La Havane, de l’aube au crépuscule

Cuba Il y a 50 ans, les troupes de Castro faisaient leur entrée triomphale dans la capitale cubaine

analyse

Il y a 50 ans, le 8 janvier 1959, Fidel Castro et ses fiers barbus entraient triomphalement dans La Havane. C’était la fête, les Cubains étaient remplis d’espoir : cette révolution serait celle des beaux lendemains.

Aujourd’hui, l’heure est plutôt au désenchantement. Certes, la Révolution soigne et éduque gratuitement ses enfants et petits-enfants, ce qui est exemplaire en Amérique latine et ailleurs, mais les mères cubaines peinent toujours à nourrir correctement leur famille, et le salaire moyen – 15 euros – est totalement insuffisant.

Certains chiffres font mal : à la veille de la révolution, Cuba produisait 80 % des aliments nécessaires à sa population et était le premier fournisseur des Etats-Unis en légumes. Aujourd’hui, l’île castriste importe 80 % de ses besoins alimentaires, son principal fournisseur étant les Etats-Unis, ni les aliments ni les médicaments n’étant inclus dans l’embargo que Washington impose à La Havane depuis 1962. Par ailleurs, la production de sucre de canne est passée de 5,9 millions de tonnes en 1958 à 1,2 million de tonnes aujourd’hui…

Sur 11 millions de Cubains, 2 millions ont, depuis la révolution de 1959, préféré fuir leur pays, le plus souvent pour des raisons économiques. Les jeunes Cubains sont en effet sans espoir : vie quotidienne difficile, projets d’avenir impossibles. Certes, ils ont l’occasion de faire des études universitaires, mais les possibilités d’emplois sont réduites, d’autant que, pour obtenir les indispensables devises, il vaut mieux être serveur que chirurgien…

Parmi les plus âgés, qui ont vécu la révolution, beaucoup conservent cependant une certaine loyauté envers Fidel Castro, ce père tout-puissant qui a voué sa vie à son pays. Il y a aussi le sentiment assez répandu d’une vraie fierté nationale, celle d’avoir vu ce petit pays tenir vaillamment tête au géant américain.

Timides assouplissements

De nombreux Cubains attendent toujours de vrais changements. Certes, depuis la « mise à la retraite » de Fidel pour raisons de santé le 31 juillet 2006, son frère Raul a organisé un débat national puis assoupli certaines règles régissant la société : les Cubains ont désormais le droit d’acheter des lecteurs DVD ou des ordinateurs, et de passer la nuit dans les hôtels jusque-là réservés aux étrangers. Encore faut-il qu’ils aient assez de dollars… Des lopins de terres ont été distribués à des paysans pour améliorer la production vivrière, et il est désormais (un peu) plus facile de se rendre à l’étranger.

Fondamentalement, rien n’a vraiment changé : le régime n’est toujours pas démocratique, il n’y a pas de liberté de presse, 220 dissidents croupissent en prison.

Cinquante ans plus tard, la révolution cubaine n’est pas en grande forme, c’est certain. Mais, si ses leaders acceptaient de la faire réellement évoluer, elle pourrait encore avoir un avenir. Les Cubains tiennent à leur singularité, à ces fameux « acquis de la révolution » qui placent Cuba en tête des statistiques régionales en matière de santé et d’éducation.

Mais ce pays a besoin d’air : en muselant sa société civile, une richesse qui bouillonne dans tout le reste de l’Amérique latine, le régime cubain se prive de précieuses ressources humaines. Pour voir le système du parti unique s’ouvrir, il faudra sans doute attendre la mort du « Lider Maximo ». Depuis ses problèmes de santé, il est invisible… mais omniprésent, abreuvant ses concitoyens et le reste du monde de ses opinions immuables, si loin du changement.

KIESEL,VERONIQUE

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