Nkunda devrait être livré à Kinshasa

Congo Le général rebelle arrêté par les troupes de son ex-allié, le Rwanda

La mise hors jeu du chef rebelle est un moment important pour l’Est du Congo. Mais le jeu reste très ouvert.

Le chef rebelle congolais Laurent Nkunda, qui avait relancé la guerre dans l’est du Congo, défiant le pouvoir de Kinshasa, a été arrêté jeudi soir au Rwanda par des militaires rwandais. Un renversement d’alliance brutal pour ce chef de guerre qui avait bénéficié de l’aide de Kigali, jamais avouée par le président Kagame.

1Pourquoi Kigali vient-il de lâcher ainsi Nkunda ? Le soutien en armes et en argent que le Rwanda apportait à Nkunda alors que celui-ci mettait l’est du Congo à feu et à sang, provoquant une crise humanitaire majeure, était devenu trop évident depuis qu’un rapport de l’ONU l’avait mis en lumière en décembre dernier. L’aura du président Kagame, considéré dans certaines capitales occidentales comme un modèle en matière de développement économique, commençait à pâlir. La Suède et les Pays-Bas avaient déjà suspendu leur aide budgétaire à Kigali, et il y avait un risque que cette mesure s’étende à d’autres pays européens. Début décembre, le président rwandais avait déjà désavoué Nkunda. C’est suite à cette prise de position que Kigali et Kinshasa s’étaient mise d’accord pour coopérer sur le plan militaire afin de chasser, près de quinze ans après le génocide rwandais, les Hutus rwandais du FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda) ayant participé au génocide avant de trouver refuge dans l’est du Congo.

2Cette arrestation de Nkunda est-elle une bonne nouvelle pour la population de l’Est du Congo ? A priori oui : l’obstination de Nkunda à s’opposer au gouvernement de Kinshasa a contribué à créer le désastre humanitaire actuel. Pour le commissaire européen au Développement, Louis Michel, « tout élément qui permet de décrisper ou d’amoindrir l’influence négative de l’un ou de l’autre ne peut que consolider et renforcer la paix. L’arrestation de Laurent Nkunda est un signe que le Rwanda n’est pas derrière lui ». Le ministre belge de la Coopération au développement Charles Michel estime lui aussi qu’il s’agit plutôt de « signaux positifs ».

Cependant, cette arrestation est liée à l’opération conjointe lancée par les armées du Congo et du Rwanda, qui inquiète fortement plusieurs ONG. L’International Crisis group, Oxfam et Human Rights Watch craignent en effet que cette offensive se solde par de nouvelles souffrances pour les civils : les FDLR sont constituées d’une poignée de combattants et de beaucoup de civils qui les soutiennent, ce qui rend la stratégie militaire délicate. De plus, les forces armées congolaises ont elles aussi commis de terribles exactions contre les civils. Par ailleurs, Kinshasa a pris un risque majeur en faisant venir les troupes rwandaises sur son territoire : cela rappelle de très mauvais souvenirs aux populations civiles congolaises qui ont dû subir de longues périodes d’occupation rwandaise hostile. Plus facile de faire venir l’armée rwandaise que de la faire partir…

3Privées de leur chef, que vont devenir les troupes du CNDP (Conseil national pour la défense du peuple) ? La position de Nkunda, chef omnipotent de son mouvement il y a quelques mois encore, avait été affaiblie, début janvier, par un putsch interne, mené par son chef d’état-major, le général Bosco Ntaganda, qui avait limogé Nkunda pour « mauvais leadership ». Et le 16 janvier dernier, Ntaganda et les principaux commandants du CNDP avaient déclaré « la fin de la guerre » contre l’armée congolaise et s’étaient dits prêts à intégrer leurs forces à l’armée congolaise, une suggestion applaudie par la Monuc (Mission de l’ONU au Congo). Reste un problème : Bosco Ntaganda a été inculpé par la Cour pénale internationale pour des crimes commis à l’époque où il était le lieutenant de Thomas Lubanga, dont le procès commence ce lundi devant la CPI à La Haye. Kinshasa est-elle prête à le livrer ?

4Que va-t-il advenir de Nkunda ? Kinshasa, qui avait, en 2005, lancé contre Nkunda un mandat d’arrêt international émis par la justice militaire pour désobéissance et pour des crimes de guerre perpétrés par ses hommes à Bukavu, espère son extradition rapide. Selon Kigali, son extradition était, vendredi soir, imminente. Mais Nkunda a été un compagnon de route du président rwandais à l’époque où le Front patriotique rwandais luttait contre le régime Habyarimana. Il sait donc énormément de choses sur cette époque troublée et pourrait, lâché par son ex-allié, faire certaines révélations…

KIESEL,VERONIQUE
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