Un cessez-le-feu précaire à Gaza

Proche-Orient Après Israël, le Hamas dit respecter une trêve

Les islamistes palestiniens donnent une semaine à Israël pour évacuer la bande de Gaza. Les premiers soldats partent.

ANALYSE

Cessez-le-feu. Réclamé depuis le 9 janvier par une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies et par une communauté internationale unie dans sa consternation face au carnage en cours dans la bande de Gaza, un cessez-le-feu a enfin été instauré dimanche. Et cela en deux temps.

D’abord déclaré de manière unilatérale par le gouvernement israélien samedi soir et non respecté par les militants du Hamas qui réclamait qu’il soit assorti du départ de tous les soldats israéliens, le cessez-le-feu a ensuite été proclamé dans l’après-midi, dimanche, par les factions islamistes palestiniennes, à Gaza comme à Damas. Le Hamas et le Jihad islamique ont dit « donner une semaine à l’ennemi » pour retirer ses troupes. Des premiers contingents de soldats ont quitté Gaza ce dimanche soir.

Il semble évident que ce cessez-le-feu aura une durée de vie incertaine. Sa précarité apparaîtra sans doute très vite. Hier soir déjà, deux roquettes tombaient en Israël. Problème de communication ou jusqu’au-boutisme de certaines factions armées ?

Dans tous les cas, les deux camps ne vont pas manquer de crier victoire, si la trêve tient.

En Israël, où l’armée cherchait la réhabilitation de ses capacités de dissuasion après le fiasco de la guerre au Liban de 2006, l’on avait donné deux objectifs principaux à l’offensive du 27 décembre à Gaza : faire arrêter les tirs de roquettes palestiniennes vers Israël et mettre fin à la contrebande d’armes via les tunnels à la frontière égyptienne. Ce dimanche, il est trop tôt pour évaluer la réussite de ces objectifs.

Pour les atteindre, Israël décida de casser les reins au Hamas en minimisant ses propres pertes. Le parti fut pris de recourir à une puissance de feu sans précédent. Comme l’écrivait l’historien israélien Zeev Sternhell dans le Haaretz de dimanche, « cette guerre restera comme la plus violente et la plus brutale dans notre histoire ». Pour les Palestiniens, aurait-il dû préciser.

Car les forces en présence se révélèrent très inégales, donnant l’impression d’un Goliath israélien écrasant un David palestinien. Les chiffres : 13 Israéliens tués (3 civils et 10 soldats dont 4 par un « tir ami ») ; environ 1.300 Palestiniens morts, dont un nombre inconnu d’activistes et plus de 400 enfants…

Comme l’écrit le vétéran israélien de la paix Uri Avnery, « la principale réussite des planificateurs de la guerre israéliens gît dans la barbarie même de leur plan : les atrocités auront, selon leur estimation, un effet dissuasif qui tiendra longtemps ». Cet effet dissuasif méritera d’être vérifié sur le terrain.

Car, en face, le Hamas doit être assommé, pour dire le moins, mais sûrement pas prêt à baisser pavillon. Dès l’ouverture des hostilités, les islamistes ont compris que leur seule survie constituerait une grosse victoire. Un analyste du Haaretz admettait dimanche que « le Hamas avait fait des gains qui ne peuvent être ignorés : il a gagné la légitimité et la sympathie internationales, et ses forces contrôlent toujours la bande de Gaza ». Et on ajoutera : l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas est plongée dans un profond embarras. Mais le Hamas ne pourra se réjouir que si les points de passage entre Gaza et Israël ou l’Egypte sont rouverts aux gens et aux biens.

Le cessez-le-feu proclamé hier procède d’intérêts convergents : Israël ne voulait pas assombrir la cérémonie de prise de présidence de Barack Obama par la poursuite d’une guerre très impopulaire dans le monde, tandis que le Hamas, après quelques heures, a saisi qu’il tomberait dans un piège s’il persistait à tirer des roquettes quand la communauté internationale se félicite de la trêve.

L’heure des comptes n’a pas encore sonné. Mais certaines évidences sautent déjà aux yeux. Qu’un allié de l’État juif comme le régime égyptien finisse par dire, comme son ministre des Affaires étrangères Ahmed Aboul Gheit samedi, qu’« Israël est ivre de puissance et de violence » en dit long sur la détérioration de la réputation de ce pays. « Israël, écrit Avnery dimanche, a inscrit dans la conscience mondiale une terrible image de lui-même. Des milliards de gens nous ont vus comme un monstre dégoulinant de sang. Ils ne verront plus jamais Israël comme un État qui cherche la justice, le progrès et la paix ».

LOOS,BAUDOUIN
Cette entrée a été publiée dans Monde, avec comme mot(s)-clef(s) , , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Les commentaires sont fermés.