Réalisateur, producteur, acteur et collectionneur d’art, il était né Passage du Désir et passa sa vie à s’amuser.
Le temps qui glisse est un salaud… Claude Berri, l’un des derniers nababs du cinéma français, est décédé lundi matin d’un accident vasculaire cérébral. Alors qu’il préparait son prochain film – Trésor, avec Alain Chabat et Mathilde Seigner –, il avait été hospitalisé dans la nuit de samedi à dimanche. Et, pour une fois, l’ultime, il n’a pu distribuer les cartes comme il savait si bien le faire, suivant l’enseignement de son père artisan fourreur, l’homme qu’il admira le plus et dont il tira sa philosophie de vie.
Avec sa disparition, le cinéma français et européen perd l’un des plus intuitifs producteurs. Jugez plutôt.
En 2008, à 74 ans, Claude Berri a cartonné côté grand public avec Bienvenue chez les Ch’tis et dans l’art et essai avec le césarisé La graine et le mulet.
Son sceau de producteur est là : alterner comédies populaires et projets hors-norme. Et, depuis la fin des années 60, la liste est impressionnante.
« Je n’ai jamais travaillé dans ma vie. Parfois on me demande : “ Alors, tu travailles ?” Eh bien non, je m’amuse », écrivait-il pourtant dans son poignant autoportrait publié en 2003. Rencontré alors, il nous avait confié : « Je suis fier d’avoir fait Le vieil homme et l’enfant, Le cinéma de papa. Comme producteur, j’ai envie de citer Tess, L’ours, Valmont, La reine Margot… Je suis fier d’avoir financé Tout sur ma mère. Pedro Almodovar est le seul auteur, aujourd’hui en Europe, qui touche le public. Je suis fier d’avoir produit le premier film d’Alain Chabat, d’Isabelle Nanty, et d’Yvan Attal, que je considère comme mon fils spirituel. Chaque film est un prototype. On n’a jamais de certitudes. On ne sait si on s’est trompé que quand le film sort en salle. »
Berri avait aussi une autre grande passion : la peinture. Depuis 1986, il s’intéressait de près à l’art. Capable de se ruiner pour un Dubuffet ou un Ryman, il dira : « La peinture m’apporte beaucoup de satisfaction, de joie, d’excitation, de connaissances. A un moment, le cinéma ne remplissait plus assez ma vie et l’art s’est imposé. Aujourd’hui, cela se prolonge avec mon intérêt pour la photographie. »
Devenir ce que nous sommes
A l’évocation de son nom fusent des adjectifs tels que coléreux, insupportable, mais aussi tenace, généreux, volontaire. Il est un fait que l’homme avait la dent dure et le nez fin. Comme Nietzsche, il voulait « devenir ce que nous sommes. »
Issu d’une famille juive ashkénaze, né passage du Désir le 1er juillet 1934, élève au cours Simon à 16 ans, le jeune Claude fait sa première apparition à l’écran dans Rue de l’Estrapade, de Becker, en 1953.
N’ayant pas un physique de jeune premier, Claude Langmann – devenu Berri – tarde à devenir vedette. Il produit une pièce de Billetdoux. Echec cuisant. Par contre, son premier court-métrage, Le Poulet, décroche un Oscar, et un prix à Venise.
En 1966, Le vieil homme et l’enfant, son premier long avec Michel Simon, est un succès et inaugure d’une série d’œuvres autobiographiques. Finançant ses propres films, il lance alors Renn Production.
« A ma mort, en voyant mes films on pourra me connaître, savoir l’enfant, l’adolescent et l’homme que j’ai été ». Jusqu’au dernier film, Ensemble, c’est tout, où les mots de Gavalda prennent aussi une résonance personnelle. Le redoutable producteur-réalisateur invite au partage, à l’écoute, au brassage des générations. Peut-être parce que la vie s’en est mêlée, qu’après avoir fait l’adaptation du roman, un accident vasculaire cérébral l’a déjà mis partiellement à terre.
Aujourd’hui, le Léautaud de la rue Lincoln qui affirmait avoir toujours eu la maîtrise de ses actions a rejoint Robert, Anne-Marie, Julien. Un père, une femme, un fils… « sa chambre verte ».