Tilmant poussé vers la sortie

Banques Une perte de 1 milliard d’euros pour le groupe ING

L’État néerlandais vient en aide à ING. Mais sept mille emplois vont disparaître.
Et le patron doit partir.

Amsterdam

de notre correspondant

Confronté à une perte historique sur l’exercice 2008, ING vient d’enclencher un deuxième plan de sauvetage pour se maintenir à flot.

Suppressions d’emplois, réduction de coûts, cessions d’activités, appel à la rescousse lancé à l’Etat néerlandais, le bancassureur basé à Amsterdam a choisi les grands moyens.

Annoncée dans la foulée de ces mesures, la démission inopinée du président du comité de direction, le Belge Michel Tilmant, en dit long sur les déconvenues du groupe qui n’ont pu être surmontées ces derniers mois.

C’est Jan Hommen, un Hollandais de 65 ans, qui était le président du conseil de surveillance d’ING, qui sera son successeur.

Bénéfice opérationnel

en banque

Pour preuve des difficultés persistantes, le groupe financier a accusé une perte nette de 1 milliard d’euros sur l’exercice 2008, selon des chiffres provisoires dévoilés lundi en prélude aux résultats complets attendus le 18 février.

Victime des conditions de marché, le compte de résultat des activités d’assurances s’est soldé par une perte opérationnelle de 900 millions d’euros, celui du pôle bancaire par un bénéfice de 500 millions d’euros.

La situation s’est nettement dégradée sur la dernière partie de l’année où la perte nette a culminé à 3,3 milliards d’euros.

Au global, ING a essuyé 2 milliards d’euros de pertes sur un portefeuille de crédits immobiliers américains, 700 millions d’euros sur des actions et 300 millions sur des titres obligataires. Sans compter une réévaluation à la baisse de 600 millions d’euros sur un portefeuille immobilier.

Obligé de voler au secours du groupe de bancassurance pour la deuxième fois en quelques mois après avoir injecté 10 milliards d’euros dans ses comptes à l’automne, l’Etat néerlandais a dû se résoudre à prendre lundi à sa charge 80 % des risques d’un portefeuille américain de crédits hypothécaires (« subprimes »). Autre mesure destinée à réduire l’exposition du groupe aux caprices des marchés, le montant du portefeuille d’actions a été ramené à 5,8 milliards d’euros fin 2008, contre 15,8 milliards un an auparavant. Quant au plan de réduction de coûts d’un milliard d’euros (650 millions en provenance des activités bancaires et 350 millions de l’assurance), il se traduira notamment par la suppression, dès 2009, de sept mille emplois dans le monde. Sans plus de précisions. Pour compléter cette cure d’amaigrissement, des cessions d’activités sont également au programme. Sans précisions, non plus.

Après avoir connu une forte zone de turbulences à la veille du week-end, l’action ING a salué le départ de Michel Tilmant en s’envolant de 27,75 % hier à la Bourse d’Amsterdam.

120 millions à couper en Belgique

C’est le chiffre qu’Erik Dralans, le patron, a mis sur la table du conseil d’entreprise de ING Belgique, ce lundi après-midi : la filiale belge cherche à réduire ses coûts de l’ordre de 120 à 130 millions d’euros. Telle devrait être sa participation à l’effort global d’un milliard annoncé par la maison mère, qui tient compte de la perte de 7.000 emplois à travers le monde.

Combien de postes sont-ils menacés en Belgique ? Un délégué syndical LBC (chrétien flamand) a lâché le chiffre de 300 pertes d’emploi mais rien ne permet à ce stade de le confirmer. « C’est trop tôt, nous allons à présent traduire en termes belges la décision du groupe », dit la direction. Qui reviendra dans quinze jours avec une première épure à négocier. Les départs naturels et anticipés seront privilégiés, balise déjà la banque. Les syndicats, eux, ne veulent pas entendre parler de licenciements secs. Comme la plupart de ses concurrentes, ING Belgique vit à l’heure du « papy-boom » (le baby-boom mais 40 ans plus tard), lequel enverra cette année à la pension près de 400 employés (sur 11.000 employés en Belgique).

Pour rappel, ING Belgique avait fait le choix, fin 2007, de miser davantage sur la banque en ligne, supprimant au passage la fonction de guichetier dans 530 de ses 800 agences. D’où la suppression de 850 postes sur cinq ans.

D’ici trois semaines, la banque belge devrait annoncer un bénéfice net proche des 700 millions d’euros pour 2008, après 936 millions un an plus tôt.

Le patron s’en va… avec 1,35 million d’euros

Aux commandes de la 7e banque européenne depuis avril 2004, le Belge Michel Tilmant était perçu, jusqu’en octobre, comme le capitaine modèle qui avait guidé son navire sans grande casse à travers la tempête.

Mais aujourd’hui, le bilan est sévère : un milliard d’euros de perte l’an dernier, et sept mille emplois appelés à passer bientôt à la trappe.

Michel Tilmant restera conseiller du groupe jusqu’au 1er août, non sans toucher un an de salaire fixe (1,35 million), selon les conventions passées entre ING et l’État néerlandais en octobre 2008 au moment où ce dernier avait injecté une première salve de 10 milliards d’euros.

En 2007, Michel Tilmant avait empoché 4.4 millions d’euros, bonus compris, ce qui avait représenté la plus forte rémunération d’un dirigeant belge d’une entreprise cotée en bourse.

Départ logique d’ING ? « Cela n’a rien à voir avec les résultats. Depuis le début de la crise, il a subi une pression énorme. Cela use », nous explique un Erik Dralans admiratif, président d’ING Belgique. Qui a travaillé durant 7 ans avec l’ex-numéro un à Amsterdam. Ils sont tous les deux anciens de la BBL, rachetée en 98.

À noter qu’avec le départ de Michel Tilmant, le nombre de sièges du conseil de direction du groupe détenu par des Belges passe de trois à deux : Jacques de Vaucleroy et Eric Boyer de la Giroday restent parmi les neufs sages.

Diplômé en administration et gestion, Michel Tilmant a passé quinze ans à la Morgan avant d’intégrer la Banque Internationale à Luxembourg (BIL – groupe Crédit Communal). Il rejoint la BBL en 1992, avant d’en prendre la tête en 97. Coprésident d’ING trois ans plus tard, il a la cinquantaine quand il devient CEO du groupe.

Développant sa présence aux Etats-Unis et en Asie, Michel Tilmant ne croyait pas à la nécessité d’une fusion entre bancassureurs. Par contre, il avait fortement misé sur l’internet, en développant bien avant d’autres les services en ligne (ING Direct, en France notamment).

Dans le monde bancaire, le patron belge est très apprécié. En novembre 2007, il figurait sur la liste des prétendants possibles à la succession de Charles Prince à la tête du géant américain Citigroup. On connaît la suite. « Je me méfie des rêves visionnaires », assurait Michel Tilmant… avant la crise.

BURG,DIDIER,GERARD,PAUL,STAGIAIRE
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