’Irak

La voie de l’indépendance

D’ici juin, les forces américaines se retireront des villes et elles ne peuvent déjà plus mener aucune action offensive sans l’aval du gouvernement irakien. Toutes les autres troupes étrangères auront quitté l’Irak avant l’été. Les défis 2009 ne sont plus directement liés à la guerre, mais sont ceux de tout État fédéral naissant : la capacité policière et militaire de contrôle effectif de toutes les provinces, et la capacité politique de dessiner un futur pour les zones pétrolifères dont le statut fédéral est contesté. Dans les faits, quel sera le futur réel de Kirkouk, qu’aucun des divers groupes ethniques et religieux ne souhaitera abandonner ? (A. L.)

15. L’Afghanistan

La fin de Hamid Karzaï ?

A l’automne 2009, si la sécurité le permet, se tiendront les secondes élections présidentielles et provinciales d’Afghanistan – les législatives auront lieu à l’été 2010. Alors que sont ouverts les canaux de négociation avec les talibans, comment le président parachuté par les Américains, Hamid Karzaï, d’ethnie pachtoune mais sans grand rayonnement tribal personnel, pourrait-il conserver son siège ? Une négociation concrète avec les talibans, une recomposition du gouvernement en incluant d’ex-insurgés, pourraient lui sauver la mise. Faute de quoi, deux scénarios sont possibles : Karzaï perd les élections, le poste pourrait revenir au président du Parlement ; ou le scrutin lui-même se révèle impossible à tenir. (A. L.)

16. La Somalie

Manger avec le diable

Après le départ des troupes éthiopiennes et la démission du président Yusuf, la Somalie s’apprête à vivre une 19 e année de non-Etat. La reprise du territoire par les milices islamistes est engagée, lesquelles représenteront à terme un pouvoir religieux et tribal capable de mater la piraterie et d’imposer l’ordre intérieur, mais ni la justice ni la liberté. L’Europe et les Etats-Unis sauront-ils négocier avec une entité qui ne sera pas une Nation, qui représentera sans doute un régime personnel et religieux écrasant, mais qui sera perçue par la population comme supérieure aux deux décennies précédentes de faillite ? (A. L.)

17. L’Iran

Un nouveau président ?

Mahmoud Ahmadinejad arrive au terme de son mandat de quatre ans, et il n’a convaincu que dans sa capacité d’affrontement avec le monde occidental ainsi qu’avec une partie du monde arabe. Mal élu (au premier tour, moins d’un cinquième de la population le soutient), piètre gestionnaire, il a manqué les défis économiques essentiels sur lesquels les petites gens et les commerçants l’attendaient : taxes, carburants. L’heure des réformateurs, encouragés par l’élection d’Obama qui ne place pas l’Iran parmi ses priorités, aurait-elle à nouveau sonné ? (A. L.)

18. L’Inde

Les défis de la croissance

Heureux de tourner la page de 2008, attristé des pauvres moyens de sécurité dont disposait l’Union lorsqu’il s’est agi de faire face aux terroristes de Bombay, le pays s’apprête à renouveler son Parlement au mois de mai. Or, la crise pakistanaise ne peut occulter les défis sains mais sérieux rencontrés par Delhi : le développement des routes et du rail, la mise à niveau énergétique (il manque 90.000 mégawatts, soit trois fois la totalité du parc européen d’Electrabel). Le tout dans un environnement asiatique exécrable : non seulement le Pakistan mais aussi la Thaïlande, la Birmanie et le Sri Lanka plombent les perspectives indiennes. (A. L.)

19. Le Congo

Le feu de toutes parts

Loin d’être pacifié, le Congo verra encore la guerre se prolonger sur plusieurs points de son territoire : au Nord-Kivu, qui compte un million et demi de déplacés, le général rebelle Laurent Nkunda tentera de pérenniser son emprise sur un territoire vaste comme deux fois la Belgique. Au Sud-Kivu, les combattants hutus poursuivront leur politique de terreur ; dans le nord de la Province Orientale, sur la frontière ougandaise, l’Armée de libération du Seigneur de Joseph Kony risque de poursuivre ses enlèvements d’enfants et les tueries de civils (400 morts ces derniers jours !), tandis que, dans l’Ituri, riche en pétrole, la violence peut reprendre à tout moment, ainsi que dans le Bas-Congo. (C. B.)

20. Le Zimbabwe

La descente aux enfers

Toujours accroché au pouvoir, Robert Mugabe assiste à la descente aux enfers de son pays, qui se traduit désormais par une épidémie de choléra, des pénuries multiples, une mise au ban internationale, l’exode désespéré de centaines de milliers de civils. Le seul soutien du dictateur demeure l’armée, qui est aussi un acteur économique important. En 2009, il ne faudra pas compter sur l’Afrique du Sud, qui sera en période électorale, pour intensifier les pressions sur son voisin ou appliquer les sanctions exigées par la communauté internationale. (C. B.)

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