Crise : Rossel fait le gros dos

Presse 52 emplois menacés dans un plan d’économies portant sur 6 millions

Le groupe Rossel, qui édite « Le Soir », annonce des économies suite à la chute des revenus publicitaires.

Vingt-six emplois perdus au Morgen, 60 supprimés chez Corelio, 28 chez VTM, 80 au Financial Times, 90 au Globe & Mail canadien, économies drastiques chez Roularta, Los Angeles Times en faillite… Depuis quelques semaines, il ne se passe plus un jour sans qu’un groupe de médias ne paye son lourd tribut à la crise et n’annonce une mauvaise nouvelle. Pour la première fois de son histoire, Rossel & Cie, éditeur du Soir et du Soir Magazine, est à son tour frappé. Mardi, lors d’un conseil d’entreprise exceptionnel, la direction de Rossel & Cie (les titres des groupes Sud Presse et Mediafin ne sont pas concernés) a présenté aux syndicats un plan de restructuration, qui devrait permettre de réaliser 6 millions d’euros d’économie, soit 10 % de « la structure des coûts du groupe ».

Pour Bernard Marchant, la crise financière est la première responsable de cette décision. « Plus que les autres, les groupes de médias sont en première ligne par rapport à la chute des revenus publicitaires, justifie l’administrateur délégué de Rossel & Cie. Et, au sein de ce marché publicitaire, nous accusons également le ralentissement net du marché de l’emploi alors que Références conditionne une grosse partie de nos bénéfices. La confiance du monde publicitaire dans la presse n’est pas remise en question : il n’y a pas moins de publicité dans le journal mais les annonceurs ne la paient plus aux mêmes conditions. Il est particulièrement facile pour une société de couper ses budgets de communication. Nos économies à nous ne se verront qu’en 2010. Nous sommes au cœur d’une crise économique sans précédent, qui bouleverse nos priorités et nous contraint à revoir notre timing à un moment où ce secteur est en pleine mutation. La société est en perte en 2008. On ne pouvait se contenter d’attendre que cela passe. On a cru que cela ne durerait que quelques mois. Il y a six mois, nos moyens semblaient confortables. L’auraient-ils encore été dans six mois ? Notre marge est insuffisante pour risquer de passer sous la ligne de flottaison. »

Concrètement, ce plan de 6 millions se répartit de manière égale entre des économies (salaires gelés, production) et un plan de départs concernant 52 personnes (soit 12,5 % des travailleurs), essentiellement, espèrent direction et syndicats, par le biais de prépensions. Les négociations sociales vont démarrer mais la direction espère avoir finalisé la liste des départs au printemps. Trente emplois sont visés parmi les 382 employés (dont 134 journalistes) de Rossel et vingt-deux (dont douze ouvriers dont le licenciement avait été mué en externalisation des activités en octobre 2008) parmi les 33 ouvriers.

L’impact sur la rédaction n’étant pas encore chiffrable, l’AJP (Association des journalistes professionnels) stigmatise le projet de bloquer les salaires et les barèmes en 2009 et la volonté de la direction de renégocier les barèmes salariaux. « Il n’y a pas d’agenda fermé, dit Bernard Marchant. Il ne s’agit pas d’un plan ciblé sur un nombre de gens mais d’un plan chiffré en euros. La manière de le réaliser et de le rendre acceptable pour le personnel dépendra des négociations. »

Côté syndical, on reste prudent. « L’annonce de cette restructuration marque l’ouverture d’une procédure Renault, nous allons donc négocier, enchaîne Ricardo Gutierrez, délégué syndical Setca. Nous ne sommes pas disposés à accepter telle quelle la proposition de la direction, mais celle-ci se dit ouverte aux contre-propositions. Nous mettrons en œuvre des propositions alternatives pour éviter tout licenciement. Ce qui est toutefois rassurant, c’est que, en vertu de la loi Renault, le plan de licenciement collectif se base essentiellement sur des prépensions, doublement volontaires. En l’état, des actions telles que des mouvements de grève semblent prématurées tant que les négociations sur les conditions de départ n’ont pas démarré. »

Pour Bernard Marchant, ce plan doit garantir la pérennité du groupe à terme. « Notre métier change : la nature de Rossel est éditoriale et commerciale mais, historiquement, il a hérité de fonctions qu’il n’a plus les moyens ou la vocation d’assumer. La marque Soir est forte, nos audiences sont en hausse mais, malheureusement, les audiences d’internet ne sont pas encore valorisées comme elles le devraient. Il a fallu des années pour que les annonceurs estiment que la radio avait le même poids que la presse : il en va de même avec internet, comme avec tous les nouveaux médias. Nous ne sommes pas en retard sur les autres, mais il faut absolument accélérer le mouvement en intensifiant la complémentarité entre le papier et le web et en consolidant la valeur de l’impact du Soir. »

LAUWENS,JEAN-FRANCOIS
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